En RDC, avec les réfugiés burundais

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Nos envoyés spéciaux ont passé dix jours en République Démocratique du Congo (RDC), à la frontière avec le Burundi. C'était pour eux la seule manière de rencontrer des Burundais, deux ans après le début de la crise qui a frappé le pays. Reportage long-format en exclusivité sur notre site.

 

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"La situation au pays est calme à 99%". Combien de fois avons-nous lu et entendu cette phrase de la part des autorités au Burundi ? Un élément de langage mis en avant dès le mois de mai 2015, en plein cœur des manifestations à Bujumbura. Depuis, entre 500 et 2000 personnes sont mortes dans des violences. L'ONU estime qu'il y aura 500 000 réfugiés d'ici à la fin de l'année, sur une population d'environ 11 millions d'habitants. Fuient-ils un pays en paix?

Nous suivons la situation au Burundi depuis plus de deux ans maintenant, nous nous étions rendus sur place en mai 2015, au plus fort de la crise, quand les manifestants pouvaient encore descendre dans les rues pour crier leur refus du troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Mais en juillet 2015, la contestation a cessé, étouffée par la police. Pierre Nkurunziza a été réélu. 

Depuis, les différents rapports d'instances internationales alertent sur les morts, les disparitions, les violations des droits de l'homme... Plus de 400 000 Burundais ont déjà fui leur pays, terrorisés par les violences.

Impossible de retourner au Burundi


Nous avons voulu retourner à Bujumbura, deux ans après le début de la crise. Mais malgré nos efforts, le visa n'a jamais été accepté, nous n'avons pas eu la lettre d'accréditation obligatoire délivrée par les autorités. Les média internationaux n'ont plus accès au pays.

Alors, nous avons décidé de raconter les histoires des réfugiés, à deux pas de Bujumbura, juste en face, de l'autre côté de la frontière en République Démocratique du Congo (RDC). A Uvira d'abord où se trouve le camp de transit le plus proche, géré par le Haut Commissariat aux Réfugiés et les ONG locales. Puis à Lusenda, le plus grand camp en RDC. 28000 personnes aujourd'hui, pour 18000 places.

De ces deux lieux, on aperçoit le Burundi, de l'autre côté du lac Tanganyika. Le Burundi et ses cauchemars, tant les histoires de ces Burundais sont lourdes. Les viols, les voisins tués ou disparus, la peur omniprésente...

La RDC, le "dernier choix"


Les camps en RDC, c'est pour eux le seul moyen de vivre en paix aujourd'hui. Mais nous nous sommes aperçus que le danger restait tout proche. Les miliciens du pouvoir burundais - les imbonerakure - rôdent autour des abris, profitant de la proximité avec leur pays. Et la RDC grouille de groupes armés dans cette région du Sud-Kivu. Les Maï-Maï, les rebelles burundais anti-Nkurunziza, les Banyamulenge... La police congolaise elle-même nous a avoué discrètement qu'il serait plus sûr d'éloigner ces réfugiés.

Mais pour aller où ? La RDC est le "dernier choix", comme nous l'indique un des représentants du HCR. Trop de violences ici. Et pourtant certains réfugiés arrivent de loin. Nous avons entendu ces histoires de traversée du lac en pirogue, bravant la mort. Ou ces trajets de plusieurs jours de marche, jusqu'à la plaine de la Ruzizi, où la frontière n'est qu'une ligne abstraite.

Les réfugiés burundais sont près de 40000 aujourd'hui en RDC. Près de 420000 en dehors du Burundi, en Tanzanie, au Rwanda ou en Ouganda. Ils sont des hommes et femmes comme vous et moi. Des enfants aussi, qui tentent de survivre à la faim et à la précarité.

Ils sont la réalité de la crise burundaise, qui tombe peu à peu dans l'oubli.
Simon Rodier