Burundi : vers une sortie de crise ?

Des manifestants font face à la police dans le district de Musaga dans la capitale Bujumbura au Burundi le 4 mai 2015. <br />
Des manifestants font face à la police dans le district de Musaga dans la capitale Bujumbura au Burundi le 4 mai 2015. 
©AP Photo/Jerome Delay

La "trêve" est respectée ce samedi à Bujumbura, la capitale burundaise. Après  des jours de violence, les Burundais soufflent un peu... et se ravitaillent.
Considérée comme anti-constitutionnelle, la candidature du président sortant a soulevé des vagues de contestations durement réprimées. Des négociations entre les parties adverses sont en cours pour trouver une issue à la crise. 

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Les rues de Bujumbura ont retrouvé samedi un semblant de normalité, à la faveur d'une "trêve" d'une journée des opposants à un troisième mandat du président burundais. Dans les quartiers les plus touchés par les manifestations, la population s'efforçait notamment d'assurer un approvisionnement de base qui a été très perturbé depuis la fin avril.
A Cibitoke, les passants devaient se frayer un chemin entre les restes des barricades érigées au fil des jours autour de deux containeurs bloquant la rue principale.
Dans le quartier de Nyakabiga, les barricades dégagées la veille par la police étaient de nouveau en place.
"Aujourd'hui, c'est une journée de trêve mais nous reprendrons demain, comme on nous l'a demandé", a expliqué à l'AFP un des manifestants de ces derniers jours. Vendredi soir, le "Collectif contre un 3e mandat" du président Pierre Nkurunziza avait annoncé une trêve des manifestations d'une journée pour "permettre à la population de s'approvisionner mais aussi d'enterrer nos morts de la semaine". "Les manifestations reprendront dimanche, avec plus de vigueur après le dépôt de la candidature du président", avait affirmé Pacifique Nininahazwe, un des dirigeants du Collectif.

Comme en réponse, les autorités burundaises ont ordonné samedi "l'arrêt immédiat et sans condition" des manifestations et le "déblayage" sous 48 heures de toutes les barricades érigées au Burundi, selon un avis du Conseil national de sécurité (CNS). Selon le texte lu à la presse par les ministres de la Défense, le général Pontien Gaciyubwenge, et de la Sécurité publique, Gabriel Nizigama, le CNS "commande aux manifestants et aux organisateurs de cette insurrection d'arrêter, immédiatement et sans condition aucune, ce mouvement d'insurrection" et aux "Corps de défense et de sécurité de libérer les voies de communication jusqu'alors barricadées par les insurgés". Il y est précisé que ce travail doit être fait dans les 48 heures suivant la publication de cette communication.

« Il n’y a pas d’autre solution à cette crise que d’aller aux élections », avait déclaré à la télévision, mercredi 6 mai, le président burundais Pierre Nkurunziza qui a ajouté « si le peuple burundais nous fait encore confiance, ce sera le dernier mandat tel que stipulé par la Cour constitutionnelle. » 

Élu pour la première fois en 2005 par le Parlement au moment de sortir de la guerre civile, il est réélu une deuxième fois en 2010 au suffrage universel. Et il vient de déposer,  ce vendredi 8 mai, sa candidature à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) pour briguer un troisième mandat. Celui de trop pour une partie de la population.  

C’est cette candidature à la présidentielle du 26 juin prochain qui a poussé ses opposants dans la rue depuis le 26 avril dernier. Des manifestations que le président sortant qualifie « d’insurrection » et qui seront « maîtrisées d’ici peu » à assuré Pierre Nkurunziza  vendredi 8 mai. Il s’est également voulu confiant quant au scrutin à venir en déclarant que les élections vont « bien se dérouler ».

Les opposants à un troisième mandat du président voient dans cette candidature un « coup d’Etat ». Ils la considèrent anti-constitutionnelle et, surtout, contraire aux accords d’Arusha qui avaient ouvert la voie à la longue guerre civile burundaise de 1993 à 2006.

Le président Pierre Nkurunziza en campagne présidentielle en 2010. 
Le président Pierre Nkurunziza en campagne présidentielle en 2010. 
©AP Photo/Marc Hofer

Première manifestation, premières victimes

Cette « insurrection » comme l’appelle le président débute le 25 avril quand il est investi par son parti, le Cndd-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie) pour briguer un nouveau mandat. L’opposition appelle immédiatement à manifester. 

