Centrafrique : à quand les renforts militaires ?

Catherine Samba-Panza, le 1er avril à l'OIF à Paris ©AFP
Catherine Samba-Panza, le 1er avril à l'OIF à Paris ©AFP

La présidente centrafricaine Catherine Samba-Panza est à Bruxelles où se tient un sommet Europe-Afrique. Cette visite s’inscrit dans un contexte d’importantes négociations aux niveaux européen et onusien. L’enjeu ? L’envoi de nouvelles forces de maintien de la paix dans le pays encore très instable, en proie à une crise communautaire et humanitaire qui a déjà fait des milliers de déplacés.

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En fin de semaine dernière, la ville de Bangui a connu une recrudescence de violence. Au moins 20 personnes ont été tuées lors d’une attaque au moment d’une veillée funèbre chrétienne. Et samedi 29 mars, 24 personnes ont été tuées et une centaine blessées par des soldats tchadiens qui ont tiré sur la population répondant, semble-t-il, à un tir de grenade.
Après avoir annoncé un deuil de trois jours, la présidente de transition, Catherine Samba-Panza a déclaré, ce mardi 1er avril, l’ouverture d’une investigation : « Nous avons demandé que des enquêtes soient ouvertes pour nous permettre d'identifier exactement ce qui s'est passé et dès que nous aurons ces éléments-là, nous verrons qui ont été les auteurs de ces troubles, et pourquoi », a-t-elle annoncé lors d’une rencontre à Paris avec le Secrétaire général de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf.
Depuis un an et la prise du pouvoir par la Séléka en mars 2013, la Centrafrique ne parvient pas à sortir de ce chaos communautaire et humanitaire.

Militaires français en Centrafrique ©AFP
Militaires français en Centrafrique ©AFP
Forces militaires

Lundi 31 mars, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon a également appelé à sanctionner les personnes perpétrant ces violences dans un communiqué : « [Je] rappelle à tous ceux qui participent à la propagation de la violence, y compris ceux qui de façon directe ou indirecte soutiennent ou facilitent par tout autre moyen les activités des groupes armés, qu’ils en seront tenus responsables et traduits en justice.  À cet égard, [je] souligne l’importance de dresser rapidement une liste d’individus qui compromettent la paix, la stabilité et la sécurité en République centrafricaine, comme demandé par la résolution 2127 (2013) du Conseil de sécurité (de décembre 2013, ndlr). »

Au Conseil de sécurité de l’ONU débute également cette semaine les négociations d’un projet de résolution pour la création d’une force onusienne de maintien de la paix en Centrafrique. L’ONU prévoit ainsi de déployer 12 000 militaires et policiers dès la mi-septembre 2014 afin de prendre le relais de la mission française Sangaris (2 000 arrivés progressivement depuis le 5 décembre 2013) et des 6 000 hommes de la force africaine (Misca, voir notre carte des forces militaires en Afrique).

L’Union européenne a décidé ce mardi 1er avril d'apporter ses renforts de troupes en Centrafrique. L’envoi d’une mission prévu en mars 2014 a été reculé à cause de problèmes de transports résolus récemment par l’Allemagne qui va finalement fournir les avions nécessaires. Des forces militaires doivent aussi être apportées par la Pologne et la Géorgie. Une décision officielle sera prise ce mercredi 2 avril lors du sommet Europe-Afrique à Bruxelles.

Campement près de l'aéroport de Bangui où se réfugient la population ©AFP
Campement près de l'aéroport de Bangui où se réfugient la population ©AFP
Violences

L’enjeu de toutes ces troupes : le maintien de la paix. Il reste très fragile dans la capitale centrafricaine, épicentre des affrontements entre les milices chrétiennes anti-balakas, la population et les forces militaires tchadiennes considérées proches des anciens rebelles, majoritairement musulmans, de la Séléka. Une situation sur laquelle la présidente centrafricaine s'est exprimée le 1er avril : « Ma volonté est d'ouvrir une écoute en direction des anti-balaka pour savoir ce qu'on peut faire ensemble pour que ce pays qui a tant souffert et est en état de délabrement total puisse être relevé avec le concours de tous les fils et filles de ce pays, y compris les anti-balaka », a-t-elle déclaré.

Depuis que la Séléka a renversé le pouvoir en mars 2013, les violences ont engendré près d’un million de déplacés et de réfugiés sur une population de 4,6 millions d’habitants. Après la prise de pouvoir par les forces rebelles à majorité musulmane de la Séléka puis la chute de l’ancien président autoproclamé Michel Djotodia, les forces anti-balaka chrétiennes en sont venues à l’affrontement, des heurts entraînant la fuite de musulmans du pays. Ces derniers jours ont vu une recrudescence des heurts meurtriers à Bangui à quelques jours de ces discussions à l’ONU et en Europe pour soutenir la Centrafrique dans ses opérations de maintien de la paix.