Ces jeunes qui font bouger l'Afrique : Samuel Agassoussi

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“Les écoliers français et africains devraient en apprendre plus sur la colonisation“

"Après mon diplôme, on m’a fait des propositions que j’estimais en dessous de mon niveau d‘études, donc j’ai choisi de me lancer dans la création d’entreprise. Je monte avec de la famille et des amis – qui sont au Burkina Faso, au Maroc - une boutique en ligne dans le secteur de la décoration. Elle ouvrira avant la fin 2010. Son nom c’est Décovoyage, et le concept c’est de vendre de l’artisanat du monde entier, africain, asiatique ainsi que des senteurs du monde (encens, bougies)… Je veux proposer des produits de qualité, faits à la main. En plus, la démarche se veut éthique et équitable : la majorité de nos produits sont naturels et nous reversons une partie de nos recettes à des associations.

Ce qui est intéressant, c'est qu’il n’y a pas un art africain mais que chaque pays a ses spécificités. C’est au Burkina Faso que se trouve le carrefour de cet artisanat, grâce à sa position géographique. Par ailleurs l’art africain est traditionnellement un artisanat d’art et de rituels. Il n’est pas « utile » comme peut l’être l’artisanat asiatique (bougeoirs, tissus ..)

Le problème c’est que l’accès au marché international est compliqué : de la corruption, peu d’infrastructures, des coûts de transports élevés... Mais de plus en plus d’associations et d’ONG font de la formation pour donner à ces créateurs des notions de marketing. C’est aussi pour moi le moyen de développer des partenariats sur le marché local avec ces associations. Le but est aussi d’aider ces artisans locaux à prendre de l’ampleur, ce qui m’aidera à développer mon affaire ! C’est un cercle vertueux !

SKT en concert à Morsang en juin 2009.
SKT en concert à Morsang en juin 2009.
En parallèle ma passion c’est la musique. J’ai monté mon premier groupe au lycée à Cotonou, et ça marchait bien ! On a joué dans des clubs, pour des centres culturels et des associations. J’ai toujours composé paroles et musiques. Arrivé en France, j’ai continué à travailler mon identité sonore, je me suis mis au chant et à la guitare, en autodidacte mais en partageant avec des amis passionnés eux aussi. En 2007, j’ai proposé à l’un de mes frères batteur et à un ami uruguayen multi instrumentiste de former un groupe. Ainsi est né Sam Kah Trio, S.K.T. J’avais composé plusieurs chansons et je voulais expérimenter le groupe et la scène. Depuis nous avons joué en public à Paris et en province et auto-produit notre premier album.

Mes chansons parlent de l’Afrique mais aussi de l’amour, de la planète… Dans Africa, je parle du métissage. Ce n’est pas forcément évident d’être moitié Français moitié Béninois, puisque ces deux pays ne se sont pas encore vraiment réconciliés. Je parle aussi de l’émigration des Africains en France, pour moi c’est un juste retour des choses, qui peut être profitable à tous.

Ecouter “Africa“ de Sam Kah Trio

Ecouter “Africa“ de Sam Kah Trio

SKT en concert au Zèbre de Belleville à Paris en novembre 2010
SKT en concert au Zèbre de Belleville à Paris en novembre 2010
Le cinquantenaire des indépendances africaines, je trouve ça très important de le célébrer de le médiatiser au maximum. Un de nos points faibles à nous Africains c’est qu’on ne sait pas encore bien communiquer sur notre patrimoine. Et puis aujourd’hui la France est un pays très métissé et ces différentes cultures s’intégreraient mieux et seraient mieux acceptées si chacun avait une meilleure connaissance de l’histoire.

Par exemple le peuple juif a su conserver son histoire dans la mémoire collective et je pense que nous devons avoir la même démarche. On ne parle pas assez – et trop tard dans le cursus - de l’esclavage, de la colonisation dans les programmes scolaires, en France ou en Afrique. Encore aujourd’hui, il y a des réflexes de colonisés au Bénin : comme ma mère est française, on me traitait différemment au sein de ma propre famille, car j’étais "le fils de la Blanche", donc j’avais droit à plus d’égards !

Les choses avancent, les infrastructures se développent, puisqu’on essaie d’attirer les investisseurs étrangers. Malheureusement la crise économique est passée par là, et nous a touchés aussi au Bénin, comme tout le monde. Je pense que pour la suite, les choses passent par l’éducation et l’union. Comme le dit l’artiste Positive Black Soul, "L’ Afrique n’est pas démunie mais désunie". Il faut apprendre à connaître l’autre et aller au-delà des clichés.

L’ Afrique dans cinquante ans ? J’aimerais la voir gagnante au même titre que la Chine, l’Inde. Je pense qu’on en a les capacités. Le moteur va être notre génération je l’espère. De nombreux Africains viennent en Europe poursuivre leurs études et sont brillants.

Son parcours

A 28 ans ce Franco-béninois vit entre Paris et Cotonou. Mère française et père béninois, il passe son bac au lycée français de Cotonou puis départ en France pour les études supérieures : fac de sciences, DUT de sciences et informatique. Puis il bifurque vers des études commerciales, BTS puis école de commerce. Aujourd'hui il monte son premier projet professionnel, une boutique en ligne. En parallèle lui et son groupe ont auto-produit leur premier album.