Le 26 avril, malgré l’interdiction de manifester du gouvernement, des milliers de personnes se rassemblent dans les rues de la capitale. Les forces de sécurité sont déployées en masse. Selon la Croix rouge, trois personnes sont alors tuées dans des affrontements entre manifestants et policiers. Deux autres sont également tuées lors de descentes nocturnes des jeunes du parti présidentiel, selon des témoins, dans le quartier de Citiboke (nord de la capitale). Ces jeunes, appelés Imbonerakure, sont qualifiés de « milice » par l’ONU. 

Au Burundi, des policiers font face à des manifestants dans le district Musaga de la capitale. six personnes sont mortes après six jours de contestation. 
Au Burundi, des policiers font face à des manifestants dans le district Musaga de la capitale. six personnes sont mortes après six jours de contestation. 
©AP Photo/Jerome Delay

Traque des opposants au président

Le lendemain, une autre traque commence. Celle de Pierre-Claver Mbonimpa, chef de la principale organisation burundaise des droits de l’Homme, qui est arrêté. Un mandat d’arrêt est également émis contre Vital Nshimirimana, le principal organisateur de la campagne anti-Nkurunziza. 

Les autorités décident également de fermer la très populaire radio indépendante RPA accusée de relayer les appels à manifester des opposants. Enfin, le 29 avril c’est l’accès aux réseaux sociaux sur Internet qui est coupé à Bujumbura. 

Répression et réponse de l’armée

C’est toujours dans la capitale que le 1er mai, deux policiers sont tués lors d’attaques à la grenade. Le lendemain, le ministre de la Sécurité publique Gabriel Nizigama dénonce alors « une entreprise terroriste » et promet de durcir la répression contre les opposants. 

De son côté, le ministre de la Défense et général, Pontien Gaciyubwenge affirme la neutralité de l’armée et demandent que « les atteintes aux droits »  constitutionnels des Burundais cessent. Mais dès le lendemain, c’est un revirement. Le chef d’état major garantit la loyauté de l’armée aux institutions ainsi qu’aux autorités du pays. 

Pressions sur la Cour constitutionnelle ?

Le 5 mai, la Cour constitutionnelle valide officiellement la candidature du président sortant, si controversée par la rue. L’arrêt est signé par six des juges de la Cour dont le vice-président a préféré fuir au Rwanda. Il a choisi la fuite plutôt que de cautionner une décision arrachée, selon lui, sous d’ « énormes pressions » et des « menaces de mort ». 

Le lendemain, Pierre Nkurunziza réaffirme donc sa candidature au poste de président pour un troisième mandat. Le principal opposant Agathon Rasa appelle à un report des élections. Le même jour, Audifax Ndabitoreye, figure du mouvement d’opposition, est brièvement arrêté pour « insurrection » devant des journalistes et des ministres dans la capitale Bujumbura. 

Une situation pas « propice » aux élections

Au 12e jour des manifestations, la présidente de la Commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma prend la parole sur une télévision chinoise. Elle assure que l’« environnement n’est pas propice à une élection. » Les manifestations qui opposent la police ou des pro-Nkurunziza, à des opposants sont souvent émaillées de violents heurts qui ont fait 18 morts depuis le début de la contestation. 

Ces violences pré-électorales dans le pays ont fait fuir une partie de la population. L’ONU a enregistré, ces dernières semaines, un afflux de plus de 35 000 réfugiés burundais dans les pays voisins : République démocratique du Congo, Tanzanie et surtout Rwanda. Ils disent fuir les campagnes d’intimidation perpétrées par les Imbonerakure, pro-Nkurunziza, contre les opposants au troisième mandat du président sortant. 

Des réfugiés burundais arrivent dès le 21 avril dans des camps de réfugiés au Rwanda. Ils fuient les campagnes d'intimidation des pro-Nkurunziza. <br />
Des réfugiés burundais arrivent dès le 21 avril dans des camps de réfugiés au Rwanda. Ils fuient les campagnes d'intimidation des pro-Nkurunziza. 
©AP Photo/Edmund Kagire

Un accord comme solution à la crise ? 

Sous la pression de la communauté internationale, des négociations ont fini par s'ouvrir ces derniers jours. Le but est de trouver un accord entre le pouvoir et les opposants à la candidature de Nkurunziza. Alors que cet accord pourrait être bientôt conclu, selon des sources proches des négociations, le calme est revenu dans la capitale où aucun incident n’a été signalé, ce vendredi 8 mai. 

Si l’accord est véritablement trouvé,  il prévoirait un report des élections. Mais surtout, il renverrait aux décisions qui seront prises par les chefs d’Etats de la Communauté d’Afrique de l’Est. Ces derniers doivent se réunir pour une sommet extraordinaire sur le sujet, mercredi 13 mai, à Dar es Salaam (Tanzanie).