Centrafique : le défi des élections présidentielle et législatives

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De notre correspondante Patricia Huon

Les Centrafricains étaient appelés à voter dimanche 27 décembre pour le premier tour d'élections présidentielle et législatives. Mais le scrutin est reporté au 30 décembre. Ces élections doivent clore institutionnellement trois ans de violences intercommunautaires qui ont plongé un pays à l'histoire pourtant particulièrement troublée dans une crise sans précédent.

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Déjà reportés à plusieurs reprises du fait de l'insécurité persistante dans plusieurs zones du pays, toujours sous la coupe de bandes armées qui y font régner leur loi, ces élections présidentielle et législatives prévues le 27 décembre ont été décalées de trois jours selon une information de nos confrères de RFI.

Ces scrutins interviennent dans la foulée d'un référendum constitutionnel, le 13 décembre, qui a instauré la 6e République centrafricaine.

L'éventuel second tour de la présidentielle et le second tour des législatives - pour lesquelles quelque 1.800 candidats sont en lice - sont prévus le 16 janvier.
Illustration d'un instabilité chronique depuis sont indépendance de la France en 1960, la Centrafrique a déjà connu cinq Républiques, un Empire et six régimes de transition issus du renversement des pouvoirs établis.

Trente candidats en lice

Dans ce pays de 4,8 millions d'habitants parmi les plus pauvres au monde, les électeurs se sont massivement inscrits sur les listes électorales, témoignage d'une forte volonté d'en finir avec la loi des armes.

Trente candidats - dont la grande majorité n'a aucune chance de succès - sont en lice pour la présidentielle. Trois personnalités émergent du lot avant le scrutin: deux anciens Premiers ministres du défunt président Ange-Félix Patassé, Anicet Goerges Dologuélé et Martin Ziguélé, ainsi que Abdoul Karim Méckassoua, plusieurs fois ministres de François Bozizé.

Le renversement du président Bozizé, en mars 2013, par la rébellion à dominante musulmane Séléka de Michel Djotodia, a précipité le pays dans un cycle de violences intercommunautaires qui a culminé fin 2013 par des massacres à grande échelle et le déplacement de centaines de milliers de personnes, à Bangui et en province.

Des soldats de l'ONU dans les rues de Bangui près de la mosquée de Koudoukou, avant l'arrivée du pape dans le pays le 30 novembre 2015.<br />
Des soldats de l'ONU dans les rues de Bangui près de la mosquée de Koudoukou, avant l'arrivée du pape dans le pays le 30 novembre 2015.
©AP Photo/Andrew Medichini

Accusé par la communauté internationale d'inaction, Michel Djotodia a finalement été contraint à la démission début 2014, dans la foulée d'une intervention militaire internationale sous la conduite de la France.

Dirigée depuis par la présidente de transition Catherine Samba Panza, la Centrafrique tente de panser ses plaies et de redresser une économie ruinée et sous perfusion des bailleurs qui, France en tête, poussaient à l'organisation rapide d'élections malgré l'insécurité persistante.

Les trois derniers chefs d'Etat du pays - et les seuls encore en vie - sont exclus du scrutin. MM. Bozizé et Djotodia, actuellement en exil, sont sous le coup de sanctions internationales et la Charte de transition interdisait à Mme Samba Panza d'être candidate.

Sur le plan logistique l'organisation des élections est un défi, vu l'état des moyens de communications (routes, téléphonie notamment) et la présence de groupes armés incontrôlés, issus soit de l'ex-Séléka, soit des milices majoritairement chrétiennes et animistes anti-balaka, qui tendent des embuscades le long des axes routiers.

Les 10.000 Casques bleus de la force de l'ONU (Minusca) sont mobilisés pour assurer la sécurité des opérations de vote et aider à l'acheminement du matériel électoral (urnes, bulletins) à l'intérieur du pays. D'autant que les forces de sécurité nationales restent embryonnaires, dans l'attente d'une réorganisation complète.

Candidats sous protection

"La Minusca, en partenariat avec les forces de sécurité intérieure centrafricaines et (la force française) Sangaris, veilleront à ce que les scrutins présidentiel et législatifs se déroulent sans incident et que chaque Centrafricain puisse voter en toute sécurité", a indiqué mercredi 23 décembre la force onusienne, précisant que des mesures avaient également été prises pour "protéger les candidats" qui battent campagne.

Le déroulement du référendum - dont l'enjeu politique était bien moindre - montre que de telles mesures restent indispensables en Centrafrique.

Dans plusieurs localités de province, le vote avait été perturbé par des hommes armés et à Bangui, dans l'enclave musulmane du PK-5 des tirs d'armes lourdes avaient fait cinq morts, entraînant une prolongation de 24 heures du scrutin.
Vu l'inflation du nombre de candidats, les opérations de dépouillement et de centralisation des résultats par l'Autorité nationale des élections (Ane) s'annoncent d'ores et déjà longues.

Pour le référendum - scrutin bien plus simple à dépouiller -, où le taux de participation a officiellement été de 38%, les résultats ont été annoncés huit jours après le vote.