Centrafrique : les musulmans fuient les violences

Lynchés, attaqués, chassés, considérés comme des collaborateurs de la Seleka, les musulmans de Bangui tentent par milliers de gagner le Cameroun et le Tchad voisins. Hommes, femmes et enfants fuient les persécutions, escortés par les soldats tchadiens et les Français de Sangaris qui, pourtant, ne parviennent pas à éviter les exactions. Les militaires centrafricains laissent faire, et parfois même participent aux violences.

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Taxés d'“ennemis de la nation“, les musulmans fuient

Après le lynchage mercredi d'un musulman soupçonné d'appartenir à la Seleka, nouvelle scène d'horreur à Bangui ce vendredi 7 février : alors qu'il tentait de quitter Bangui en camion, un homme est tombé à terre et été lynché par la foule, sans que les soldats français ni les les forces centrafricaines puissent intervenir. A bord de centaines de camions, les musulmans tentent désormais désespérément de quitter la Centrafrique pour le Tchad.
Taxés d'“ennemis de la nation“, les musulmans fuient


08.02.2014Avec AFP

“Que nous arrive-t-il dans ce pays ?“

Le Premier ministre centrafricain de transition André Nzapayéké a demandé à ce que soient "traqués et traînés devant la justice" les soldats centrafricains auteurs d'un lynchage en public mercredi à Bangui : "Ils sont sur Internet, ils paradaient devant les caméras dans un spectacle macabre et à visage découvert. Ils sont donc identifiables", a-t-il déclaré en conférence de presse. Les ministres ont reçu pour instructions fermes de traquer dans les derniers recoins de la République ces criminels, qui ont "souillé la tenue de combat et l'honneur de nos valeureux soldats", a martelé M. Nzapayéké. "Que nous arrive-t-il dans ce pays ? Qu'est-ce qui nous arrive ? Qu'arrive-t-il réellement à cette nation ? A Bangui, des milliers de femmes, de bébés, et d'hommes déplacés s'entassent à quelques mètres de chez eux dans des conditions inacceptables", a-t-il déploré.

“Un coup dur porté aux efforts du gouvernement“

Ecoutez un extrait de la réaction d'André Nzapayéké
Centrafrique : les musulmans fuient les violences


L'ONU et Paris réclament des “sanctions exemplaires“


Le général Babacar Gaye, représentant spécial de l'ONU en Centrafrique, a réclamé jeudi à Bangui des "sanctions exemplaires" pour les criminels. "Il est urgent qu'une chaîne pénale efficace soit constituée dans ce pays (...) S'il n'y a pas cette justice-là, l'action de la Misca (force de l'Union africaine en Centrafrique) apparaîtra toujours incomplète", avait-il souligné.
                                                    
En tournée en Afrique centrale axée sur la poursuite de l'action militaire de la France, notamment en Centrafrique, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a lui aussi demandé aux autorités centrafricaines "des sanctions exemplaires" à l'encontre de ceux qui ont mis à mort, mercredi, un homme soupçonné d'être un ex-rebelle. La France "ne tolèrera aucun acte qui soit attentatoire à la dignité humaine et aux valeurs fondamentales qu'elle défend par son intervention militaire," en RCA, a affirmé jeudi Jean-Yves Le Drian.

Des mises en garde qui témoignent de la complexité de la situation, deux mois après le début de l'intervention militaire française dans le pays, où les violences se poursuivent. Le ministre a d'ailleurs jugé "vraisemblable" une prolongation du mandat des forces françaises en Centrafrique par l'ONU au-delà de la période initiale de six mois, et rappelé la nécessité à terme de la constitution d'une "mission des Nations unies elles-mêmes".