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Burkina Faso : enquête sur l'attaque djihadiste à Ouagadougou

Burkina faso témoignages de l'attaque
©TV5MONDE / Reportage : F. Noaro-Kabré

L'enquête se poursuit sur l'attaque djihadiste survenue le 13 août 2017 à Ouagadougou au café restaurant Aziz Istanbul. Les assaillants responsables de la fusillade qui a fait 18 morts, seraient "probablement venus du nord du Mali ou près de la frontière", selon des sources burkinabè.

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Trois jours après l'attaque du café-restaurant Aziz Istanbul perpétrée dimanche 13 août 2017 par des hommes armés, la capitale burkinabè Ouagadougou retrouve lentement son animation habituelle, alors que l'enquête se poursuit sur l'identité et le mode opératoire des djihadistes présumés.

Dix-huit personnes, neuf Burkinabè et neuf étrangers, ont été tués dans l'attaque , selon une liste publiée mercredi par le gouvernement du Burkina Faso après la fin du travail d'identification des corps. Sept hommes et deux femmes burkinabè ont été tués dans cette attaque, qui n'a jusqu'ici pas été revendiquée. Parmi les victimes étrangères, on compte deux Koweïtiens, une Canadienne, une Algéro-Canadienne, un Français, un Sénégalais, un Nigérian, un Turc et un Libanais.

Les dépouilles seront remises aux familles à partir de jeudi, a indiqué à l'AFP une source proche du dossier. Vingt-deux autres personnes ont été blessées dans cette fusillade. Parmi elles, figurent plusieurs enfants et cinq agents des forces de défense et de sécurité. Par ailleurs, 40 personnes, retenues par les assaillants, ont été libérées lors de l'assaut des forces de l'ordre.

Des djihadistes venus du Mali ? 

Selon les précisions de la procureure du Burkina Faso, Maïza Sérémé, les deux assaillants "étaient très jeunes" et étaient "allés au combat pour mourir". Ils étaient arrivés à moto, "chacun armé d'un AK47" (fusil d'assaut Kalachnikov, ndlr).

Le commando est "probablement venu du nord du Mali ou près de la frontière", a indiqué mercredi à l'AFP une source sécuritaire burkinabè. 
 
Vu le mode opératoire des assaillants, leurs traits physiques, ils peuvent probablement venir du Nord Mali ou encore plus près de la frontière."Un officier de l'armée sous couvert d'anonymat, interrogé par l'AFP
Dimanche soir, les opérations des forces de l'ordre contre les auteurs de l'attaque, retranchés dans le café-restaurant, avaient duré toute la nuit. Les forces de sécurité - gendarmerie, police et armée - avaient donné l'assaut vers 22H15 contre les assaillants retranchés dans l'immeuble qui abrite le café. Les assaillants avaient "riposté aux tirs pendant plusieurs heures avant d'être abattus à l'arrière du bâtiment", selon la procureure du Burkina Faso, Maiza Séremé.

Lors de son point presse, cette dernière avait évoqué des "similitudes dans le mode opératoire" avec l'attaque jihadiste du 15 janvier 2016, lorsqu'un commando avait attaqué avec des armes automatiques le café Cappuccino - situé à 300 mètres du restaurant Aziz Istanbul - et plusieurs autres établissements. Cette attaque, revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), avait fait 30 morts et 71 blessés, en majorité des étrangers.

Absence de revendication...

Cette fois, 72 heures après le drame du café restaurant Aziz Istanbul, l'attaque n'a pas encore été revendiquée. "Toutes les pistes sont envisagées", a déclaré le ministre de la Sécurité Simon Compaoré.

"Le fait que l'attaque ne soit pas encore revendiquée se signifie pas que c'est une acte isolé, il peut être lié à Ansarul Islam ou à Aqmi", a-t-il ajouté. "Ce sont des pistes que les enquêteurs explorent et l'analyse des armements et des munitions retrouvés sur le commando permettra d'affiner les recherches."

Ansarul Islam est un groupe islamiste actif dans le nord du Burkina Faso, qui a revendiqué plusieurs attaques contre l'armée burkinabè ces derniers mois, dont une qui a fait 12 morts dans les rangs des militaires en décembre 2016.

Quant au processus d'identification des assaillants, il n'est pas encore achevé selon les autorités. Celles-ci espérent que l'appel à témoin lancé par la procureure du Faso en vue d'identifier des complices ou des facilitateurs éventuels depuis la planification jusqu'à l'attaque terroriste, permettra d'aller plus vite.

"Lors de la situation que nous avons connu en 2016, il a fallu beaucoup de temps pour qu'on ait tous les éléments et savoir que c'est dans un pneu que quelqu'un a mis les fusils pour les transporter jusqu'à Ouagadougou" pour perpétrer l'attaque du café Cappuccino, a rappelé le ministre de la Sécurité. "Ces enquêtes peuvent prendre beaucoup de temps et il faut collaborer avec d'autres pays", a insisté M. Compaoré.

Ougadougou sous le choc

Le Burkina Faso est toujours sous le choc de cet attentat perpétré au coeur de sa capitale. Lundi, au lendemain du drame, et mardi, férié en raison du 15 août, l'avenue Kwame N'Krumah, principale artère de la capitale du Burkina Faso, était restée déserte.

La circulation a repris tôt mercredi matin sur l'avenue, adresse de prestige où se trouvent les cafés et restaurants à la mode de la capitale burkinabè, les grands hôtels, les sièges des banques et de nombreux commerces. Les petits stands de grillades, de vente de cigarettes et de mouchoirs en papier ont rouvert, comme les marchands d'arachides et de fruits.

"On a tous eu peur donc on n'a pas ouvert lundi. Après ce qui s'est passé, le moral est cassé", confie à l'AFP Rodrigue Kaboré, 24 ans, responsable d'un magasin de fournitures bureautiques. "On vient ouvrir parce qu'on doit ouvrir, mais on a toujours peur."