Afrique

Cameroun : dix ans de prison ferme pour le journaliste de RFI Ahmed Abba

(RFI/DR)

Le correspondant de RFI au Cameroun, Ahmed Abba, a été condamné à dix ans de prison ferme pour "non-dénonciation d'actes de terrorisme et blanchiment d'actes de terrorisme" par le tribunal militaire de Yaoundé.

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Le journaliste est condamné à "dix ans de prison ferme avec mandat d'arrêt à l'audience (...) et à verser 55 726 325 francs CFA" (environ 85 000 euros), a déclaré le président du tribunal, précisant qu'il pourrait faire cinq ans de prison supplémentaires en cas de non-paiement de l'amende.

"Ahmed Abba est déclaré non coupable d'apologie du terrorisme, coupable des faits de non-dénonciation d'actes de terrorisme, et blanchiment d'actes de terrorisme", a-t-il dit.

Le verdict a été annoncé lundi 24 avril 2017 à 17H30 GMT après avoir été reporté de quatre jours à la suite du dernier procès du correspondant de RFI en langue haoussa. Le commissaire du gouvernement (procureur) avait requis la perpétuité. Les avocats du journaliste, qui clame son innocence, ont décidé de faire appel dès mardi matin.

"RFI est consternée par le verdict du tribunal militaire de Yaoundé", a indiqué dans un communiqué la radio très écoutée en Afrique, ajoutant qu'"aucune preuve n'a été apportée au dossier" et que "cette condamnation est celle d'un journaliste qui n'a fait qu'exercer son métier".

Matthieu Vendrely, de TV5MONDE, a joint Yves Rocle, directeur adjoint de RFI chargé de l'Afrique. Voici sa réaction :
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Cette condamnation après un "procès injuste" est "un travestissement de la justice", estime pour sa part dans un communiqué l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International.

Correspondant de Radio France Internationale (RFI) dans le nord du Cameroun, qui est la cible des attentats de Boko Haram, Ahmed Abba avait été arrêté fin juillet 2015 à Maroua, dans l'extrême-nord du pays.

Le journaliste de RFI, qui risquait même la peine de mort début avril, est soupçonné par les autorités camerounaises d'avoir collaboré avec le groupe extrémiste Boko Haram et de ne pas avoir partagé les informations qu'il détenait.

Il a d'abord été incarcéré par les services de renseignements camerounais pendant trois mois et affirme avoir subi des actes de torture. Ahmed Abba a finalement été transféré à la prison de Yaoundé où il est détenu depuis 636 jours.

La France a fait part ce mardi 25 avril de sa "préoccupation" après cette condamnation. "Nous espérons que la suite de la procédure permettra à M. Ahmed Abba de recouvrer rapidement la liberté, alors qu'il a déjà passé 21 mois en prison", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Romain Nadal.