Burkina Faso : l'éternel Blaise Compaoré sur le fil

Après l'Afrique du Nord, d'autres États plus au sud sont secoués par des des révoltes de la faim et de la frustration. Depuis plusieurs jours, des émeutiers, souvent jeunes et instruits, s'en prennent aux symboles gouvernementaux du Burkina Faso, l'ancienne Haute Volta sous protectorat français jusqu'en août 1960. L'actuel président burkinabé était arrivé au pouvoir voilà 24 ans, après un coup d'État. À 60 ans, Blaise Compaoré, l'un des plus anciens dirigeants africains, subit à son tour la colère de son peuple. Portrait.

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Ouagadougou, 20 décembre 2010 : Blaise Compaoré prononçant son discours d'investiture au Palais des sports de Ouaga 2000.
Ouagadougou, 20 décembre 2010 : Blaise Compaoré prononçant son discours d'investiture au Palais des sports de Ouaga 2000.
Celui qu'on surnomme le « beau Blaise » n'a pas le charisme de son prédécesseur, Thomas Sankara, le « Che africain ». L'instigateur de la révolution burkinabée du 4 août 1983 et premier président de la République est une figure africaine encore révérée aujourd'hui, comme en témoigne ce site à sa gloire.

ETERNEL NUMERO DEUX

À ses côtés, son compagnon de route et ami Blaise Compaoré est vu comme l'éternel numéro deux, comme l'explique Semba Diallo, du Journal du Jeudi, hebdomadaire burkinabé satirique, sur SlateAfrique : « Pour certains observateurs des années 80, il n’est qu’un "second rôle" insipide à côté de Sankara, président du Conseil national de la révolution. Pour d’autres, il est la marionnette contre-révolutionnaire d’un Houphouët-Boigny pro-français que ce CNR démangeait.»

Mais le 15 octobre 1987, Blaise Compaoré va avoir le premier rôle. C'est le « Jeudi noir ». Le président Thomas Sankara est assassiné lors d'un coup d'Etat que son "éternel second" a organisé. Compaoré parle d'un « accident ». Plusieurs jours plus tard, le père du « pays des hommes intègres » est déclaré « décédé de mort naturelle » par un médecin militaire. Ces thèses sont peu crédibles. L'absence de tout procès ou de toute enquête de la part du gouvernement burkinabé sera finalement condamnée en 2006 par le Comité des droits de l’homme des Nations unies.

Interview de Blaise Compaoré une semaine après sa prise de pouvoir, le 15 octobre 1987.



Après sa prise de pouvoir sanglante, Compaoré déclare que Sankara a « trahi l'esprit de la révolution » et engage une politique de « rectification de la Révolution ». En clair, il apaise les relations tendues avec son voisin la Côte d'Ivoire, ainsi qu'avec la France. En 1991, il restaure la IVème République et devient président. L'élection est boycottée par l'opposition.

DEUX FACETTES

En 1998, il est réélu une première fois. Quelques jours après le scrutin, le journaliste Norbert Zongo, fondateur de L'Indépendant, est assassiné. Le journaliste avait enquêté sur la mort de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré, frère du chef de l'État et conseiller à la présidence. Douze ans près la mort de Thomas Sankara, l'affaire ébranle le pays. C'est la première fois que le pouvoir de Compaoré est réellement menacé. Un non-lieu est finalement prononcé. « Ni Blaise Compaoré ni son frère n'ont été inquiétés », dénonce l'association Reporters sans frontières.

Compaoré est encore réélu en 1998 puis en 2005 : en face de lui, se sont présentés pas moins de 16 partis de l'opposition, incapables de s'entendre pour former une coalition.

Ces dernières années, le président burkinabé cultivait une image de « facilitateur ». Il a été médiateur de la CEDEAO plusieurs fois, dans la gestion de crises de différents pays d'Afrique de l'Ouest : Togo, Niger, ou encore Côte d'Ivoire. Cela lui aurait-il nuit ? s'interroge Damien Glez, dessinateur pour le Journal du Jeudi, sur SlateAfrique : « Compaoré n’est-il aujourd’hui qu’un super ministre des Affaires étrangères loin des réalités de son peuple ? »

Blaise Compaoré a été réélu quatre fois avec plus de 80% des voix depuis son arrivée au pouvoir en 1987. Son mandat en cours, entamé en novembre 2010, doit théoriquement s'achever en 2015, selon l’article 37 de la Constitution. Théoriquement, car son parti parle déjà d'une modification du texte. Une boulimie de pouvoir qui révolte les Burkinabés.

La contestation gagne du terrain au Burkina Faso

18.04.2011Par AFP
Le pouvoir est confronté depuis février à plusieurs mouvements de contestation des jeunes, des magistrats, des commerçants et des soldats.

La contestation a gagné du terrain lundi 18 avril au Burkina Faso où des jeunes ont manifesté violemment à Koudougou (ouest) et où la mutinerie de soldats s'est étendue à une quatrième ville, Kaya (centre), après celles de Ouagadougou, Pô (sud) et Tenkodogo (ouest).

Koudougou est la ville d'où est partie la contestation au Burkina Faso, après la mort d'un élève, Justin Zongo, le 20 février lors d'une manifestation. Ses proches avaient accusé la police d'être à l'origine de sa mort, les autorités affirmant qu'il était mort d'une méningite.

Dans la capitale, qui depuis jeudi soir avait des allures de ville morte, la vie reprenait son cours normal lundi matin, a constaté un journaliste de l'AFP, la plupart des banques et des services publics ayant rouvert leurs portes. Sur le marché central, théâtre samedi de violences provoquées par des commerçants excédés par l'action des militaires qui avaient pillé et saccagé de nombreuses boutiques, les mêmes commerçants étaient présents, mais n'avaient pas ouvert leurs étals.

Après la mort de Justin Zongo en février, au moins six autres personnes ont été tuées lors de manifestations violentes. Au moins 43 personnes ont été blessées par balle depuis jeudi 14 avril à Ouagadougou et deux à Pô, ont indiqué à l'AFP des sources hospitalières. Des cas de viols ont également été signalés.

Pour tenter de contenir la révolte, Compaoré a versé à la garde présidentielle une prime de logement et d'alimentation promise, dissous son gouvernement, nommé de nouveaux responsables des forces armées et instauré un couvre-feu dans la capitale.