Au Mali, accusations de fraudes à l'approche de la présidentielle

Le déploiement de la carte d'électeurs NINA a été parfois laborieux. Une brèche pour les fraudeurs ? - ©TV5MONDE
Le déploiement de la carte d'électeurs NINA a été parfois laborieux. Une brèche pour les fraudeurs ? - ©TV5MONDE

Et si la campagne pour le premier tour de la présidentielle malienne était en train de se tendre ? Alors que la campagne touche à sa fin et à quatre jours du vote, l'heure est aux accusations de fraudes. Ce mardi à Bamako, un candidat était particulièrement pointé du doigt. Reportage.

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Mais qui est donc ce candidat prêt à user de tous les moyens pour se faire élire dès le premier tour de la présidentielle malienne ? 
Tout était dans la suggestion ce mardi 23 juillet dans la grande salle de conférence de la Maison de la presse de Bamako. 
Dans le rôle de l'accusateur, l'alliance ADR/FDR bien décidée à ne pas laisser passer un certain nombre de fraudes dont elle dit détenir les preuves. Bien décidée aussi à ne pas laisser "un certain candidat" instrumentaliser deux institutions très puissantes et présentes au Mali, l'armée et les associations musulmanes. Sur ce dernier point la plateforme ADR/FDR met donc en avant son combat pour la laïcité déplorant, à raison, que des puissants chefs religieux donnent des consignes de vote .

NINA dans la nature ? 

Concernant la fraude, et sous les applaudissements appuyés d'une grande partie du public de cette "conférence de presse" (des militants, en fait, invités à venir faire "la claque"), les organisateurs se veulent précis. 
Ils ont des chiffres : 8.000.000 de cartes NINA ont été commandés pour exactement 6.877.449 électeurs. Plus précis encore, les intervenants expliquent que 6.877.433 cartes ont été distribuées. Un chiffre provenant, nous dit-on, de la CENI, la Commission électorale. 
En clair, plus d'un million de cartes -sans nom ni photo- sont dans la nature à quelques jours de la présidentielle. 
Pour l'ADR/FDR, ces cartes manquantes seraient au coeur du système de fraude qui se met en place pour dimanche. Egalement évoqués, les disciples de Nioro du Sahel pour qui 4500 cartes auraient été mises à disposition. Plus que le nombre de votants.
En conclusion, nous explique-t-on, ces fraudes n'auraient qu'un seul but : faire gagner "un certain candidat" dès le premier tour avec 50,1% des voix contre ces 26 adversaires.

Des preuves ? 

L'exposé terminé, les journalistes sont invités à poser des questions. Et l'exercice prend une toute autre tournure. Les questions sont toutes sur le thème : "vos accusations sont très graves. Mais de quelles preuves disposez-vous ? Montrez-nous des preuves ! Et quelles sont vos sources ? ". La question horripile la salle. Cris, invectives. Et elle donne lieu à cette réponse assez étonnante, en substance : "Nous vous apportons des faits. A vous de les prouver ! C'est vous les journalistes ! Et nous n'avons pas à donner les sources !". 
L'accusation est pourtant grave, car à écouter les organisateurs, le plan du candidat en question est simple : si dimanche soir il est condamné à un second tour, alors il appellera certainement militaires et associations religieuses à descendre dans la rue. 
L'approche de la rupture du jeûne conclut cette rencontre tendue. Si rien de très nouveau n'en est sorti, elle illustre toutefois la crispation de plus en plus importante entre les deux hommes jamais cités mais pourtant très présents tout au long de cette rencontre : Ibrahim Boubakar Keita, alias IBK, l'une des figures centrales de la vie politique malienne, ancien Premier ministre aujourd'hui favori du premier tour et soupçonné de vélléités de triche par l'ADR/FDR et Soumaïla Cissé, autre figure incontournable de la politique nationale. Les deux hommes constitueront très vraisemblablement l'affiche du second tour.