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Afrique du Sud : la justice tient tête à Jacob Zuma

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Commentaire Sophie Golstein (TV5MONDE)

La justice sud-africaine vient de rouvrir la voie à un éventuel procès pour corruption contre le président Jacob Zuma. Une affaire de ventes d'armes, entre autres, qui tient le pays en haleine depuis une bonne dizaine d'années.

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783 inculpations de corruption, fraude fiscale et extorsion de fonds - telles sont les charges retenues par la justice contre le Chef de l'Etat sud-africain. Car ce 13 octobre, la Cour suprême d'appel de Bloemfontein a rejeté l'appel du chef de l'Etat. Une décision très attendue qui renvoie la balle dans le camp du parquet général sud-africain (NPA) - il doit désormais décider de relancer ou non le dossier et, éventuellement, de renvoyer Jacob Zuma devant un tribunal.

A la pointe du combat contre le chef de l'Etat, le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), a salué une "victoire pour la justice, pour l'Etat de droit et pour l'Afrique du Sud". "La loi s'applique à tous, quel que soit son statut", s'est félicité le chef de la DA, Mmusi Maimane, devant la presse. "Si le président est innocent comme il le clame, il doit laisser un tribunal en juger". La DA attend désormais le procès : 

La présidence s'est pour sa part réjouie dans un communiqué que Jacob Zuma puisse désormais "présenter ses arguments" au parquet afin qu'il rende "une décision fondée".

L'actuel chef de l'Etat est accusé d'avoir touché, alors qu'il était vice-président, des pots-de-vin pour un contrat d'armement de 4,2 milliards d'euros signé en 1999 par l'Afrique du Sud avec plusieurs entreprises européennes, dont la française Thales. Il avait alors été formellement inculpé, mais ces poursuites avaient été abandonnées en 2009 au motif qu'elles avaient été, selon le parquet général, motivées politiquement.

Bataille politique

Jacob Zuma était alors engagé dans une furieuse bataille politique avec le président de l'époque, Thabo Mbeki. Limogé de son poste de vice-président en 2005 à cause de son inculpation, Jacob Zuma avait pris sa revanche en accédant, en 2007, à la direction du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), puis en obtenant la chute du président Mbeki un an plus tard. Opportunément libéré de toute poursuite, Jacob Zuma a accédé à la présidence de l'Afrique du Sud après les élections de 2009.

Depuis huit ans maintenant, l'Alliance démocratique multiplie les requêtes devant la justice pour obtenir la réouverture du dossier. Elle a enfin obtenu satisfaction en 2016, lorsqu'un tribunal de Pretoria a jugé "irrationnel" l'abandon des poursuites. Mais le parquet général et le président Zuma ont fait appel de cette décision. "Les appels sont rejetés", a confirmé vendredi la Cour suprême d'appel. "Les raisons avancées pour interrompre les poursuites (...) ne résistent pas à l'examen", a justifié le juge Leach.

Cette décision constitue un nouveau coup dur pour Jacob Zuma, déjà affaibli par une série de scandales qui perturbent la fin de son règne. C'est un "revers significatif", selon l'expert en droit constitutionnel Lawson Naidoo. Le président "peut désormais saisir la Cour constitutionnelle", la plus haute instance judiciaire du pays, "mais il semble qu'il n'ait pas de raison juridique de le faire", a-t-il estimé.

Plus fragile

Le chef de la DA a pressé le parquet de relancer le dossier au plus vite et exhorté le président "à cesser de gaspiller l'argent public en requêtes juridiques interminables". Le chef de l'Etat "doit se résoudre à affronter son destin", a lancé en écho le président du Mouvement démocratique uni (UDM, opposition), Bantu Holomisa.

Jacob Zuma doit quitter la présidence sud-africaine au terme de son deuxième et dernier mandat à l'issue des élections générales prévues en 2019. Son parti, le Congrès national africain (ANC), doit choisir en décembre son successeur à sa tête et, en cas de victoire du parti en 2019, à celle du pays. Le jugement rendu vendredi "va renforcer ceux qui au sein de l'ANC souhaitent négocier le départ" anticipé de Jacob Zuma de la présidence, a estimé l'analyste politique Ralph Mathekga, "il est devenu beaucoup plus fragile".

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 Jusqu'à présent, Jacob Zuma a toujours réussi à passer au travers des mailles de la justice. A une exception près. L'an dernier, il a été contraint de rembourser une partie des travaux de "sécurité" financés par l'Etat dans sa résidence privée.