Algérie : vent de contestation contre la loi des Finances 2017

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L'année 2017 commence sous le signe de la contestation en Algérie. Un mouvement de grève des commerçants, lancé via les réseaux sociaux, a dégénéré depuis lundi dans plusieurs villes du pays, notamment à Béjaïa, en Kabylie. En cause, la nouvelle loi des Finances entrée en vigueur ce 1er janvier.

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La vidéo d'un bus caillassé a fait le tour des réseaux sociaux. Cela se passait lundi 2 janvier 2017 dans la ville de Béjaïa, aussi appelée la "Petite Suisse" de Kabylie. Des manifestants ont pris à partie un bus, la scène a été filmée via un téléphone portable.
 

La grève générale des commerçants de la wilaya (département) de Béjaïa (à 228 km à l’est d’Alger) pourrait durer jusqu'à vendredi. Le 2 janvier, les rideaux des boutiques étaient baissés. Objectif: protester contre la hausse des prix qui serait induite par la loi de finances 2017. Visiblement très jeunes, les manifestants se sont attaqués aux édifices publics, symboles de l’Etat, avant que tout ne dégénère dans une confusion totale. Des blessés ont été déplorés parmi les policiers et les manifestants aussi. Un policier, dans un état grave a été transporté au CHU de la ville.

Alors qui a appelé à une grève générale? «Un appel anonyme qui a fait son chemin depuis quelques jours sur les réseaux sociaux a réussi à fédérer l’essentiel de ce que compte Béjaïa comme commerçants de détail et de gros», constate El Watan. Appel auquel n'a pas participé l’officielle Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA), qui au contraire s'en est clairement démarquée, en lançant un appel à «la vigilance», visiblement peu suivi d'effet. 
 
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Mercredi matin, la situation restait tendue dans les villes concernées. Même si les commerces rouvraient peu à peu, la nuit a été émaillée d'incidents dans plusieurs localités de la wilaya de Béjaïa, précise le site Algeriefocus.com. "Mais ces manifestations ne restent pas cantonnées à des villes de la Kabylie puisque des protestations ont éclaté à Tiaret, à l’ouest du pays. (...) Des manifestations nocturnes ont été signalées à Akbou où des émeutiers ont tenté de s’en prendre à la recette des impôts de la ville et à l’agence Sonelgaz. Les affrontements ont duré jusqu’à 2 H du matin.".
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L'origine de la colère

A l'origine de ces émeutes, la loi des finances 2017, qui vient tout juste d'entrer en vigueur. La nouvelle fiscalité renferme de nombreuses augmentations de taxes et d’impôts dont la Taxe sur la valeur ajoutée qui passe de 17 à 19 %. La taxe sur les produits pétroliers est également révisée en hausse, provoquant une hausse des prix des carburants.
 

Le texte a suscité une levée de boucliers au sein de l’opposition et beaucoup d’appréhensions au sein de la société, contraignant le Premier ministre à s’exprimer pour rassurer les Algériens, précise le site actu-maroc. Abdelmalek Sellal a réaffirmé que l’austérité « n’était pas à l’ordre du jour et qu’il s’agit plutôt de rigueur ».

Mardi, le ministre de l'intérieur Noureddine Bedoui, s’est exprimé devant les caméras, en mettant en garde les auteurs de ces « dérapages ».

Selon le ministre, la grève générale a été imposée sur les commerçants par des « individus » qui essayent de semer le trouble dans le pays, comme le précise le site Kabylie news. Il accuse des forces de l’ombre, agissant depuis l’intérieur, de tenter d’imposer leur point de vue en fomentant une campagne de déstabilisation visant à discréditer l’exécutif, lit-on sur Algériefocus.com.
 

Une violence condamnée

Le slogan «Non à la violence» a été largement partagé sur le réseau social Facebook par des milliers d’internautes qui condamnent ces actes de violence et de saccages.
Dans un communiqué, que reprend algerie360.com, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) réaffirme que «seul un cadre pacifique serait en mesure de faire aboutir des revendications citoyennes, toutes légitimes».

Dans son article publié sur le site du Monde, le correspondant du quotidien en Algérie, précise que certains militants politiques ne cachent pas leur dépit face à la diffusion sur les réseaux de ces images de destruction et de pillages diffusées"qui discréditent d’avance toute contestation dans la rue. Du 'pain béni pour le pouvoir', souligne un militant des droits de l’homme."

Alors ce mouvement peut-il perdurer et tourner en une contestation plus vaste ou s'effriter ? Retrouvez l'analyse de notre journaliste Slimane Zeghidour, sur le plateau de Tv5monde, mardi 4 janvier . 
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Voici quant à lui, comment le dessinateur Dilem voyait les choses, à la Une du quotidien algérien Liberté.
 
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