Afrique

Centrafrique : retour au calme fragile à Bangui

Un certain retour au calme est noté à Bangui ce samedi 21 décembre, après la flambée de violence de la veille. Toutefois la situation demeure volatile. L'armée française affirme maintenir tous ses moyens pour prévenir un nouvel embrasement.

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Un vendredi de violences

Centrafrique : nouvelles tensions à Bangui

Bangui reprend son souffle

21.12.2013avec AFP
L'activité reprenait timidement samedi à Bangui au lendemain d'un regain de violences interreligieuses qui a fait une trentaine de morts.
Après une nuit relativement calme, ponctuée de quelques tirs isolés, la circulation automobile a repris progressivement sur les grands axes du centre de la capitale centrafricaine.
Les commerces ont rouvert, les rues sont plus animées, avec des taxis roulant de nouveau dans la ville, à l'exception notable des quartiers théâtre des derniers affrontements, à proximité de l'aéroport, où seules circulent les patrouilles véhiculées de l'armée française et de la force africaine (Misca).
"Depuis ce matin, la situation est moins tendue que jeudi et vendredi à Bangui", a estimé une source militaire française.
Les haines sont cependant loin d'être apaisées, et la violence reste omniprésente: samedi au petit matin, trois cadavres gisaient sur la chaussée de l'avenue de l'Indépendance menant au nord de Bangui, vraisemblablement des musulmans tués pendant la nuit, selon des habitants.
Dans le quartier de Boy Rabe, un fief des milices d'autodéfense chrétiennes "anti-balaka", une rumeur d'attaque d'hommes armés a provoqué la fuite de plusieurs centaines d'habitants pendant la nuit vers la paroisse Saint-Bernard. L'attaque n'ayant pas eu lieu, ces habitants revenaient progressivement chez eux au matin.


Représailles



Ces incidents ont eu lieu alors que la capitale centrafricaine retrouvait un semblant de vie normale depuis quelques jours et se remettait à peine des massacres à grande échelle entre chrétiens et musulmans.
Depuis le 5 décembre, ces tueries ont fait près d'un millier de morts dans le pays, selon l'organisation Amnesty international, dont 583 à Bangui, d'après la Croix-Rouge centrafricaine. La plupart des victimes ont été tuées dans des représailles de la Séléka, mais également dans les atrocités des milices d'auto-défense villageoises "anti-balaka" (anti-machettes, en lange locale sango).
Ces violences ont précipité l'intervention militaire de la France qui tente depuis lors de désarmer les belligérants et opère en appui à la Misca, forte de 3.700 militaires.
Les musulmans "en effervescence"
Avec 1.600 hommes dans tout le pays, dont un millier dans la capitale, l'armée française a neutralisé en priorité les combattants de l'ex-Séléka, aujourd'hui pour la plupart désarmés et cantonnés, qui faisaient régner la terreur dans Bangui où ils ont perpétré d'innombrables exactions sur la population très majoritairement chrétienne.
Il s'agit désormais pour les militaires français de désarmer les milices anti-balaka et d'essayer de contenir la soif de vengeance des habitants contre les ex-Séléka et les civils musulmans qui leur sont assimilés.
"Le contexte est tellement volatil qu'on est condamné à travailler au jour le jour. On ne peut pas anticiper. La situation est hyper préoccupante", s'est alarmé un responsable sur place de Médecins sans frontières (MSF), Thomas Curbillon.
Un autre humanitaire a raconté à l'AFP qu'il n'a pas pu accéder à un quartier musulman tant la colère y était forte. Des civils l'ont prévenu de ne pas pénétrer dans le quartier "pour sa sécurité".
"Les musulmans sont en effervescence", s'inquiétait un observateur averti. Sans la protection des Séléka dans la rue, beaucoup sont furieux et se disent la merci des représailles des anti-balaka, reprochant à l'armée française de les empêcher de se défendre.
L'hostilité est grandissante envers les Français, et cette colère se focalise notamment sur les journalistes, a constaté l'AFP.