Afrique

Au Congo-Brazzaville, l'opposition en a "ras-le-bol"

Ras-le-bol au Congo-Brazzaville
Nos envoyés spéciaux ont rencontré les membres du mouvement "ras-le-bol".
Reportage de Sophie Roussi, Clément Alline et Alain Shungu

On vote ce dimanche pour le premier tour de la présidentielle. De la mobilisation de l'opposition et de la société civile contre le président sortant Denis Sassou Nguesso a émergé un mouvement citoyen baptisé "ras-le-bol". Reportage.

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La campagne électorale s'achève officiellement ce vendredi soir minuit. Le sentiment qui prévaut est celui d'un "calme relatif", a relevé jeudi Michel Kafando, envoyé spécial de l'Organisation internationale de la Francophonie. Un calme qui contraste avec les troubles qui avaient précédé le référendum sur la Constitution, en octobre 2015.

Calme relatif

Après trente-deux ans de pouvoir, le président sortant Denis Sassou Nguesso a fait modifier la Constitution pour pouvoir briguer un nouveau mandat face à huit autres candidats. L'opposition, qui qualifiait de "coup d'Etat constitutionnel" le projet de changement de constitution avait appelé la population à empêcher la tenue du référendum. Une démarche "insurrectionnelle" pour le gouvernement, qui avait interdit les rassemblements publics, coupé le signal de la radio française RFI et assigné à résidence quelques dirigeants d'opposition. Des violences meurtrières avaient alors éclaté à Brazzaville et à Pointe-Noire, la capitale économique du pays, dans le Sud. La nouvelle Constitution, finalement promulguée en novembre, a fait sauter les deux verrous qui empêchaient Denis Sassou Nguesso de se représenter.

Cette fois-ci, "globalement, la campagne a été acceptable", selon Yrèle Iwango Mouketo, de l'équipe de campagne de Pascal Tsaty Mabiala, l'un des cinq candidats de l'opposition ayant signé un pacte pour soutenir en cas de second tour le candidat le mieux placé pour faire barrage à Denis Sassou Nguesso, même si "on a eu des entraves de la part [de certaines] autorités locales". Même écho de la part de Vivien Manangou, porte-parole du candidat Guy-Brice Parfait Kolélas, qui attribue ces "entraves" plus au zèle de certains responsables locaux qu'à une volonté du pouvoir central d'empêcher la campagne.

"Pleurnicheurs"

Jean-Baptiste Bouboutou Bemba, porte-parole du candidat André Okombi-Salissa, parle lui d'"une campagne très participative" ayant rencontré "beaucoup d'engouement", même s'il déplore "des entraves" dans "certaines villes", qu'il attribue à des "instructions venues d'en haut". "Manifestement, la campagne s'est passée de manière apaisée", selon Thierry Moungalla, "si les pleurnicheurs de l'opposition le reconnaissent, je ne vais pas dire le contraire... Le candidat Sassou Nguesso a fait une bonne et belle campagne partout et donc nous sommes optimistes". Denis Sassou Nguesso a promis à ses partisans de gagner dès le premier tour.

La perception est très différente dans le camp du général Jean-Marie Michel Mokoko, qui a démissionné début février de ses fonctions de conseiller paix et sécurité de Denis Sassou Nguesso pour se présenter contre lui. De retour à Brazzaville, le général Mokoko, qui était jusqu'en février représentant spécial de l'Union africaine en Centrafrique, a été visé par une procédure judiciaire pour une affaire de vieille vidéo le montrant discuter d'un possible coup d'Etat dans la décennie 2000. Ce samedi, à la veille de la présidentielle, le candidat Mokoko dénonce encore une nouvelle convocation judiciaire. Ses proches dénoncent un acharnement du pouvoir contre sa personne. "On ne peut tout de même pas empêcher la police de faire son travail", rétorque Thierry Moungalla, porte-parole du gouvernement et du candidat Sassou Nguesso.

Jeudi matin, l'équipe de campagne de Guy-Brice Parfait Kolélas a décidé de délocaliser son meeting prévu dans le centre de la capitale après s'être fait notifier son interdiction, afin d'éviter une "confrontation". En dépit d'un petit incident sans heurts entre certains de ses partisans et des policiers qui barraient une avenue, Kolélas a pu rassembler quelques milliers de personnes dans l'après-mi.

"Les choses devraient bien se passer"

Disant craindre des fraudes, les cinq opposants coalisés contre le président sortant - Kolélas, Mokoko, Okombi-Salissa, Pascal Tsaty Mabiala et Claudine Munari, la seule femme de ce scrutin - ont mis en place leur propre "commission technique électorale" pour surveiller le scrutin.

Michel Kafando a dit avoir reçu du pouvoir l'assurance que les élections seraient "ouvertes" et des représentants des autres candidats celle que les éventuels contentieux électoraux seraient réglés par les voix légales à leur disposition. Avant de quitter Brazzaville, il a déclaré que "les choses devraient bien se passer". Néanmoins, il demeure un risque de troubles post-scrutin en cas de "trop grande différence" entre les résultats publiés et ceux que compte compiler l'opposition à l’issue du premier tour.