Centrafrique : un vote pour élire un "président pour la paix"

De nombreuses personnes attendent pour voter à Bangui lors des élections présidentielles centrafricaines de 2005.
De nombreuses personnes attendent pour voter à Bangui lors des élections présidentielles centrafricaines de 2005.
©AP Photo/Joseph Benamsse

Les Centrafricains sont appelés aux urnes mercredi pour le premier tour de la présidentielle et des législatives. Ces élections sont censées leur permettre de sortir de trois ans de violences intercommunautaires qui ont plongé le pays dans une crise sans précédent.

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A l’origine prévus le 27 décembre, les scrutins présidentiel et législatif ont été reportés au 30 décembre en raison de l'insécurité persistante dans plusieurs régions sous la coupe de bandes armées.  Ce report est aussi dû aux retards d'acheminement des bulletins de vote dans les zones reculées, à la tardive impression et distribution des cartes électorales ainsi qu’à une ultime formation expresse des agents électoraux.


Ce dernier point est important, car, pour le référendum constitutionnel du 13 décembre, beaucoup de résultats avaient été écartés à cause de mauvaises procédures de validation de votes, selon une source diplomatique. Le taux de participation officiellement retenu était alors de 38%. Il serait en réalité de près du double d'après les estimations de cette même source. Dans ce pays de 4,8 millions d'habitants, les électeurs, chrétiens comme musulmans, s’étaient massivement inscrits sur les listes électorales et se pressaient dans les centres électoraux avant le vote pour récupérer leurs cartes électorales, déclarant, unanimes, "vouloir la paix et ne plus entendre le bruit des armes".



Trente candidats, trois favoris



Trente candidats - dont la grande majorité n'a aucune chance de succès - sont en lice pour la présidentielle. Dimanche, le nombre des candidats pour les législatives (1.800 au départ) n'était pas encore officialisé par l'Autorité nationale des élections (ANE), suite à des invalidations.

Trois personnalités sortent du lot avant le scrutin de la présidentielle : deux anciens Premiers ministres du défunt président Ange-Félix Patassé, Anicet Georges Dologuélé et Martin Ziguélé, ainsi qu’Abdoul Karim Méckassoua, plusieurs fois ministres de François Bozizé. Tous battaient encore campagne dimanche, à coups de distribution de tee-shirts et de francs CFA, tant à Bangui, qu'en province pour les plus fortunés qui se déplacent en avion dans ce vaste pays aux routes défoncées. La campagne électorale se termine lundi à minuit. 


Le renversement du président Bozizé, en mars 2013, par la rébellion à dominante musulmane Séléka de Michel Djotodia, a précipité le pays dans un cycle de violences intercommunautaires qui a culminé fin 2013 avec plusieurs massacres à grande échelle et des centaines de milliers de personnes déplacées. Accusé d'inaction par la communauté internationale, Michel Djotodia a finalement été contraint à la démission début 2014, dans la foulée d'une intervention militaire internationale sous la conduite de la France.


Dirigée depuis par la présidente de transition Catherine Samba Panza, la Centrafrique tente de panser ses plaies et de redresser une économie ruinée et sous perfusion des bailleurs qui, France en tête, poussaient à l'organisation rapide d'élections malgré l'insécurité persistante. Les trois derniers chefs d'Etat du pays sont exclus du scrutin. MM. Bozizé et Djotodia, actuellement en exil, sont sous le coup de sanctions internationales et la Charte de transition interdit à Mme Samba Panza d'être candidate.



Casques bleus, soldats français

La Mission des Nations unies (Minusca) est mobilisée pour assurer la sécurité du vote et aider à l'acheminement du matériel électoral (urnes, bulletins). Les forces de sécurité nationales (armée, gendarmerie, police) commencent aussi à être mobilisées sur les lieux de tension entre milices anti-balaka et ex-rébellion Séléka. Mais aussi à l'intérieur même de l'enclave musulmane du PK-5 de Bangui, où pour le référendum, des extrémistes de la Séléka ont tué cinq habitants désireux de voter.


La force française Sangaris a également été déployée en deux points sensibles : à Bossangoa, fief de François Bozizé dans l'ouest, et à Kaga Bandoro, porte d'entrée de la zone dans laquelle l'ex-Séléka est toujours présente.


Depuis le référendum, la situation s'est calmée, et le chef de la faction radicale de la Séléka, Nourredine Adam a été "invité" à se rendre à N'Djamena par le président tchadien Idriss Déby Itno, dont l'influence sur son voisin reste importante, notamment dans le nord.

Vu le nombre de candidats, les opérations de dépouillement et de centralisation des résultats par l'Autorité nationale des élections (ANE) s'annoncent d'ores et déjà longues.
 Pour le référendum - scrutin bien plus simple à dépouiller-, les résultats ont été annoncés huit jours après le vote. Un éventuel, et probable, second tour est prévu d'ici fin janvier.