Burkina Faso : accord pour le rétablissement de Kafando, vers la fin de crise

Un militaire maintient l'ordre dans la capitale burkinabé le 20 septembre 2015 après le coup d'Etat du général Diendéré.
Un militaire maintient l'ordre dans la capitale burkinabé le 20 septembre 2015 après le coup d'Etat du général Diendéré.
©AP Photo/Theo Renaut

Les putschistes burkinabè ont signé mardi soir un accord prévoyant un retour dans leur caserne et accepté de "rétablir" dans ses fonctions le président renversé par un coup d'Etat, Michel Kafando. Les chefs d'État et de gouvernement de la Cédéao envoient ce mercredi une délégation de chefs d'Etat à Ouagadougou.

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Les putschistes burkinabè ont signé mardi soir un accord prévoyant un retour dans leur caserne et accepté de "rétablir" dans ses fonctions le président renversé par un coup d'Etat, comme demandé par la Cédéao qui dépêche mercredi une délégation à Ouagadougou.

Putschistes et forces loyalistes semblent donc être dans une logique d'apaisement après des déclarations musclées.

Michel Kafando, le président burkinabé destitué par les putschistes le 17 septembre, sera "remis en selle" mercredi, a précisé à l'AFP le général putschiste Gilbert Diendéré.

"Kafando c'est déjà acté. Les chefs d'Etat [de la Cédeao, Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest] arrivent demain [mercredi, à Ouagadougou] pour le remettre en selle. Théoriquement, c'est moi qui vais les accueillir demain [à l'aéroport] et Kafando les raccompagnera après", a affirmé le général Diendéré, le chef du Régiment de sécurité présidentiel (RSP), auteur du coup.

Les chefs d'État et de gouvernement de la Cédéao, réunis mardi en sommet extraordinaire à Abuja, au Nigeria ont en effet décidé de "dépêcher" mercredi une délégation de chefs d'Etat "pour rétablir Michel Kafando dans ses fonctions de président de la transition au Burkina Faso". 

Ils ont également "appelé la garde présidentielle à déposer les armes et demandé aux autres unités de l'armée de ne pas faire usage de la force pour éviter des pertes en vies humaines", selon le président de la commission de la Cédéao, Kadré Désiré Ouédraogo.

Présenté devant la presse chez le Mogho Naaba, roi des Mossis (ethnie majoritaire au Burkina Faso), autorité traditionnelle très respectée, l'accord entre l'armée burkinabè et les putschistes comprend cinq points.

Parmi ces cinq points, le Régiment de Sécurité présidentielle (RSP), auteur du coup du 17 septembre, s'engage à "accepter le cantonnement" dans sa base du camp Naaba Koom II et "céder les poste de garde" qu'il occupe "dans la ville de Ouagadougou". Les forces "loyalistes" ont promis elles de "reculer les troupes de 50 km" et de "garantir la sécurité du personnel (du RSP) et de leurs familles".


 

La journée de mardi et la nouvelle médiation

A l'issue du sommet de la Cedeao, une délégation de chefs d'Etat  (Ghana, Togo, Nigeria, Bénin) était partie pour la capitale burkinabè Ouagadougou afin de poursuivre les discussions. 

Le sommet s'est fixé pour objectif de relancer la transition burkinabé, et de faire en sorte que Michel Kafando retrouve son poste. Les dirigeants de la Cedeao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) ont également demandé à l'armée régulière de s'abstenir de toute action pouvant compromettre les chances de paix.

Le général Diendéré qui a donné une conférence de presse à la mi-journée refusait toujours de rendre les armes comme l'exigeaient les forces loyalistes, attendant les conclusions du sommet d'Abuja. En fin de soirée, il n'a communiqué aucune réaction aux demandes formulées par les dirigeants de la Cedeao.

En ouvrant la réunion Macky Sall, le président de la Cédéao, a déclaré : « On peut humainement comprendre et accepter les frustrations et les rancoeurs, a-t-il déclaré, selon les propos relayés par nos confrères de RFI. Mais quand on est condamné à bâtir un destin commun, arrive un moment de l'histoire où il est tout aussi humainement nécessaire de pardonner et de se réconcilier. » Et d'ajouter : « Il ne s'agit guère d'encourager l'impunité, mais de contribuer à l'apaisement des coeurs, de favoriser la concorde nationale et d'ouvrir la voie à une dynamique de paix durable. »

Le chef d'Etat sénégalais fait référence à deux propositions de l'accord émis dimanche qui sont rejetées par la population : l’amnistie des putschistes et la participation de candidats pro-Compaoré aux prochaines élections.

Dans un entretien sur France24, le chef d'Etat major des armées à déclaré vouloir "éviter tout affrontement".

La situation semblait figée en cette fin de journée du mardi 22 septembre à Ouagadougou. La capitale restait suspendue à la décision rendue par la Cédéao.  

La journée de ce mardi a été ponctuée par des manifestations dispersées dans le calme par les militaires qui ont circulé en ville. Le résumée du 22 septembre par nos reporters sur place :

©TV5MONDE L. de Matos et C. Alline


Des putschistes se rendent au Camp Lamizana

Près de 150 éléments du RSP arrivent dans des cars escortés par des blindés au camp Lamizana. Certains en civil d'autres en tenue militaire, selon La lettre du continent.

Ultimatum donné aux putschistes

Au Burkina Faso, des discussions sont en cours entre l'armée et les membres du RSP. Un peu plus tôt, les officiers loyalistes avaient lancé un ultimatum aux putschistes leur demandant de déposer les armes avant 10h, heure locale. En attendant plus d'informations, la société civile appelle la population à rester chez elle .


