Afrique du Sud : les manifestations étudiantes font plier Jacob Zuma

Des milliers de manifestants demandant la baisse des frais de scolarité universitaires étaient rassemblés ce vendredi 23 octobre devant le siège du gouvernement (AP Photo/Themba Hadebe)

Les étudiants d'Afrique du Sud sont mobilisés depuis une semaine contre la hausse des frais de scolarité à l'université. Le mouvement s'est amplifié depuis deux jours, et le président Jacob Zuma, après discussion avec les représentants du mouvement étudiant, a décidé d'annuler la hausse. Retour sur cette mobilisation de grande ampleur.

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"L'éducation n'est pas un privilège, c'est un droit qui est inscrit dans notre Constitution ainsi que dans notre charte de la liberté qui parle d'éducation gratuite", déclarait ce jeudi un étudiant à RFI. Les frais de scolarité ont encore augmenté cette année en Afrique du Sud, ce qu'une autre étudiante dénonce : "Pendant des années, on nous a refusé de nombreuses opportunités. Et cette augmentation des frais scolaire est une façon de refuser une fois de plus une éducation décente aux étudiants noirs".

Education supérieure trop chère

Les frais de scolarité à l'université sont très élevés en Afrique du Sud et sont variables en fonction des institutions, mais sont compris - pour une année scolaire - entre deux à quatre fois le salaire moyen qui est de 980 euros. L'augmentation des frais de scolarité de 10,5% entraîne donc une hausse annuelle comprise entre 200 et 380 euros  pour chaque étudiant, sans compter le logement ou les fournitures scolaires.
De nombreux étudiants viennent de milieux pauvres, et cette décision gouvernementale choque une grande partie de l'opinion. La hausse des frais de scolarité est presque 2 fois supérieure à l'inflation qui a été de 6,13% en Afrique du Sud en 2014.

Réponse policière

Les manifestations ont pris de l'ampleur ce mercredi  21 octobre, avec un rassemblement  de plusieurs milliers d'étudiants devant le Parlement, à Pretoria, ainsi que devant le siège de l'ANC (African National Congress - Congrès national africain, parti politique au pouvoir depuis 1994).

Des heurts avec la police ont eut lieu, une trentaine d'étudiants ont été arrêtés. Cette réponse policière a créé une vague de protestation et de soutien qui a étendu la contestation à 14 universités dans le pays, dans 7 régions :


Mise à jour : #FraisDoiventBaisser Confirmation de 14 universités sud-africaines en grève dans 7 régions

Le hashtag #FraisDoiventBaisser (#FeesMustFall en anglais) a envahi le réseau social en quelques heures, donnant le mot d'ordre pour une nouvelle manifestation de plus grande ampleur qui s'est déroulée hier, jeudi 22 octobre :

L'histoire est en train de se faire. A Lulthuli House, ils demandent des comptes à leurs aînés. Le courage de la jeunesse. #FraisDoiventBaissser
 


Vendredi 23 octobre 2015 : durant les discussions avec le président Jacob Zuma, les manifestants sont réprimés par les forces de l'ordre avec des grenades assourdissantes et des canons à eau. (AP Photo)

Le gouvernement recule

Les étudiants sud-africains ont connaissance des budgets de l'Etat et des investissements que celui-ci effectue dans le pays. Les secteurs publics de l'aviation, de l'électricité ou des telecoms ont été fortement financés ces dernières années, et la jeunesse sud-africaine supporte mal de mettre encore la main à la poche pour étudier à l'université, alors que l'économie sud-africaine est florissante.

Le ministre de l'Enseignement supérieur, qui n'avait pas réagi depuis le début du mouvement, a proposé mardi de passer la hausse de 10,5% à 6% . Cette offre a été refusée par les représentants des étudiants.

L’université du Cap a annulé les examens de fin d'année devant débuter le 27 octobre, et le vice-chancelier de l’université, Max Price, a déclaré qu'il allait "demander au gouvernement d’intervenir pour que les étudiants dans le besoin ne subissent pas de hausse des frais de scolarité en 2016".

Des manifestants, jeudi 22 octobre 2015. Le slogan brandi : "Les frais doivent baisser ou le pays tombera" (AP Photo/Nardus Engelbrecht)


Jacob Zuma a reçu aujourd'hui des représentants estudiantins et des responsables d'universités pour discuter du problème de l'augmentation des frais de scolarité, alors que de nouveaux heurts entre étudiants et policiers avaient lieu à Pretoria.

Les responsables d'université assurent que la hausse leur est nécessaire pour offrir une meilleure qualité d'enseignement, quand les étudiants demandent un engagement financier plus important de l'Etat envers l'université et une annulation de la hausse.

A l'issue de cette réunion, le président Jacob Zuma a tranché par une annonce télévisuelle depuis le siège du gouvernement où des milliers de manifestants s'étaient rassemblés : "Nous sommes tombés d'accord sur le fait qu'il n'y aura aucune augmentation des frais de scolarité en 2016".

L'enseignement supérieur, dans son ensemble, paraît avoir été pris en compte par le président sud-africain suite à la mobilisation des étudiants. Zuma a conclu avec la déclaration suivante  :"Les discussions se poursuivront sur des problèmes plus larges que les frais de scolarité. De nombreux problèmes ont été soulevés et devront être suivis, comme l'éducation gratuite, l'indépendance des universités et le racisme".