Cameroun : Internet rétabli dans les régions anglophones du pays

Depuis la coupure générale dans les deux régions anglophones du Cameroun, les internautes du pays et d'ailleurs se mobilisent sous la bannière #bringbackourinternet ou rendez-nous notre Internet. 
Depuis la coupure générale dans les deux régions anglophones du Cameroun, les internautes du pays et d'ailleurs se mobilisent sous la bannière #bringbackourinternet ou rendez-nous notre Internet. 
#Bringbackourinternet

Après 94 jours d’interruption, la connexion Internet a été rétablie ce vendredi dans les deux régions anglophones du pays. Le gouvernement du président Paul Biya en avait coupé l'accès au mois de janvier à la suite de protestations contre le pouvoir central. Le retour des habitants de ces régions sur la toile ne marque pas la fin des tensions.

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C’est une situation inédite en Afrique. Le réseau était coupé dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest depuis près de trois mois. Ce vendredi 21 avril, la connexion a été rétablie. Enfin, pas tout à fait. Certains internautes remarquent des interruptions.

Mais ces désagréments n’ont rien à voir avec ce que les Camerounais anglophones ont connu pendant “la répression numérique”. En coupant Internet, les autorités camerounaises ont tenté de juguler la contestation anglophone née fin 2016 dans ces deux régions.

Lancé par des professeurs et des juristes, ce mouvement revendique le retour au fédéralisme supprimé en 1972, voire le séparatisme pour une minorité. Représentant 20% des 22,5 millions d'habitants du Cameroun, les anglophones du pays s’estiment discriminés et dénoncent la francophonisation du système d’éducation. Le français et l'anglais sont pourtant les deux langues officielles du Cameroun. Ils estiment également ne pas profiter assez de la répartition des richesses provenant du pétrole.

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Pour les autorités, les membres de ces corporations sont des “activistes extrémistes, mus par des velléités sécessionnistes qui ont profité pour diffuser des messages de haine et inciter à la perpétration d’actes de violence et à des exactions de toutes sortes”.

Pendant 94 jours, les habitants de ces deux régions n’ont pas pu faire des opérations en ligne, communiquer et certains ne pouvaient même pas travailler. Nombreux sont ceux qui ont dû se déplacer constamment jusqu’à Douala, la capitale économique du pays, afin de “fonctionner normalement”. Des réfugiés numériques, comme ils ont été appelés. Selon Internet sans Frontières, cette coupure qui a commencé en janvier a coûté plus de 4 millions de dollars à l’économie camerounaise.
C’est sous la pression de la rue, de l’ONU, du Vatican et des… réseaux sociaux que Paul Biya a cédé ce jeudi. Un communiqué des autorités justifiait le rétablissement des communications en arguant que  "le niveau de la violence a baissé, les journées ‘ville morte’ n'ont plus lieu d'être [..] et la vie retrouve son cours normal".

Mais à peine la connexion revenue, le mouvement #bringbackourinternet (rendez nous notre Internet) - en référence à #bringbackourgirls, rendez-nous nos filles- est devenu #freeallarrested (libérez tous les détenus). Soit une centaine de personnes, selon les différentes organisations.
"Merci à tous ceux qui ont milité pour le retour d'Internet, maintenant concentrons-nous sur la libération des prisonniers", écrit cet internaute. 
 

La crise est donc loin d’être résolue. Les revendications visant à réduire les écarts sociaux, économiques et politiques entre ces régions et le reste du pays restent intactes. Cette crise a même encouragé les plus radicaux qui parlent désormais de la République d’Ambazonie qui naîtrait de la réunion du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.   
 

"Beaucoup reste à faire", estime ce Camerounais.

Une querelle ancienne

Les raisons des tension entre ces régions et le gouvernement central ne sont pas nouvelles et remontent à 1992, écrit Le Point. C’est alors que se déroule un scrutin “qui a vu Paul Biya l’emporter avec une courte avance sur le candidat anglophone, et dont les résultats n’ont cessé d’être contestés par une partie de la population”.

Si aujourd’hui le Cameroun détient le record de la plus longue coupure “politique”, comme le rappelait le lanceur d’alerte Edward Snowden, ce pays n’a pas inventé la pratique. Il s’agit d’une “solution bien aimée pour contrôler l’information”, explique RFI. “Les coupures d’Internet, partielles ou totales, sont de plus en plus fréquentes dans des pays au contexte politique tendu” comme au Tchad ou au Gabon, ajoute la radio publique.