Rock : des photos sans clichés

THE WHO,  Séance photo dans la banlieue de Londres (1966).
THE WHO,  Séance photo dans la banlieue de Londres (1966).
(Tony Frank) avec l'aimable autorisation de la société Kapandji-Morhange

Des clichés rarissimes des Beatles, des Rolling Stones, de AC/DC et d'une flopée de stars, de Mc Cartney à Hendrix, de Joplin à Madonna seront dispersés  à Drouot à Paris le 10 avril. 367 photos inédites de ces légendes du rock qui massent nos coeurs... et décapent nos oreilles.

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Voici plusieurs centaines de clichés qui vont emballer les amateurs de rock. Attention, mélomanes cardiaques s'abstenir ! Il s'agit d'images qui relèvent  d'une autre époque, une époque sans attaché(e)s de presse, sans "plan com", une époque révolue, quand une poignée de main confiante avec un artiste valait signature.

Elles sont précieuses ces photos car non passées au vermifuge du politiquement correct, à jamais incompatible avec l'essence même du rock.

Les BEATLES et CASSIUS CLAY,  séance photo au 5th Street Gym, à Miami, le 18 février 1964.
Les BEATLES et CASSIUS CLAY,  séance photo au 5th Street Gym, à Miami, le 18 février 1964.
agence Associated Newspapers (avec l'aimable autorisation de la sté Kapandji-Morhange)


Oui,les 367 photos mises aux enchères à Drouot le 10 avril sont bluffantes. Aujourd'hui, à l'heure où certains twittent comme des forcenés pendant un concert, quitte a oublier de déguster le spectacle devant leurs yeux, un photographe ne peut travailler, au mieux,  que pendant les trois premières chansons. A lui de faire son miel dans ce laps de temps.

IKE & TINA TURNER Séance photo à l'hôtel George-V, à Paris en février 1971). 
IKE & TINA TURNER Séance photo à l'hôtel George-V, à Paris en février 1971). 
(Tony FRANK) (avec l'aimable autorisation de la sté Kapandji-Morhange)

Impossible de rejoindre l'artiste dans sa loge ou de l'accompagner à son hôtel. Les photographes Jean-Pierre Leloir, Claude Gassian, Dominique Tarlé, Tony Frank et tous les autres dont les oeuvres sont mises en vente à Drouot  jouissaient d'une liberté impensable aujourd'hui. Et ils le savaient, les bougres ! Et ils en profitaient. Pour eux. Pour nous.

JAMES BROWN à l'Hôtel Royal Monceau, à Paris (1986)
JAMES BROWN à l'Hôtel Royal Monceau, à Paris (1986)
photo de Claude Gassian (avec l'aimable autorisation de la sté Kapandji-Morhange)

 Bowie, Elvis, Jagger, Zappa, Dylan et Hallyday à partir de 200 euros


Combien pour toutes ces merveilles ? Les prix, bien entendu, sont des estimations. Selon l'intérêt que suscitera le document auprès du public, les prix peuvent être revus à la baisse ou atteindre des sommets. Pour une image souriante de Bob Dylan posant lors d'une séance photo à Woodstock en 1968, comptez 200 euros.

THE ROLLING STONES Séance photo à l'hôtel Claridge, à Paris (1966). Épreuve argentique postérieure sur papier cartoline
THE ROLLING STONES Séance photo à l'hôtel Claridge, à Paris (1966). Épreuve argentique postérieure sur papier cartoline
(Daniel CANDE) (avec l'aimable autorisation de la sté Kapandji-Morhange)

Même estimation pour un Ektachrome d'époque de Vince Taylor, une épreuve argentique de Cliff Richard ou une photo de Georges Harrisson faisant un noeud de cravate devant une armoire. Mais les prix grimpent vite.

JANIS JOPLIN, concert à l'Olympia, à Paris, le 14 avril 1969. Épreuve argentique d'époque.<br />
 
JANIS JOPLIN, concert à l'Olympia, à Paris, le 14 avril 1969. Épreuve argentique d'époque.
 
(Christian ROSE) (avec l'aimable autorisation de la sté Kapandji-Morhange)

Pour retrouver Peter Gabriel lors d'une séance photo aérienne à l'hôtel George-V, à Paris, préparez environ 700 euros mais si vous en avez les moyens et que vous êtes fan des Pink Floyd, il faudra alors puiser dans vos économies, sinon casser votre plan épargne logement : une photo couleur du groupe en concert en 1972 au Palais des sports de Saint-Ouen (!!) vous en coûtera,  au minimum,  selon les estimations,  3500 euros. Mais on peut ici parler d'une oeuvre d'art.

PINK FLOYD,  concert au Palais des sports de Saint-Ouen, le 1er décembre 1972. Épreuve argentique postérieure sur papier cartoline (30x42 cm, marges comprises)
PINK FLOYD,  concert au Palais des sports de Saint-Ouen, le 1er décembre 1972. Épreuve argentique postérieure sur papier cartoline (30x42 cm, marges comprises)
(Jean-Pierre LELOIR) (avec l'aimable autorisation de la sté Kapandji-Morhange)


Pierre Bourdy est l'expert qui a réuni les 367 clichés de cette vente exceptionnelle. Entretien.

D'où viennent ces clichés époustouflants ?

J'ai eu l'idée de raconter l'histoire du rock en images. De partir du tout début, le milieu des années 50, jusqu'à aujourd'hui. Ensuite, j'ai contacté les photographes "spécialisés rock". Je me suis dit que ça ne pouvait être qu' intéressant de confronter toutes ces images, d'avoir les photos des photographes rock en activité dans les années 50/60, et qui sont toujours vivants pour la plupart, et de toutes ces générations de photographes qui se sont succédés avec l'évolution de la presse musicale qui existe encore aujourd'hui. Beaucoup de ces photos viennent des photographes eux-mêmes.

On est frappé par la liberté de travail de ces photographes. On a le sentiment qu'il y a eu un âge d'or de la photo rock..

Oui, il y a eu un âge d'or. Jusque dans les années 80, il y avait encore une certaine liberté pour ces photographes. Tout cela ensuite a été régit par les organisateurs des concerts, les groupes eux-mêmes, les attachés de presse... On les a limités à ne prendre des photos que pendant les trois premières chansons. Après, il fallait dégager ! Du coup, forcément, cela réduit le temps de travail, cela réduit le temps de capter la BONNE photo. Et on ne sait pas quand elle va arriver. Elle ne sera peut-être pas là pendant les trois premières chansons. Tout cela s'est durci, verrouillé et puis aussi le métier a changé, il y a un contexte qui n'est plus du tout le même.

Les photos présentées sont comme poreuses de cette proximité photographes/artistes..

Il y avait une certaine intimité entre le photographe et l'artiste. Il arrive, au cours de cette vente, de voir un même concert vu par l'oeil de tel photographe ou de tel autre et c'est souvent une vision tout à fait différente.

Les photographes ont été touchés par votre démarche ? Comment vivent-ils cette re-mise en lumière ?

Tous étaient emballés. Ma précédente vente racontait l'histoire de cinéma en photo et je leur ai proposé de raconter cette fois l'histoire du rock. Ils m'ont dit que cela n'avait jamais été fait. Certains étaient sceptiques sur le fait que j'arrive à réunir tout le monde. Oui, je pense qu'ils sont plutôt satisfaits. Maintenant, le succès de la vente est important...

Rock Collection Photographies
Vente aux enchères publiques
Hôtel Drouot, le vendredi 10 avril 2015 à 14h.
Pour consulter en ligne le catalogue  : Rock collection