Cameroun : enlèvement de trois religieux chrétiens

Deux prêtres italiens et une religieuse québécoise ont été enlevés dans la nuit de vendredi à samedi dans l'extrême nord du Cameroun, non loin de la frontière du Nigeria. Pas encore de revendications mais il pourrait s'agir d'un acte de la secte islamiste radicale Boko Haram qui sévit au Nigeria voisin. Les trois religieux appartenaient à la paroisse de Tchéré, dans le diocèse de Maroua, auquel appartenait le prêtre français Georges Vandenbeusch enlevé dans la même région le 13 novembre 2013 et libéré un mois et demi plus tard.

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"C'est mauvais"

Selon le père Henri Djonyang, vicaire général du diocèse camerounais de Maroua-Mokolo, les religieux ont été enlevés par des hommes armés dans leur paroisse de Tchéré, à une vingtaine de kilomètres de Maroua (800 km au nord de Yaoundé), capitale de la région de l'Extrême-nord voisine du Nigeria. "C'est mauvais. Deux prêtres italiens et une soeur canadienne, Gilberte Bussier, de Tchère, ont été enlevés cette nuit autour de 23H45" (22H45 TU), a ajouté le vicaire, qui a autorité sur la paroisse de Tchéré, précisant que la religieuse est octogénaire.

Un enlèvement attribué à Boko Haram ?

14.11.2013Interview de Xavier Lambrechts
Que représente Boko Haram au Nigeria ? Ses objectifs sont-ils politiques ou religieux ? Existe-t-il une autre piste ? Eléments de réponse avec Marc-Antoine Pérouse de Montclos, professeur à Sciences Po et spécialiste du terrorisme, notamment au Nigeria. Il est l'invité du 64' de TV5MONDE.
Cameroun : enlèvement de trois religieux chrétiens


Les enlèvements n'avaient pas été revendiqués samedi après-midi, mais le père Djonyang a mis en cause Boko Haram, actif dans la zone frontalière entre le Cameroun et le Nigeria : "Ce sont eux qui l'ont fait".
                  
Sous couvert d'anonymat, un responsable de la police camerounaise arrivait à la même conclusion : "Nous suspectons qu'ils sont encore sur le territoire camerounais, a-t-il indiqué. Dès que la nouvelle a été connue, toutes les forces de sécurité se sont mobilisées pour envahir la zone de l'enlèvement (...) Il semble qu'ils n'aient pas eu le temps de quitter le Cameroun (...) Nous savions que les islamistes de Boko Haram planifiaient de nouveaux enlèvements."
                 
Boko Haram avait déjà revendiqué les enlèvements en 2013 dans cette même région du prêtre français Georges Vandenbeusch et de la famille Moulin-Fournier, qui avaient ensuite été relâchés. "Le mode opératoire des ravisseurs ressemblait à celui de Nguetchewe, où avait été enlevé le prêtre, a relevé le vicaire, ils ont tout saccagé et sont partis".
                  
Enlevé dans la même région en novembre 2013, le père Vandenbeusch connaissait bien les trois religieux enlevés la nuit dernière. Ecoutez-le :

05.04.2014Interview de Nicolas Dudouet
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Zone dangereuse

A la suite de ces enlèvements, Paris avait demandé à ses ressortissants établis dans la région - jusqu'alors une des principales destinations touristiques du Cameroun avec ses réserves animales et ses paysages spectaculaires - de la quitter en raison du risque élevé de kidnapping.
                  
Boko Haram, classé organisation terroriste par les États-Unis, mène des attaques sanglantes contre les forces de sécurité et les civils depuis 2009 dans le nord du Nigeria. L'armée nigériane a lancé en mai 2013 une vaste offensive, toujours en cours, pour tenter d'écraser l'insurrection, en vain jusqu'à présent. Les accrochages armés entre des membres de Boko Haram et les forces de sécurité camerounaises sont régulièrement signalés dans la région, où des islamistes armés, acculés par l'armée nigériane, tentent régulièrement de se replier.
                  
Depuis quelques mois, des membres présumés de Boko Haram commettent également des exactions contre la population camerounaise. Ainsi, fin février, des militants présumés de Boko Haram ont enlevé un chef traditionnel camerounais du village de Goumouldi, près de la frontière, a déclaré à l'AFP une source policière camerounaise.
                  
Ils l'ont ensuite égorgé en territoire nigérian : "Ils ont jeté son corps de leur côté en menaçant de représailles quiconque viendrait le récupérer", selon ce policier. Peu avant d'être décapitée, la victime avait communiqué à la gendarmerie locale le nom de trois membres de Boko Haram impliqués selon lui dans le meurtre de son fils aîné, avait ajouté le policier. Des récits d'atrocités similaires abondent dans la zone frontalière.


Sécurité renforcée
                  
Face à cette menace, le Cameroun a renforcé son dispositif militaire et policier dans la région : "Dans la région de l'Extrême-nord, l'effectif des forces de l'ordre et de défense a presque doublé. Il y a de nouveaux bataillons (de l'armée) qui ont été créés", a assuré à l'AFP le gouverneur de la région, Awa Fonka Augustine sans dévoiler les effectifs engagés sur le terrain. L'objectif "est d'assurer la sécurité de notre territoire et d'empêcher que les gens (de Boko Haram) qui fuient les combats intenses au Nigeria n'entrent sur notre territoire."