Afrique

20 ans après, l'Afrique du Sud commémore, sans joie, la fin de l'apartheid

Nelson Mandela lors des premières élections multiraciales en 1994 © AFP
Nelson Mandela lors des premières élections multiraciales en 1994 © AFP

L'Afrique du sud fête le 20ème anniversaire de ses premières élections multiraciales. Le "Freedom day" signifie la fin de l'Apartheid et le début de la démocratie dans ce pays longtemps rongé par les inégalités entre Noirs et Blancs. A cette époque, l'ANC, le parti de Nelson Mandela prend le pouvoir et "Madiba" devient président. Aujourd'hui, que reste-t-il de cette avancée historique ? Comment les jeunes générations vivent-elles cet anniversaire à quelques jours d'un nouveau scrutin national qui devrait reconduire le chef du Congrès national africain, Jacob Zuma, pour un nouveau mandat ?

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Alors que les prochaines élections législatives se rapprochent à grands pas, le président sud africain Jacob Zuma a profité de l'anniversaire des premières élections multiraciales pour appeler ses compatriotes à voter "par millions". Il a rappelé "le sang, la sueur et les larmes" versés pour obtenir ce droit de vote, "si précieux", le 27 avril 1994. Mais cette commémoration ne suscite pas un grand enthousiasme. Et pour cause, une grande partie de la population se trouve toujours dans une situation économique difficile et la vie reste synonyme de privations. "On ne peut pas célébrer la liberté quand il n'y a pas de pain sur la table" s'insurge Julius Malema, ex-soutient de Jacob Zuma.

Affiche appelant à voter pour l'ANC © AFP
Affiche appelant à voter pour l'ANC © AFP
L'ANC de Mandela ne convainc plus

Au pouvoir depuis 20 ans, le parti de Nelson Mandela, le Congrès National Africain (ANC) ne réussit plus à faire l'unanimité, loin de là. Aujourd'hui, le manque d'emplois, d'enseignants de qualité, de police fiable, de services de bases (eau , électricité…), les inégalités du système de santé public, les 40% de jeunes au chômage… expliquent le déclin du parti au pouvoir.

Les "Born Free" ("nés-libres" en français, ndlr) sont des jeunes nés après l'élection de Nelson Mandela. Ils n'ont donc pas connus l'Apartheid et sont les premiers déçus de l'ANC. C'est d'ailleurs pour cette raison que beaucoup d'entre eux ne se sont pas inscrits sur les listes électorales pour le scrutin du 7 mai.

Même l'archevêque Desmond Tutu, ami intime de Nelson Mandela, a annoncé qu'il ne voterait plus pour ce parti. "Je ne pensais pas que la déception arriverait si vite" a-t-il déclaré, se disant "heureux" que Nelson Mandela, décédé en décembre dernier, "ne puisse pas voir ça". Il n'a pas hésité à mettre en garde les sud-africains: "Ne votez pas comme des moutons ! Nous avons une chose précieuse: le droit de vote. Réfléchissez à ce que vous voulez en faire" a-t-il poursuivit. D'autres anciens ministres de "Madiba" comme Ronnie Kasrils ont appelé à boycotter les élections législatives.
Cependant, l'ANC au pouvoir et son président Jacob Zuma, en campagne pour un deuxième mandat à la tête du pays, ont peu de risques d'être battus. 

Nelson Mandela en campagne en 1994 © AFP
Nelson Mandela en campagne en 1994 © AFP
Un rêve qui avait pourtant si bien commencé…

"Aujourd'hui est un jour comme aucun autre avant lui. le vote pour notre première élection libre et juste a commencé. Aujourd'hui, c'est l'aube de notre liberté" disait Nelson Mandela en 1994 lorsqu'il est devenu, à 75 ans, le premier président noir de l'histoire sud-africaine. A ce moment-là, son ami Desmond Tutu résumait le sentiment national "incroyable, comme lorsque l'on tombe amoureux".

Couronnement de difficiles négociations entre l'ANC de Nelson Mandela et les autorités de l'Apartheid, ces élections permirent à l'Afrique du Sud d'échapper au chaos et à la guerre civile que beaucoup lui prédisaient, et de mettre en place une nouvelle Constitution parmi les plus progressistes au monde.

Deux images symboliques restent dans les mémoires: celle de Mandela souriant, posant, son bulletin de vote à la main, lui qui quatre ans plus tôt sortait de 27 ans de bagne. Et celle des files interminables d'électeurs serpentant à l'infini et patientant dans le calme devant tous les bureaux de vote.

En vingt ans, l'Afrique du Sud, état frappé par des mesures de boycott économique, a doublé son PIB, fait reculer la pauvreté et une classe noire aisée a émergée. Seulement, les difficultés et les inégalités restent nombreuses. Et depuis dix ans, les explosions de violence populaire se multiplient dans les townships pour dénoncer la corruption des élus, le chômage et le manque d'eau et d'électricité.

Reportage en Afrique du Sud - Journal International TV5MONDE

28.04.2014Commentaire: Emmanuelle Godart / Montage : O. Marchi
20 ans après, l'Afrique du Sud commémore, sans joie, la fin de l'apartheid