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Burkina Faso : François Compaoré laissé libre sous contrôle judiciaire

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François Compaoré accompagné de son avocat à Paris le 30 octobre 2017.
©TV5Monde

François Compaoré a été laissé libre sous contrôle judiciaire. Le frère du président déchu burkinabè, Blaise Compaoré avait été arrêté dimanche 29 octobre 2017, à sa descente d'avion à l'aéroport parisien de Roissy. Il fait l'objet d'un mandat d'arrêt international délivré par le Burkina Faso qui a demandé lundi 30 octobre 2017 son extradition à la France.

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La Cour d'appel de Paris a décidé ce lundi 30 octobre 2017 de laisser François Compaoré en liberté sous contrôle judiciaire. Une information confirmée par son avocat en France, Me Pierre-Olivier Sur.

Le frère de l'ancien président Blaise Compaoré avait été arrêté dimanche 29 octobre 2017 à son arrivée en France. Il fait l'objet d'un mandat d'arrêt international délivré par le Burkina Faso dans l'enquête sur l'assassinat en 1998 de Norbert Zongo, journaliste critique du pouvoir.

Selon son avocat, il ne sera pas extradé par la France. Mais le Burkina Faso a demandé lundi soir cette extradition. "Les documents relatifs à la demande d'extradition ont été préparés et transmis au ministère des Affaires étrangères pour que les autorités françaises soient saisies dès ce soir", a déclaré le ministre burkinabè de la Justice René Bagoro dans une conférence de presse à Ouagadougou.
 
Nous avons formulé notre demande d'extradition. Le Burkina Faso usera de tous les moyens juridiques pour obtenir l'extradition (pour qu'il) vienne répondre à l a justice burkinabè.René Bagoro, ministre burkinabè de la Justice

François Compaoré, poursuivi pour "incitation à assassinats"

La justice burkinabè le recherche depuis mai 2017 dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat du journaliste d'investigation Norbert Zongo et de trois compagnons de voyage. François Compaoré, 63 ans, est poursuivi pour "incitation à assassinats", selon un avocat de la famille Zongo. Joint par l'AFP dimanche, Me Bénéwendé Sankara s'était déclaré "très heureux", "très soulagé de le savoir aux arrêts".

Citoyen ivoirien résidant en France, François Compaoré est rentré à Paris dimanche matin depuis Abidjan. Il s'est vu notifier ce mandat d'arrêt à sa descente du vol, selon une source aéroportuaire et son avocat, confirmant une information de Jeune Afrique.

François Compaoré "a été entendu trois fois par la commission d'enquête internationale et trois autres fois par une juridiction d'instruction au Burkina, or chacune de ces deux procédures l'a disculpé" dans ce dossier, fait valoir son avocat en France, Me Pierre-Olivier Sur. "Le pouvoir en place, qui ne parvient pas à retenir de charges contre Blaise Compaoré change aujourd'hui son fusil d'épaule et accuse son frère", estime-t-il.

Assassinat de Norbort Zongo

Directeur de publication de l'hebdomadaire "L'Indépendant", Norbert Zongo et trois autres personnes avaient été retrouvés morts carbonisés dans leur véhicule le 13 décembre 1998 dans le sud du Burkina. Auteur de plusieurs enquêtes retentissantes dénonçant la mauvaise gouvernance sous le régime Compaoré, M. Zongo travaillait, au moment de son assassinat, sur la mort du chauffeur de François Compaoré, conseiller économique du chef de l'Etat et surnommé le "petit président".

"Nous osons espérer que les autorités françaises vont mesurer la portée de cette affaire et bien vouloir procéder à son extradition", déclarait, dimanche à l'AFP Laurent Poda, procureur général burkinabè. "Nous estimons que sa présence dans ce dossier emblématique mérite qu'il puisse être là, pour la manifestation de la vérité", a-t-il ajouté. Il n'aura pas été entendu.

L'affaire Zongo, "c'est une quête de vérité et de justice des Burkinabè, qui sont extrêmement attachés à ce dossier", selon l'avocat de la famille du journaliste.
La mort du journaliste, célèbre pour ses positions critiques vis-à-vis du pouvoir, avait ouvert une crise politique et sociale dans le pays et provoqué de vives protestations internationales.

Un dossier en cours depuis... dix-sept ans

En 2000, l'association Reporters sans frontières (RSF) avait tenté de se porter partie civile en France contre Blaise Compaoré dans l'enquête sur cet assassinat, alors que l'ex-chef de l'Etat burkinabè se trouvait en visite officielle à Paris. La plainte avait été classée sans suite. Six "suspects sérieux" avaient ensuite été identifiés par une commission d'enquête internationale mise en place par les autorités burkinabè et à laquelle participait RSF. Mais seul un ancien chef de la garde rapprochée du président Compaoré avait été inculpé pour "assassinat", avant de bénéficier d'un non-lieu en juillet 2006, confirmé en appel.

Dans l'enquête sur la mort de son chauffeur, François Compaoré a un temps été inculpé de "meurtre et recel de cadavre", mais dans le dossier Zongo il n'avait jamais été inquiété avant l'émission de ce mandat d'arrêt. Il s'est enfui de son pays lors de l'insurrection populaire d'octobre 2014 et a depuis obtenu la nationalité ivoirienne en même temps que son frère.

Longtemps laissé dans les tiroirs, le dossier Norbert Zongo a été rouvert à la faveur de la chute du régime. En décembre 2015, trois anciens soldats du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) - l'ancienne garde prétorienne du président Compaoré dissoute après sa tentative de coup d'Etat mi-septembre 2015 - ont été inculpés par la justice burkinabè dans cette affaire.