L'Union européenne a appelé ce mardi matin les putschistes à "déposer inconditionnellement les armes".

A Ouagadougou, la population continue à se mobiliser contre les putschistes tandis que l'armée loyaliste patrouille dans la ville.
 


Sur Facebook, Guy Hervé Kam, porte-parole du mouvement Balai citoyen, a fait une déclaration appellant à la mobilisation dans le calme : "Ce matin nous disons merci à l'armée burkinabé et à tous ceux qui se battent depuis hier pour désarmer sans une seule goutte de sang supplémentaire. Trop de gens sont déjà morts... Au moment où tous les otages, y compris le Premier ministre sont libres, nous devons rester mobilisés. C'est maintenant que nous devons parachever l'insurrection d'octobre. Pour l'inscrire en lettre d'or dans l'histoire de la lutte des peuples, veillons à ce que ça se termine dans le calme. Nous sommes tous gendarmes, protégeons les personnes et les biens privés.

Libération du Premier ministre

Tôt ce mardi 22 septembre au matin, le Premier ministre de la transition Isaac Zida, aux mains des putschistes depuis le coup d'Etat, a été libéré. Il a pu quitter le palais présidentiel de Ouagadougou pour rejoindre son domicile officiel dans le quartier des ministères de la capitale.

Le président à l'ambassade de France

Le président des institutions de transition du Burkina, Michel Kafando, "est à la résidence de France", a par ailleurs annoncé lundi 21 septembre en fin de soirée l'ambassadeur de France au Burkina, Gilles Thibault.

Les forces loyalistes entrent à Ouagadougou

L'armée burkinabé est, elle, entrée sans résistance dans la nuit de lundi à mardi dans la capitale où elle négociait la reddition des putschistes de la garde présidentielle, a indiqué un haut responsable de la gendarmerie.

Dans la journée de lundi, trois colonnes de l'armée burkinabé, loyales au régime de transition renversé par un putsch, avaient fait route vers la capitale Ouagadougou depuis des garnisons stationnées dans le nord, l'est et l'ouest du pays.

Les colonnes étaient saluées par les populations en liesse sur leur passage, selon des témoins. Arrivées dans l'après-midi à Koudougou, à environ une centaine de kilomètres de Ouagadougou, elles y ont été "accueillies par une foule en liesse, hystérique", selon RFI. Leur but est de désarmer les membres du Régiment de sécurité présidentiel (RSP), à l'origine du putsch du 17 septembre.

Sur Facebook, le site d'information Burkina24 publie des photos des convois qui partent de la ville de Bobo Dioulasso - deuxième ville la plus peuplée du pays- en direction de la capitale. Ils sont suivis par la population.

Sur Facebook, Burkina24 publie des photos du départ de l'armée à Bobo Dioulasso.
Sur Facebook, Burkina24 publie des photos du départ de l'armée à Bobo Dioulasso.

Appels internationaux

Le président français François Hollande avait appelé lundi 21 septembre au soir "les forces impliquées dans le putsch" au Burkina Faso "à déposer immédiatement les armes et à rendre le pouvoir aux autorités légitimes". Un peu plus tôt, les présidents du Niger et du Tchad avaient également demandé aux putschistes de "regagner leurs casernes".

Dans l'attente d'un "accord"

Le général Gilbert Diendéré, à la tête des putschistes a, de son côté, indiqué qu'il remettrait le pouvoir aux autorités civiles, mais à l'issue de l'"accord" définitif de sortie de crise, élaboré dimanche 20 septembre par la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), mais sur lequel le président de transition Michel Kafando s'était dit lundi "très réservé" dans un entretien à la radio française RFI.

Dans une déclaration diffusée par la télévision nationale, le général Diendéré a affirmé déplorer "les pertes en vies humaines, les blessés et les dégâts matériels". Celui qui fut le bras droit de l'ex-président Blaise Compaoré jusqu'à ce qu'il soit chassé du pouvoir par la rue en 2014 a également déclaré : "nous nous engageons à oeuvrer pour la cohésion de l'armée et nous présentons toutes nos excuses à la Nation, à la communauté internationale", a ajouté le général Diendéré.

Que prévoit ce projet de sortie de crise  ?

Ce document en 13 points prévoit la "restauration des institutions de la transition et du président Michel Kafando" et le "retrait des militaires du gouvernement". En contre-partie, les médiateurs accorderaient l’amnistie des putschistes et la participation de candidats pro-Compaoré aux prochaines élections. Mais ces deux derniers points font polémique au sein de la population. La date des scrutins, initialement prévus le 11 octobre prochain, a été reportée "au plus tard au 22 novembre 2015".

Le sort du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), à l'origine du coup d'Etat, est quant à lui "laissé à l'appréciation du président issu des prochaines élections". Depuis plusieurs mois, la société civile réclame la dissolution de cette troupe forte de 1.300 hommes.

Face à la situation, les partis politiques burkinabés devaient se réunir et faire une déclaration commune. Mais pour le moment, rien de très concret.

Dimanche 20 septembre, Guy-Hersé Kam, porte-parole du mouvement civil Balai citoyen qualifiait de "honteux" le projet des médiateurs ouest-africains.


 

Les conseils des ambassades à Ouagadougou

Les Etats-Unis ont demandé de leur côté à leurs ressortissants de quitter le Burkina Faso et ont annoncé le départ d'une partie des familles et d'employés de leur ambassade à Ouagadougou.

L'ambassade de France à Ouagadougou conseille à ses ressortissants sur place de rester chez eux.

Message de l'ambassade de France à Ouagadougou, le 21 septembre 2015.
Message de l'ambassade de France à Ouagadougou, le 21 septembre 2015.