Afrique

Au Burundi, la réthorique génocidaire faire craindre le pire

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<span lang="fr">La police, omniprésente,  garde un oeil sur les foules qui se sont réunis pour le cortège funèbre d'Emmanuel Ndere Yimana , un partisan de l'opposition assassiné le mercredi 21 Juillet 2015, à Bujumbura  </span></pre>
La police, omniprésente, garde un oeil sur les foules qui se sont réunis pour le cortège funèbre d'Emmanuel Ndere Yimana , un partisan de l'opposition assassiné le mercredi 21 Juillet 2015, à Bujumbura
( AP Photo / Jerome Delay)

Le pays des Grands-Lacs s'enfonce dans la guerre civile. La communauté internationale craint des violences de masse

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A Bujumbura, chaque matin dévoile son lot de cadavres. Samedi soir, neuf personnes ont été tuées dans un bar d’un quartier acquis à l’opposition au président Pierre Nkrunziza. L’ancien guérillero hutu avait été réélu en juillet dernier pour un troisième mandat au mépris des accords de paix d’Arusha en 2000, qui avaient sorti le pays d’une décennie de guerre civile à forte consonance ethnique. Depuis, la contestation se transforme petit à petit en insurrection armée.

Les habitants des quartiers contestataires avaient jusqu’à samedi soir pour déposer leurs armes. Le président Pierre Nkurunziza leur avait promis une amnistie moyennant deux semaines de «rééducation civique». Sinon, la police utiliserait tous les moyens» pour les déloger.

Dimanche à l’aube, des centaines de policiers avaient commencé à encercler le quartier de Mutakura, dans le nord de la capitale. «Les jeunes se sont armés pour lutter contre les incursions de la police. De véritables positions sont cachées dans les maisons et il ne se passe pas une nuit sans qu’on entende des tirs ou des explosions», relatait vendredi un humanitaire, qui travaille à Bujumbura. Le même jour, le fils de Pierre Claver Mbonimpa, un éminent défenseur des droits de l’homme burundais, était retrouvé mort. Il venait d’être arrêté par la police. Son père avait lui-même survécu de justesse à une tentative d’assassinat en août.
 

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<span lang="fr">Dans cette photo daté du vendredi 3 Juillet, 2015, parents et amis pleurent pendant les funérailles de Patrick Ndikumana, à Bujumbura, au Burundi </span></pre>

Dans cette photo daté du vendredi 3 Juillet, 2015, parents et amis pleurent pendant les funérailles de Patrick Ndikumana, à Bujumbura, au Burundi 
(AP Photo/Bertheir Mugiraneza-File)

«Nous tuer jusqu’au dernier»

Avant l’ultimatum des autorités, les quartiers frondeurs avaient été désertés par leurs habitants. Seuls sont restés les hommes pour protéger les biens contre les éventuels pillages. «Dès que j’ai entendu le discours du président Nkurunziza et les propos de ses ministres, j’ai compris que cette fois ils allaient nous tuer jusqu’au dernier», a affirmé à l’AFP une habitante, qui a trouvé refuge avec ses cinq enfants chez une parente dans un quartier plus calme de la capitale.

Ces dernières semaines, les responsables du régime burundais ont multiplié les déclarations incendiaires. Le ministre de la Sécurité publique, Alain-Guillaume Bunyoni, véritable numéro deux du régime, a rappelé cette semaine aux Tutsis qu’ils étaient minoritaires face à la masse paysanne hutu favorable au président Nkurunziza. «Si les forces de l’ordre échouaient, on a neuf millions de citoyens à qui il suffit de dire «faites quelque-chose"», a-t-il lancé. «En quelques minutes, ils seraient ici! Qui parmi ceux qui ne rentrent pas dans le rang survivrait dans ce cas?»

Le plus explicite a été le président du Sénat Révérien Ndikuriyo qui s’était exprimé devant fin octobre à la mairie de Bujumbura. Son discours a été enregistré à son insu par des téléphones portables. Il avait appelé ses partisans à se préparer à «pulvériser» les quartiers contestataires. Pour l’instant, les policiers «se cachent pour se mettre à l’abri des grenades, mais vous allez voir la différence le jour où ils recevront le message pour passer à l’action», a-t-il poursuivi. Le responsable a fait miroiter à son audience la possibilité de «décrocher quelques parcelles» de terre s’ils «travaillaient bien».

Prise de conscience

Le terme «travailler» est de sinistre mémoire. Il était employé par les miliciens hutus qui ont exterminé 800 000 Tutsis au Rwanda voisin. Ce n’est pas un hasard si le président tutsi Paul Kagame est le plus virulent contre son homologue burundais. Dans un discours prononcé vendredi, il l’a accusé de «massacrer» son peuple. La situation au Burundi rappelle ce qui s’était passé au Rwanda en 1994, a-t-il estimé. Génocide: le mot est lâché. Il a enfin réveillé la communauté internationale longtemps indifférente à la descente aux enfers du pays des Grands Lacs. Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira en urgence ce lundi à la demande de la France. Quant à la Cour pénale internationale, elle a prévenu qu’elle pourrait lancer des enquêtes sur les violences commises au Burundi.

«Nous sommes face au risque de tueries et de violences de masse et cela devrait suffire pour que la communauté internationale se mobilise et hausse le ton. L’idée qu’il faille agiter le risque de génocide pour éviter des massacres est extrêmement gênante», analyse Thierry Vircoulon, spécialiste de l’Afrique centrale, pour l’International Crisis Group.

La présidence burundaise tente de minimiser la portée de ces déclarations belliqueuses. «Nous somme sûrs qu’il n’y aura pas de guerre ni de génocide au Burundi, on ne permettra pas que ce pays retombe dans ses vieux démons», a assuré Willy Nyamitwe, conseiller principal présidentiel en communication. «Il y a aujourd’hui une manipulation de la communauté internationale car celle-ci est tombée dans le piège d’une opposition qui a toujours chanté «génocide «et qui a propagé des traductions erronées de certains propos de responsables burundais», a-t-il dit.

«Le discours des gouvernants ne cesse de multiplier les références ethniques à l’époque de la guerre civile. Il semble que la population soit beaucoup plus mature que les gouvernants à ce titre car celle-ci a résisté à la tentation de s’engouffrer dans cette brèche. Par ailleurs, l’opposition est multi-ethnique», tempère Thierry Vircoulon. Il n’empêche, «le dialogue entre opposition et gouvernement interrompu depuis la réélection du président doit reprendre immédiatement», conclut le spécialiste.