Afrique

Au Nigeria, des dizaines de milliers d'enfants pourraient mourir de faim

Depuis des mois, des ong et des agences internationales tirent la sonnette d'alarme. Plus de 50 000 enfants pourraient mourir de malnutrition dans l'Etat nigérian de Borno.
Depuis des mois, des ong et des agences internationales tirent la sonnette d'alarme. Plus de 50 000 enfants pourraient mourir de malnutrition dans l'Etat nigérian de Borno.
AP Photo/Sunday Alamba file

Dans l’Etat de Borno dans le nord-est du Nigeria, le manque de nourriture menace la vie de 50 000 enfants. En cause, les exactions perpétrées par le groupe extrémiste Boko Haram dans son fief.

dans
« Près du quart des enfants résidant dans l'Etat de Borno ont besoin de soins médicaux et d'un approvisionnement régulier en nourriture », déclare Manuel Fontaine, directeur régional de l'UNICEF pour l'Afrique occidentale et centrale, qui rentre précisément de cette zone.
 
Lors d’un entretien avec la Radio des Nations unies, il s’est dit frappé « de voir le niveau de destruction dans des zones récemment libérées par l’armée nigériane de l’emprise de Boko Haram, que ce soit dans les villes ou les villages »
 
Si ces 50 000 enfants sont en danger, c’est parce qu’ils ont été déplacés. Dans les camps de réfugiés, les ressources manquent et ils y sont confrontés à des problèmes d’accès à l’eau et d’assainissement. Une eau polluée entraîne des maladies provoquant la malnutrition comme la diarrhée ou le paludisme. Ces déplacements forcés ont un autre effet pervers : la population ne peut ni planter, ni élever des animaux, ni faire de commerce. Ce qui accentue la pauvreté e, in fine, cette malnutrition. 
 
« Cette crise pourrait être bien plus aiguë », prévient Manuel Fontaine, car le décompte a été fait sur la population accessible. Mais au moins deux millions de personnes n’ont pas encore été recensées dans des zones encore tenues par Boko Haram. S’aventurer dans le fief de l'organisation est un vrai défi sécuritaire, et la saison des pluies a rendu certaines routes impraticables. 
 
Le 11 juillet, le coordonnateur humanitaire régional de l’ONU pour le Sahel, Toby Lanzer, avait évoqué une urgence extrême et avait souligné que 220 millions de dollars étaient nécessaires « pour maintenir les gens en vie ». Plus tôt dans l’année, l’Unicef avait lancé un appel aux dons pour 55,5 millions d’euros afin de porter assistance à ces populations. Jusqu’ici, il n’a reçu que 3 millions de dollars.

Boko Haram recule mais...

Ce qui n’est évidemment pas une préoccupation pour Boko Haram qui se concentre sur la défense de son territoire et sur l’embrigadement de nouvelles recrues. Depuis 2009, cette insurrection a fait a moins 20 000 morts et plus de 2,6 millions de déplacés. Les attaques sont devenues de plus en plus meurtrières à mesure que les djihadistes perdaient du terrain. Récemment, l’armée a repris des zones entières à Boko Haram, qui, en 2014, contrôlait un territoire grand comme la Belgique. Les militaires nigérians vont jusquà dire que « la victoire est proche ».
 
Afin d’échapper aux opérations militaires, les rebelles islamistes se sont repliés autour du lac Tchad , où se rejoignent Nigeria, Niger, Tchad et Cameroun, pays également engagés dans la lutte contre le groupe terroriste. Depuis ces îlots, ils lancent des attaques sur les villages pour piller nourriture et provisions. Ce qui provoque de nouveaux déplacements de population. 
 
Les Nigérians ne sont pas dupes. Ce recul n’annonce pas la fin des violences. « Après le départ du groupe armé, les populations déplacées ont peur des attaques, des raids. Ils ont également peur de se retrouver pris dans un combat entre l’armée et les terroristes », précise Manuel Fontaine.