Afrique

Centrafrique : l'accord de Brazzaville, et après ?

Au terme de trois jours de discussions difficiles à Brazzaville, les différents protagonistes de la crise centrafricaine sont parvenus mercredi 23 juillet à un accord de cessation des hostilités. Il a été signé par des représentants des deux principaux belligérants : la Séléka à dominante musulmane et les milices anti-balaka, formées majoritairement de milices chrétiennes et animistes. Toutefois cet accord est très en dessous des attentes. De sérieux doutes se posent quand à son application sur le terrain.

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Signature de l'accord de Brazzaville

La correspondance de notre envoyé special Antoine Fonteneau

Signature de l'accord de Brazzaville

Quelles retombées sur le terrain ?

24.07.2014

L'accord de cessation des hostilités en Centrafrique entre anti-balaka et Séléka, arraché in extremis par les médiateurs mercredi 23 juillet à Brazzaville, avant la clôture d'un Forum chaotique censé réconcilier les groupes armés qui dévastent leur pays, suscite beaucoup de doutes jeudi à Bangui sur ses chances de succès.

"Que peut apporter ce fameux accord de cessez-le-feu sur le terrain, dès lors que l'ex-Séléka continue de massacrer et que les balaka le font aussi? Sangaris et Misca, à quoi servez-vous sur la terre centrafricaine?", interpelle jeudi 24 juillet le quotidien de Bangui, l'Agora.

La dizaine de petits quotidiens de Bangui et les habitants de la capitale partagent ce scepticisme, après des mois de terribles violences, quant à la volonté des groupes armés de faire taire les armes et à la capacité des forces française Sangaris et africaine Misca de faire respecter ce cessez-le-feu. "L'accord de cessez-le-feu n'est que de la poudre aux yeux. Comment fera-t-on appliquer un tel accord à des gens qui refusent même d'être désarmés? Et qui va imposer cela, si déjà le désarmement par les forces internationales pourtant autorisé par les Nations unies n'est pas suivi d'effet par ces forces qui brillent par leur passivité et une incroyable inertie devant les massacres des civils?", s'interroge Christelle Makamamon, juriste.

"C'est uniquement pour sauver la face du président congolais et médiateur de la crise centrafricaine Denis Sassou-Nguesso que malgré elle, contrainte et forcée, la Séléka a été obligée de co-signer le fameux accord de cessation des hostilités", estime le site internet Centrafrique-Presse.

"Dès lors, poursuit Centrafrique-Presse, quelles sont les chances qu'un accord signé dans de telles conditions soit mis en œuvre et respecté une fois tout ce beau monde revenu au bercail ? Quasiment nulles!".

Que vaut réellement ce texte sur la paix ?

24.07.2014Récit de D.Gilberg, H.Garcia
Que vaut réellement ce texte sur la paix ?

L'amnistie, pas une option

Le résultat des négociations dans la capitale congolaise est très en-deçà des objectifs annoncés et a été effectivement obtenu grâce à une forte implication de la médiation congolaise pour obtenir l'adhésion de l'ex-rébellion Séléka, qui s'était retirée très rapidement des discussions en exigeant une partition du pays.

La communauté internationale organisatrice du Forum, notamment la France, fortement impliquée pour sortir de la dérive son ancienne colonie, ne voulait pas clore Brazzaville sur un échec.

Et dès le lendemain, Paris a fermement appelé au respect de cet accord. "Il s'agit maintenant de répondre aux attentes de la population centrafricaine, en respectant la parole donnée et en mettant en œuvre le processus de désarmement. Il s'agit aussi, pour toutes les parties prenantes, de poursuivre le dialogue politique et d'assurer le succès de la transition devant conduire aux élections", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

La question de la reconnaissance officielle d'une partition exigée par la Séléka, qui a bloqué les discussions, souligne en fait une réalité déjà existante sur le terrain. L'ex-rébellion à dominante musulmane tient en effet l'essentiel du nord et de l'est du pays, frontaliers du Tchad et du Soudan. Depuis des années, Bangui ne contrôle plus ces vastes régions, abandonné aux rébellions et aux coupeurs de route, ce qui a d'ailleurs permis à la Séléka d'avancer rapidement sur Bangui, avec le soutien du Tchad, pour renverser en mars 2013 le président François Bozizé.

Les anti-balaka et autres milices chrétiennes et animistes écument le nord-ouest et l'ouest, rançonnant les voyageurs sur les routes et les civils, quand elles ne pillent pas les convois d'aide humanitaire.
L'autre question soulevée dans la presse est celle des concessions et promesses faites aux uns et aux autres pour qu'ils signent cet accord.
"Vers une immunité pour les ténors de la Séléka?", s'interroge ainsi le quotidien Le démocrate.

Une option dénoncée par les ONG de droits de l'homme, notamment Human Rights Watch, qui, rappelant dans un communiqué les "milliers de victimes" du conflit, affirme que "l'amnistie pour les principaux responsables de crimes contre l'humanité et autres crimes odieux n'est tout simplement pas une option".

Le coordonnateur anti-balaka Patrice-Edouard Ngaissona, et le numéro 3 de la Séléka, Mohamed-Moussa Dhaffane, signataires de l'accord et désireux d'entrer au gouvernement, se sont déclarés très confiants mercredi 23 juillet à Brazzaville sur le respect de leur engagement.

Il semble probable que soit annoncé bientôt un nouveau gouvernement élargi, exigé récemment au sommet de l'Union africaine de Malabo à la présidente Catherine Samba Panza par les "parrains" voisins de la RCA, le Tchad et le Congo.