Afrique

Afrique du Sud : la France a joué un rôle central pour armer le régime de l'apartheid

Selon les travaux de l'ONG sud-africaine Open Secrets, la France a fourni des armes au régime raciste sud-africain pendant des décennies, en violation d'un embargo international.

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Juin 1990. La France est le premier pays occidental à recevoir Nelson Mandela, libéré de prison. Tout un symbole : le pays de naissance de la Déclaration des droits de l'Homme accueille le président du Congrès national africain (ANC) et héros de la lutte contre l'apartheid, comme un chef d'Etat.

Pourtant, la France est loin d'être exemplaire. Bien au contraire, depuis les années 1970, elle est l'une des pièces maîtresses d'un réseau international qui fournit des armes au pouvoir ségrégationniste blanc en Afrique du Sud, en violation de l'embargo international instauré en 1963 par les Nations unies.

Un bureau clandestin à Paris

C'est ce que révèle le chercheur sud-africain Hennie van Vuuren, directeur de l'ONG sud-africaine Open Secrets, dans son livre Apartheid, guns and money. Cette enquête de 600 pages menée sur la base de plus de 2 millions de documents d'archives et de nombreuses interviews dévoile l'un des volets les plus secrets de l'apartheid. 

C'est à Paris que Pretoria crée un bureau clandestin, au sein de son ambassade construite en 1974 qui sert de point de passage pour acheter des armes dans toute l'Europe occidentale. Une trentaine d'agents sud-africains y travaillent au service de l'organisme public sud-africain en charge des programmes d'armement, Armscor

Les autorités françaises sont au courant. Elles participent activement au système. Bien avant, la France avait déja posé les bases d'une relation avec le régime de l'apartheid pour lui vendre des armes. En visite en France en 1969, le ministre de la Défense sud-africain de l'époque est invité par l'entreprise française Thomson-CSF pour tester des missiles... et déguster du vin. Ce ministre n'est autre que Pieter Willem Botha, futur Premier ministre sud-africain sous l'apartheid de 1978 à 1984.

Entre le régime raciste et la France, une véritable alliance se noue, par le biais des services de renseignements, d'industriels et d'hommes politiques, dans le plus grand secret. Pour contourner l'embargo, la France propose à Pretoria de faire transiter les armes par le Zaïre, future République démocratique du Congo.

Autre exemple de la "bonne volonté" française, en 1987, Paris offre des prototypes de missiles Mistral dernier cri, dans l'espoir qu'ils soient testés par les Sud-Africains, en guerre en Angola.

En 1988, en plein coeur de Paris, la militante de l'ANC Dulcie September est exécutée de cinq balles dans la tête près des locaux de son parti. Un crime non élucidé. En fait, elle enquêtait sur le trafic d'armes illégal entre le régime de l'apartheid et la France.

Blanchiment d'argent à grande échelle

Le système mis en place par Prétoria pour contourner l'embargo international et obtenir des armes implique beaucoup d'autres acteurs, dont les 5 membres du Conseil de sécurité de l'ONU.


Selon Open Secrets, l'entreprise publique sud-africaine Armscor disposera de 844 comptes bancaires dans 196 banques d'au moins 27 pays, dont la Suisse et la Belgique qui jouent les premiers rôles au sein d'un des plus vastes schémas de blanchiment d'argent jamais élaborés.