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Révision de la Constitution au Bénin : le projet du président Talon recalé ?

Patrice Talon, président de la République du Bénin, depuis le 6 avril 2016.
Patrice Talon, président de la République du Bénin, depuis le 6 avril 2016.
©AP Photo/Michel Euler

Le Parlement béninois a créé la surprise mardi 4 avril 2017 en refusant d'examiner le projet de révision de la constitution. Ce projet, si cher à Patrice Talon prévoit entre autres d'instaurer un mandat présidentiel unique. Le voilà pour le moment suspendu, voire aux "oubliettes", comme nous l'a expliqué notre spécialiste Denise Epoté.

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Une gifle ? Un camouflet ? Visiblement, ce vote a pris tout le monde par surprise. Et le premier surpris n'est autre que le chef de l'Etat lui-même.

Vifs débats à l'Assemblée

Soixante députés ont voté en faveur de l’étude du texte, 22 contre et un s’est abstenu, alors que la majorité des trois-quart était exigée. Le texte ne sera donc pas examiné sur le fond. C'est un deuxième échec pour le projet présidentiel, après le refus des élus béninois d'examiner la réforme constitutionnelle selon une procédure d'urgence.

La séance plénière qui a duré toute la journée, mardi 4 avril 2017, a été l'objet de vifs débats entre les députés, et a été interrompue à deux reprises.

C'est un échec pour le gouvernement, une gifle  Un député, sous couvert d'anonymat

"Voilà un problème de réglé", a soupiré quant à lui, le président du parlement à l’issue du vote tard dans la soirée.

Le président Patrice Talon, qui porte cette réforme, avait décidé de faire approuver le texte par l'Assemblée nationale, où il dispose d'un fort soutien, plutôt que d'organiser un référendum, comme il l'avait promis l'an dernier à son arrivée au pouvoir.

Les détails du nouveau projet de Constitution ne sont pas connus du grand public, mais il prévoit notamment une discrimination positive en faveur des femmes dans le monde politique, un financement public des partis, ainsi que la mise en place d'un mandat présidentiel unique, une mesure historique sur le continent africain et qui fait débat.

Opacité du texte

Le fait de ne pas soumettre la réforme au vote populaire, l'opacité des textes, et l'idée d'un mandat présidentiel unique ont également suscité de vives protestations dans le petit pays d'Afrique de l'Ouest, considéré comme calme et démocratique.

"Il s’agit d’une victoire pour le peuple béninois", exulte Léonce Houngbadji, président du PLP (Parti pour la libération du peuple), un parti d'opposition, qui a mené une campagne active contre le vote de cette loi. Joint par l’AFP, il a assuré que "la veille (sur le texte) sera maintenue" et ses partisans garderont "la pression sur les députés".

Interrogé par RFI, le député Guy Mitokpè déclare de son côté: « Je crois que c'est une victoire du peuple, ce n'est pas la victoire d'un camp contre un autre camp, ce n'est pas une victoire contre un homme. Il faut désormais que nous puissions ranger ce projet et nous consacrer davantage aux choses essentielles ».

#revue de presse

"Un projet aux oubliettes !"

L'analyse de Denise Epoté, directrice TV5MONDE Afrique, rédactrice et présentatrice de l'émission "Et si vous me disiez toute la vérité!" "Afrique presse".

Comment a commencé ce "feuilleton" ?

Denise Epoté :
Au début de l’histoire, il y a 10 jours, Patrice Talon a présenté aux parlementaires ce projet comme une mesure d’urgence. Les parlementaires l’ont rejeté pour vice de procédure. Première retoquade.

Lors de sa présentation au Parlement, le projet n’obtient pas la majorité qualifiée. Résultat:
ce projet aujourd’hui n’existe plus, il est aux oubliettes.

Si jamais le président Talon décide finalement de le soumettre à un référendum, c’est un risque énorme. S’il perd, il pourrait être contraint de démissionner. Il ne va pas courir ce risque.

Pourquoi avoir présenté ce projet?

DE : Dans le fond ce projet de révision ne présentait aucune urgence, il voulait réviser la durée du mandat, pour instaurer un mandat unique de 6 ans. Pourquoi le faire maintenant ? D’autant plus que cela ne s’applique pas à lui, puisqu’il s’est engagé à ne faire qu’un seul quinquennat.  

Deuxième chose que les députés ont refusé : ce projet prévoyait une immunité pour les ministres même en cas de détournement.

Il y a d’autres urgences. Les libertés, qui étaient bafouées sous Boni Yayi, c’était d’ailleurs l’un des principaux engagements de la campagne de Patrice Talon. Et puis l’autre objectif, sinon le premier c’était reconstruire le Bénin, il a même présenté un plan d’action gouvernemental dans lequel figurent beaucoup de choses pour relancer l’économie du pays.
 
Son slogan de campagne c’était « le Bénin révélé ». Il a été élu pour cela! C’est ça que les Béninois attendent aujourd’hui, c’est que leur pouvoir d’achat soit amélioré.

Alors pourquoi avoir lancé ce projet de révision constitutionnel ? On peut se poser la question, peut-être s’est-il laissé emporté dans son élan de lancer des grands chantiers, sauf que celui-ci n’était évidemment pas le plus urgent. D’autant plus que tout le monde attend maintenant des résultats, au terme de sa première année de mandat."