Afrique

Centrafrique : une “maire-courage“ à la présidence

Catherine Samba-Panza, ex-maire de Bangui, a été élue au second tour présidente de transition de la République Centrafricaine. Parmi les immenses défis qu'elle devra relever : reconstruire un pays à la dérive et ramener la paix entre ses concitoyens déchirés par des tueries inter-religieuses. Cette élection coïncide avec la décision des ministres européens des Affaires étrangères de lancer une opération militaire de l'Union européenne en Centrafrique, en appui aux forces africaines et françaises.

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Catherine Samba-Panza ressent “beaucoup d'émotion et de fierté“

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"Les Centrafricains et Centrafricaines ont mis en moi beaucoup d'espoir et une certaine confiance."
Catherine Samba-Panza ressent “beaucoup d'émotion et de fierté“

20.01.2014par Frantz Vaillant
L'ex "Maire-courage"

Catherine Samba-Panza sait affronter les difficultés et ne s’embarrasse pas de circonvolutions pour se faire comprendre, d’où une réputation d’efficacité et son surnom de “maire-courage” depuis qu’elle a été portée à la mairie de Bangui, en mai 2013. Elle qui affirmait en juillet dernier : « Je n’ai pas de visées politiques. Je quitterai mon poste le jour où des élections municipales seront organisées » , la voici désormais à la tête d’un immense chantier. Non marquée politiquement, cette cheffe d’entreprise doit à présent relever un défi qui peut sembler surhumain : pacifier un pays à la dérive, le remettre en état de marche, réactiver une administration totalement paralysée et permettre à des centaines de milliers de déplacés de rentrer chez eux, tout en leur garantissant la plus grande sécurité possible.

500 millions de dollars

Mais comment parvenir à calmer, sinon stopper les violences inter-religieuses ?  Catherine Samba-Panza pourra s’appuyer sur le déploiement de forces internationales bientôt renforcées par des soldats européens. Les ministres européens des Affaires étrangères viennent en effet d’approuver le lancement d'une opération militaire en appui aux forces africaine et française. Et la communauté internationale s'est engagée à débloquer près de 500 millions de dollars au cours des mois à venir.

Bangui compte des milliers de déplacés (photo AFP)
Bangui compte des milliers de déplacés (photo AFP)
Harmonie avec les religions

Mais les soldats et l’argent ne font pas tout. Avant d’évoquer une quelconque réconciliation chez ses concitoyens, il est probable qu’elle tentera, au préalable, une conciliation et la mise en place d’une nouvelle approche. Catherine Samba-Panza en sait toute l’importance. Parce que selon elle, les hommes politiques qui étaient en place jusqu’ici portent une lourde responsabilité dans le contexte actuel. « La République centrafricaine a toujours vécu en totale harmonie avec ses religions. Or des hommes politiques les ont instrumentalisées et il s’est créé une fracture dans la population. Il y a encore moyen d’y remédier. »

Un féminisme assumé

Agée de 58 ans, mère de trois enfants, après des études de droit en France, Catherine Samba-Panza s’est démenée pour ouvrir une société de courtage en assurance. Volontaire et franche, on la dit également appréciée du côté des agences de développement et des organisations des droits de l’Homme.
La nouvelle présidente de transition assume également un certain féminisme. Alors qu’elle occupait son siège à la mairie de Bangui, faisant référence à ses activités de femme d’affaires, elle confiait : « Je me suis toujours battue pour la participation des femmes à des postes de direction. Un refus aurait été incohérent de ma part. »
Au journal français La Croix, elle confiait un secret à propos de son oncle, un diplomate, aujourd’hui disparu, et qui ne cesse de l’inspirer : "C’était le frère de ma mère et aussi mon tuteur dès mon jeune âge. Il m’a inculqué son raffinement, son amour des plantes et de la nature, de la décoration intérieure, de l’harmonie. Sa grande culture a été une source constante d’inspiration. Sa femme, de nationalité israélienne, m’a inculqué le goût du beau. Toute ma vie a été inspirée par ces deux modèles." 

Dans son tout premier message à la nation, la nouvelle présidente de transition a lancé un "appel vibrant" à déposer les armes :"Je lance un appel vibrant à mes enfants anti-balaka (miliciens chrétiens) qui m'écoutent. Manifestez votre adhésion à ma nomination en donnant un signal fort de dépôt des armes [...] à mes enfants ex-Séléka qui m'écoutent aussi, déposez vos armes". 
Catherine Samba-Panza sait qu’elle dispose de peu de temps pour tenter de redresser le pays et lui donner une nouvelle impulsion. Selon le calendrier de la transition, des élections générales doivent en effet être organisées au plus tard le premier semestre 2015.