Afrique

Centrafrique : regain de violences

Des soldats de la force onusienne Minusca à Bangui le 3 octobre ©AFP
Des soldats de la force onusienne Minusca à Bangui le 3 octobre ©AFP

Le pays, encore meurtri par un an et demi de conflit, peine à panser ses blessures. Les affrontements intercommunautaires ont repris ces derniers jours faisant des dizaines de morts. Autant d’exactions qui, pour la présidente Catherine Samba-Panza, ne doivent pas restés impunis.

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Enième crise. Après une accalmie de plusieurs mois, la Centrafrique est redevenue le théâtre d’affrontements intercommunautaires. Au moins 30 personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées ce mardi 21 et mercredi 23 octobre dans l’attaque d’un village de Bakala, une région du centre, par des individus armés. Selon des témoins ils seraient « assimilés aux Peuls et ex-Séléka ».

Cette attaque est révélatrice des derniers événements survenus dans le pays qui peine à trouver la paix. Depuis le début du mois d’octobre, la reprise des violences a fait des dizaines de morts dans chaque camp.

L’étincelle serait venue, mardi 7 octobre, du lynchage d’un combattant de l’ex-miliciens de la Séléka (milice musulmane) par des miliciens anti-balaka (milice armée à dominance chrétienne) dans le quartier de Gobongo à Bangui. Les ex-Séléka n’ont pas tardé à répondre en représailles en tuant un chauffeur de taxi et son client, puis en brûlant et en saccageant des boutiques. 

Un vrai baptême du feu pour la nouvelle Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations Unies en République centrafricaine (Minusca) déployée en relais de la Misca depuis la mi-septembre et qui s’est alors interposée pour éviter tout affrontement direct entre les deux groupes. Dans une embuscade, un casque bleu pakistanais a été tué.

Ces nouvelles violences ont poussé, selon l’ONU, 3 000 nouveaux réfugiés à rejoindre les camps de déplacés, notamment celui près de l’aéroport de Bangui.

Des miliciens anti-balaka dans le quartier Gobongo à Bangui, en 2013 ©AFP
Des miliciens anti-balaka dans le quartier Gobongo à Bangui, en 2013 ©AFP
Représailles

Si les violences intercommunautaires ont diminué après la fin du conflit, toutes les bandes armées n’ont pas été démantelées. Dans la capitale, la criminalité reste importante. Les habitants sont confrontés régulièrement à des braquages, des agressions et des disparitions.

Les ex-miliciens de la Séléka qui avait pris le pouvoir début 2013 pour chasser François Bozizé et installer Michel Djotodia à sa place de président. Ils ont eux-mêmes été chassés en janvier 2014 pour laisser la place à Catherine Samba-Panza, l’actuelle présidente par intérim.

Ils se sont désormais repliés dans leurs bastions musulmans du nord et centre est du pays, ou ont investi des bases militaires de la capitale.  Les anti-balaka, miliciens majoritairement chrétiens, ont reçu un certain soutien de la population au moment du conflit. Ils se sont fondus dans la population civile.

« Alors que tout le monde était en droit de penser que l’ennemi était la Séléka, confie un habitant de Boy-rade à l’AFP, aujourd’hui c’est tout à fait le contraire. Ce sont les anti-balaka qui terrorisent les Centrafricains et particulièrement les Banguissois »,

Une source militaire française anonyme raconte à l’AFP que « les anti-balaka sont en ce moment une entrave à la paix. Tout le monde sait qui fait quoi et tout le monde s’en plaint. Mais personne ne peut dénoncer quoi que ce soit » car les représailles peuvent être terribles.

Pourtant, mi-octobre, la situation s’est renversée. Des miliciens anti-balaka ont mené dans le quartier banguissois de Ouango des représailles contre des habitants n’ayant pas voulu participer à l’édification de barricades lors de précédentes montées de violences. Quand les anti-balaka sont revenus le lendemain, l’un d’eux a été attrapé par les habitants et lynché. Un acte qui a engendré de nouvelles représailles des anti-balaka.

Catherine Samba-Panza ©AFP
Catherine Samba-Panza ©AFP
Impunité ?

Un cycle de violence infernal que veut arrêter la présidente Catherine Samba Panza. « Je siffle la fin de l’impunité », a-t-elle déclaré mercredi 22 octobre dans son discours devant le Conseil National de Transition (CNT), le Parlement provisoire.

Elle a aussi annoncé la création d’une brigade d’intervention « constituée d’un noyau de Forces armées centrafricaines (FACA) », rapporte RFI.

Le déploiement de cette force était confronté à un obstacle de taille : l’embargo sur les armes en Centrafrique. La présidente a plaidé pour la fin de cet interdit, à la tribune de l’ONU en septembre dernier où elle se félicitait aussi du déploiement de la nouvelle mission onusienne.

« Nous fondons beaucoup d'espoir sur le déploiement de cette mission qui devrait contribuer de manière effective et efficace à la sécurisation du pays, à la paix et au développement durable », a-t-elle déclaré, tout en relevant que la réussite de cette mission « dépendra aussi de l'implication à ses côtés des forces de défense et de sécurité nationales. » D’où la création de cette brigade.

Catherine Samba-Panza qui reconnaissait à la tribune onusienne que la situation reste « préoccupante aux plans sécuritaire, humanitaire et économique », est tombée en disgrâce auprès de la population qui subie les violences.  Les représentants des deux principaux groupes de miliciens se sont aussi exprimés en faveur de sa démission. Ce rejet publique et politique s’explique aussi par un scandale qui secoue son mandat par intérim.

« Angolagate »

Un quart des 10 millions de dollars donnés par l’Angola à la Centrafrique ont, en effet, disparu. Ce don du chef d’Etat angolais, Eduardo Dos Santos, était censé aider la présidente à renflouer son pays en faillite. Mais cet argent ne serait jamais entré dans les caisses de l’Etat centrafricain.

Le CNT a décidé la semaine dernière de mettre en place une commission d’enquête sur ce détournement de fonds présumé de la présidente.

Mercredi 22 octobre, devant le Conseil national de transition, elle a reconnu dans son discours que des erreurs de procédure avaient été faites mais que l’argent avait été utilisé pour le bien de l’Etat, rapporte RFI. Catherine Samba-Panza  a également annoncé avoir « saisi la Cour des comptes qui examinera cette question en toute impartialité. »

Mais depuis que cette affaire a été dévoilée, les explications et les justificatifs tardent à venir. L’information de ce détournement présumé a été révélée par le magazine Jeune Afrique début octobre mais l’affaire date de mars 2014. Les caisses du Trésor sont vides. Impossible pour le pays de financer les services de base de l’Etat. Des financeurs extérieurs s’en chargent, parmi eux le riche président angolais José Eduardo dos Santos.

Le don de 10 millions de dollars (plus de 7,8 millions d’euros)  dont la moitié « remise sur-le-champ, en liquide, dans des valisettes ». C’est à la livraison de la deuxième moitié que l’affaire prend un curieux tournant. 2,5 millions d’euros n’arriveront pas jusqu’aux caisses de l’Etat. Le FMI commence à poser des questions en juillet 2014. La présidence centrafricaine fournit un tableau explicatif. Trop vague.

Peu convaincant également pour le Conseil national de transition. C’est désormais à la commission d’enquête qui devrait être mise en place par le CNT, de trouver la réponse.

Catherine Samba-Panza ne veut voir dans cette affaire qu’une opération de déstabilisation. Elle a d’ores et déjà fixé au 15 février prochain « la fin de la transition » qui doit déboucher sur l’organisation d’élections… si les conditions de sécurité sont réunies.