Afrique : les drones civils, une solution d'avenir ?

Les drones "ZIP" au Rwanda viennent de commencer leurs premières missions d'acheminements par les airs de médicaments aux centres hospitaliers
Les drones "ZIP" au Rwanda viennent de commencer leurs premières missions d'acheminements par les airs de médicaments aux centres hospitaliers
Copie d'écran, vidéo AP "Drones to Deliver Medical Supplies in Rwanda "

Le Rwanda va construire le premier "droneport" du continent africain, à vocation commerciale et médicale. Le Malawi veut acheminer des tests HIV de nouveaux-nés grâce à ces appareils sans pilote. Le drone est-il l'avenir de l'Afrique ?

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Des robots volants, décollant 24/24 d'un droneport au cœur de l'Afrique, livrant des pièces de machines aux entreprises, ou encore des poches de sang et des vaccins à des hôpitaux : une vision de film de science-fiction ? Absolument pas. Au Rwanda, l'entreprise Foster + Partners, spécialisée dans le design et l'architecture d'aéroports compte bien construire le premier droneport du continent. D'autres pays africains commencent à tester ces solutions, et les plus grandes entreprises du secteur numérique se livrent déjà une concurrence féroce pour "arroser" le continent — dans un futur proche — d'accès à Internet très haut débit… par drone.

Premiers test concluants au Rwanda

Alors que le droneport rwandais est sur les rails, en parallèle, une stratup américaine, Zipline, a déjà lancé des essais dans le pays, en partenariat avec le gouvernement. Zipline a développé des drones de 10 kg permettant de transporter et larguer par parachute des colis de médicaments d'un poids maximum de 1,3kg à destination des hôpitaux rwandais. L'autonomie de l'engin électrique — qui ressemble à un mini-avion à hélice — est de 120 Km, et le projet devrait permettre aux équipes médicales de commander leurs médicaments… par sms. Tous les centres hospitaliers du pays pourraient à terme être livrés en 30 minutes maximum.
Le droneport rwandais comportera deux lignes distinctes de transport : la bleu et la rouge. Pour la première, ce sera la livraison de pièces de rechange ou de composants électroniques à destination des entreprises, et pour la seconde, l'envoi de médicaments et autres fournitures vitales aux centres hospitaliers.

La "Blue line" commerciale devrait financer la "Red line" hospitalière. L'entreprise porteuse du projet ne compte pas s'arrêter là : si son premier droneport tient ses promesses, trois autres devraient suivre d'ici 2020, puis une quarantaine, afin ensuite d'étendre le concept au Congo voisin.
Le projet de droneport rwandais : des dômes en briques servant d'atelier de maintenance, de réparation et de fabrication de drones, de gare de tri, et de plaque tournante pour ce nouveau commerce aérien (Photo : Foster+Partners)


Le drone, un outil idéal pour les zones rurales

Le Malawi est l'un des pays africains le plus touché par l'épidémie du Sida. 10% de la population est contaminée, et des milliers d'enfants décèdent chaque année faute de tests de dépistage fournis à temps. L'échantillon de sang du bébé et les résultats qui en découlent sont acheminés en motocyclette ou en véhicule : les délais sont trop longs et menacent la vie de nombreux enfants.

Les femmes séropositives qui accouchent peuvent donc attendre jusqu'à 3 mois avant de connaître les résultats des tests de leur enfant, effectués à l'âge de 6 semaines. Ce délai de 3 mois est problématique : plus les antirétroviraux sont pris tôt, plus les chances pour l'enfant de combattre la maladie sont importantes.  L'UNICEF et le ministère de la Santé du Malawi ont donc décidé de lancer une opération d'acheminement de ces éléments médicaux par drones solaires à batteries rechargeables. Les engins — encore en phase de test — pourraient sauver de nombreuses vies humaines. Tout en permettant d'économiser plus d'un million de dollars par an en carburant à l'Etat du Malawi.

Les drones et Internet

Livrer des colis ou des résultats médicaux, améliorer les coûts de transport grâce aux drones en Afrique semble être un développement plein d'avenir. Mais au delà du service matériel local, l'enjeu des communications numériques commence lui aussi à faire son chemin avec ces appareils aériens sans pilote. L'entreprise Facebook — qui  cherche à se diversifier — a développé un drone de haute altitude, Aquila, capable de fournir des accès Internet par laser.  Les engins en phase de test auraient une autonomie de 90 jours et permettraient — en s'interconnectant les uns aux autres ainsi qu'au sol, de couvrir de très grands territoires pour offrir des accès Internet plus élevés que la 4G.

La filiale Google Titan Aerospace développe les futurs drones d'accès Internet en 5G (AP Photo/Virginia Mayo)

Google a déjà commencé à déployer des montgolfières d'accès Internet, et s'est visiblement rabattu très vite et en complément, sur les systèmes aériens d'accès Internet à base de drones. La firme américaine déclare avoir développé une technologie de type 5G, 40 fois plus rapide que la 4G actuelle, embarquée dans des drones solaires. Google affirme qu'avec son système nommé SkyBlender,( piloté par Google Titan aerospace, une filiale spécialisée dans le développement d'engins aériens), des territoires entiers sans couverture Internet pourraient l'être. De nombreux pays d'Afrique seraient en mesure de bénéficier à partir de 2020 de cette couverture Internet ultra-haut débit, date à laquelle les fréquences pour la 5G devraient être généralisées.

Léger, de moins en moins cher, économe en énergie, s'affranchissant des contraintes géographiques terrestres, capable de relayer des communications : le drone civil a tous les atouts pour devenir un élément incontournable du développement africain. Seul bémol : ce ne sont pas des entreprises africaines — pour l'heure — qui lancent ces projets.