Algérie/France : débat autour du 14 juillet

Trois militaires algériens participent aux cérémonies du 14 juillet 2014 à Paris © AFP
Trois militaires algériens participent aux cérémonies du 14 juillet 2014 à Paris © AFP

Le chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, vient de confirmer la participation de l’Algérie aux cérémonies du 14 juillet prochain à Paris. C'est une première dans l'Histoire des célébrations de la fin de la Première guerre mondiale. Mais cette annonce a suscité de vives réactions côté français comme algérien. Le débat est lancé.

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Pour la première fois de l'Histoire, trois soldats algériens participeront aux cérémonies du 14 juillet sur les Champs Elysées à Paris. Durant la guerre 14-18, 173 000 soldats algériens ont quitté leur pays pour venir combattre en France. Parmi eux, 23 000 sont morts sur le champ de bataille.
Selon le journal algérien El Watan, ils seront présents "pendant la phase dite de "manoeuvre"", place de la Concorde. "Il est prévu que les trois officiers de l'ANP passent devant la tribune présidentielle avec leur emblème national". Cependant, ils ne prendront pas part au défilé, selon le ministère français de l’Intérieur. Mais la nouvelle ne fait  l’unanimité ni Algérie, ni en France.

En effet, certains historiens ne manquent pas de rappeler que durant la Première Guerre mondiale, l’Algérie était un département français : "Ce n'est pas comme si l'Algérie s'était engagée dans cette guerre en tant qu'Etat indépendant. En tout cas, il est difficile de rendre cette complexité par la mise en scène qu'est le défilé du 14 juillet" a confié Malika Rahal, historienne chargée de recherche à l'Institut d'histoire du temps présent (CNRS) à El Watan. Dans son article, la journaliste Mélanie Matarese ajoute "qu'à l'époque, c'est par la force que les Algériens avaient été enrôlés dans la guerre".

Pour Abderrezak Mokri, président du Mouvement de la Société pour la Paix (MSP) algérien (parti islamiste, ndlr)« autant ces festivités représentent une occasion de joie pour les Français, autant elles constituent (…)une source de tristesse pour les Algériens », peut-on lire sur sa page Facebook, selon le quotidien Tout Sur l’Algérie (TSA).

Défilé du 14 juillet 2013 avec le président François Hollande © AFP
Défilé du 14 juillet 2013 avec le président François Hollande © AFP
En Algérie toujours, le secrétaire général de l’ONM, Said Abadou, a déclaré à TSA : « Je suis contre cette participation. Les Moudjahidin sont contre cette participation et on l’a déjà fait savoir ».

Saad Khiari, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste de l’Algérie nuance un peu ces réactions."J’ai quitté Alger dimanche (7 juillet) et je n’ai pas constaté de réactions négatives. J’ai même été surpris par l’absence d’intérêt, y compris dans la presse dans son ensemble".

Du côté de l’Hexagone, l’extrême droite (le FN et Rassemblement Bleu Marine, ndlr) est monté au créneau il y a de cela un mois concernant cette participation algérienne. Selon les dirigeants du parti, « la présence de l'armée nationale algérienne pose un problème politique et un problème moral grave», selon le Parisien.
Le 13 juin dernier, le député Rassemblement Bleu Marine (RBM) du Gard postait sur son compte Twitter : « Signons la pétition contre le défilé des troupes algériennes à Paris ». Une déclaration accompagnée d’une initiative de Louis Aliot, vice président du FN : la création du collectif  « Non au défilé des troupes algériennes le 14 juillet 2014 » qui regrouperait des organisations patriotiques, d’anciens combattants, des harkis et des rapatriés.

Un sentiment partagé

Malgré ces nombreuses réticences, le chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, a assuré dimanche: « Le peuple algérien assume toute son Histoire et honore ses propres contributions à la liberté à travers le monde », selon l’Agence APS.

Dans les colonnes du quotidien Midi Libre, il y a près d'un mois, Mohamed Otsmani, délégué de la liaison nationale des harkis pour la région PACA (l'association qui compte la plus grande communauté de harkis en France) confiait : "c'est une grande fierté que les Algériens défilent le 14 juillet, pour la France et pour les harkis".

Pour justifier la décision du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a fait savoir que cela n’avais rien de choquant puisqu’il s’agit de commémorer tous les sacrifices qui ont été faits durant la Première guerre mondiale, peut-on lire sur l’AFP.

François Hollande et Abdelaziz Bouteflika © AFP
François Hollande et Abdelaziz Bouteflika © AFP
Meilleure relation franco-algérienne ?

« C'est une preuve que nous sommes rentrés dans une phase pacifiée avec l'Algérie» a affirmé le ministère français de la Défense, selon le Parisien. Mais l'Algérie n'est pas la seule nation à avoir reçu l'invitation de la France à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre. En effet, 80 autres pays dont des citoyens sont tombés sur les champs de bataille participeront à l'événement, d'après l'AFP.

Pour Saad Khiari, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste de l’Algérie, cette invitation de la France « exprime un pas de plus vers la normalisation des rapports entre les deux pays. C’est un travail qui aurait dû être fait depuis longtemps. Du côté algérien, je pense que le geste a été apprécié, même si cela arrive (hasard du calendrier ?) au moment où la France a besoin d’un allié sûr aux frontières du sahel ». Et d’ajouter : « Les deux pays ont intérêt à établir de manière définitive des relations décomplexées et sereines et un partenariat véritable ».

Suite à l'annonce de la présence algérienne aux cérémonies du 14 juillet prochain à Paris, Ramtane Lamamra en a profité pour condamner "fermement" la profanation du drapeau algérien à Bourge (France), le 30 juin dernier. En effet, avant le match Algérie-Allemagne en huitièmes de finale du Mondial 2014 au Brésil, un groupe de personnes avaient mis le feu au drapeau algérien avant de diffuser la vidéo sur internet, ce qui a entraîné l'ouverture d'une enquête pour provocation publique à la haine raciale a été ouverte en France.