Chansons françaises à la radio : des tubes oui, mais pas que !

(thinkstock photo)

Faut-il ou pas maintenir le quotas de 40% de chansons françaises sur les ondes ? Et surtout quelles chansons ? Députés et sénateurs français se penchent à nouveau sur ce débat qui donne lieu à une véritable guerre entre défenseurs de la chanson francophone et radios privées.

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Voilà un débat qui tourne en boucle, un peu comme ces grands tubes français qui passent à longueur de journée sur les ondes françaises, au milieu d'un océan de titres anglophones... Les quotas. Depuis 1996, la loi Toubon impose aux radios françaises, publiques ou privées, de diffuser 40% de chansons en langue française, décret inspiré du modèle québecois. 

Ce mercredi, la commission mixte paritaire du Parlement français doit étudier les dispositions de la future "loi création" sur lesquelles le Sénat et l'Assemblée nationale n'ont pas réussi jusqu'ici à trouver un accord. 

Les députés avaient adopté, mercredi 30 septembre 2015, un amendement qui met en place de nouvelles règles de diffusion. Objectif : éviter que malgré les quotas imposés par la loi Toubon, ce soit au final toujours les mêmes artistes, et les mêmes tubes francophones qui tournent en boucle... Une sélection dictée par les grands groupes de radios qui ne laisse pas, selon les élus, beaucoup de place à ceux qu'on appelle "les nouveaux talents".

Le texte prévoit que, si plus de la moitié des diffusions de chansons francophones est concentrée sur dix titres, les diffusions supplémentaires de ces titres ne seront pas prises en compte dans les calculs de respect des quotas d’œuvres françaises imposés aux radios.

Très remontées contre ces nouvelles contraintes, les radios des groupes Lagardère (Europe 1, RFM, Virgin Radio), NRJ, RTL ainsi que les radios indépendantes avaient annoncé lundi dans un communiqué suspendre "leur participation au dispositif des quotas francophones pour 24 heures".


En signe de protestation, les radios indépendantes avaient lancé lundi comme consigne de ne passer "que les morceaux français que les auditeurs souhaitent entendre, pas ceux imposés par les quotas", comme l'avait précisé à l'AFP Jean-Eric Valli, président du groupement des "Indés Radios".

Une colère ravivée notamment par les déclarations de la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, favorable à cet amendement qui, selon elle, doit "mieux mettre en valeur la jeune création française". "Sur un mois", cela reviendra seulement pour les radios à "passer un ou deux titres supplémentaires", a-t-elle précisé.
"Les quotas sont respectés, mais en passant les dix titres qui forment le top 10 du classement des chansons. Les gens écoutent toute la journée les mêmes titres donc ce n'est pas exactement ce qu'on entend par diversité culturelle (...). Sur un mois, il faudra passer deux ou trois titres supplémentaires. Ce n'est pas liberticide" – Fleur Pellerin, ministre de la Culture, sur France Inter
 

La ministre de la Culture française, Fleur Pellerin, au Palais de l'Elysée, Paris (France) le 07 avril 2015.
La ministre de la Culture française, Fleur Pellerin, au Palais de l'Elysée, Paris (France) le 07 avril 2015.
©AP Photo/Christophe Ena
Fruit d’un amendement PS adopté en commission le 17 septembre, cet amendement entre dans le cadre du projet de loi sur la liberté de création et patrimoine. Malgré les quotas qui imposent (Loi Toubon de 1994) aux radios privées de diffuser 40% de chansons en français, les députés ont relevé que sur certaines antennes, "10 titres francophones peuvent représenter jusqu'à 75% des diffusions francophones mensuelles".

Les syndicats de producteurs et d'artistes jugent cette mesure nécessaire "pour la diversité", notamment en ce qui concerne les réseaux de radio s'adressant "à un public jeune".

Fleur Pellerin fait aussi valoir que la loi sur les quotas "n'était pas respectée jusqu'à présent", une accusation jugée "mensongère mais aussi diffamante" par les radios.

Celles-ci voient au contraire dans cet amendement une mesure "liberticide".

La crise couvait déjà depuis des mois. Après une première alerte en janvier 2014, restée sans réponse, plusieurs stations privées avaient tenté de plaider auprès du CSA, pour lui demander de réduire les quotas de diffusion de chansons francophones, le 30 juin dernier. Des quotas jugés intenables face à ce qu’elles qualifient d’"effondrement" de l’offre.

Le chanteur belge Stromae, lors d'un concert en Californie, le 19 avril 2015, un succès qui cache la forêt d'une production francophone en berne.
Le chanteur belge Stromae, lors d'un concert en Californie, le 19 avril 2015, un succès qui cache la forêt d'une production francophone en berne.
©Rich Fury/Invision/AP

Selon le dernier rapport de l'Observatoire de la musique qui publie un rapport annuel sur la diversité musicale à la radio, la production de chansons francophones a chuté de 51,4% en 2014. Selon les radios privées, "seuls 242 albums francophones ont été commercialisés en 2014, contre 718 en 2003", (-66% d'albums francophones entre 2003 et 2014, -62% de nouveautés musicales en France en 2014, 83% de la production française qui n'est pas en français)". Une chute qui s’explique par la baisse des investissements des maisons de disques consécutive à l’effondrement des revenus du secteur qui ont été divisés par deux en 10 ans.

"En empêchant les artistes français d'être autant diffusés que les artistes internationaux, la ministre veut empêcher l'émergence des futurs Stromae, Calogero, Christine and the Queens ou Maître Gims et tant d'autres", estiment les radios indépendantes.

Les radios se plaignent également de la concurrence de services comme Spotify ou Deezer qui ne sont soumis à aucune règle de quota. Entrées en résistance, les stations incitent depuis plusieurs jours leurs auditeurs à téléphoner à Manuel Valls en communiquant dans des spots le numéro du standard de Matignon, avec un slogan : "A la radio, j'écoute ce que je veux!".