#Civsocial : Sauvés par les Tweets à Abidjan !

Un garçon sauvé grâce à #civsocial/capture d'écran
Un garçon sauvé grâce à #civsocial/capture d'écran

Le climat de guerre est bien réel en Côte d’Ivoire. La capitale, ces derniers jours, a été le théâtre d’affrontements entre les forces d’Alassane Ouattara et les militaires de Laurent Gbagbo qui résistent.

Au milieu des combats, de nombreux civils sont bloqués chez eux et parfois atteints par des balles perdues. Mais, dans les hôpitaux, les médecins se font rares et les médicaments manquent dans les pharmacies. Sur Twitter, une idée est née pour aider les personnes en difficulté.

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Le fil #Civsocial sur Twitter/capture d'écran
Le fil #Civsocial sur Twitter/capture d'écran
« Besoin urgent de depakine 200 mg solution a cocody carrefour duncan #civsocial #CIV2010 », « femme enceinte très à terme à besoin d’être évacuée vers le mahou », « scène de pillage rivera 2 ». Les messages affluent seconde après seconde sur le fil Twitter.

«Les blessés par balle sont considérés comme des incidents mineurs », écrit Mohamed Diaby sur son profil. Un simple hashtag est au départ #civsocial. Et un centre d'appels au final situé à Accra au Ghana.

Au départ de cette initiative un jeune ivoirien : Guy Manassé. C’est d’ailleurs lui qui lance le #civ2010 à la faveur des élections présidentielles de 2010 en Côte d’Ivoire. «J’ai constaté avec amertume que le #civ2010 était utilisé par les partisans des différents partis politiques pour les injures, les incitations à la haine et à la violence. J’ai décidé de créer un nouveau fil plus utile et plus positif. »

Manassé et d’autres blogueurs relaient les informations d’appel à l’aide sur twitter et sur facebook. Mardi soir, une jeune fille est atteinte par balle dans le dos. C’est la course contre la montre. Elle perd beaucoup de sang. «Comment arrêter une hémorragie ? », s’interroge la blogueuse Edith Brou sur sa page Facebook et son Twitter. Les réponses tombent de toute part. Un médecin est mobilisé puis une voiture et la jeune dame est transportée dans une clinique. C’est le déclic. A partir de ce moment, tout le #civsocial est pris d’assaut.

«Mieux que des mots et des tweets, l’opération apporte des solutions concrètes aux victimes collatérales de la crise ivoirienne », écrivent les initiateurs. Comment peut-on rendre l'eau potable? Et on retrouve des astuces. Quels sont les conseils pratiques en cas des tirs non loin de chez soi ? Le fil nous informe.

Face à ce succès, l’ONG ivoirienne Akendewa décide d’ouvrir un service de centre d'appels au Ghana. L’objectif de cette opération Call center est de fournir un centre téléphonique de gestion d’urgence pour les victimes en Côte d’Ivoire. « Il faut savoir que les SMS sont suspendus depuis plusieurs semaines et les populations se retrouvent dans l’impossibilité de recharger leurs lignes téléphoniques », précise un bénévole.

L’idée est donc de permettre de joindre facilement et gratuitement des numéros spéciaux pour toute urgence, pour ensuite les diffuser sur Twitter où elles sont orientées vers des personnes pouvant les aider. « Vu le chaos qui règne en Côte d’Ivoire, la mise en place d’un tel centre sur place se révélait une mission périlleuse, surtout que tous les centres de paiements ne sont plus fonctionnels depuis plus d’un mois », précise un des blogueurs à Abidjan.


CENTRE D'APPELS AU GHANA


Le centre d'appels fonctionne avec des volontaires et est localisé à Accra, au Ghana. « Le call center peut accueillir des bénévoles sur place. Les internautes peuvent nous bipper sur le numéro +233 2429 229 53 et nous les rappelons. Nous avons un système de ticket sur notre site. Les tickets ne sont visibles que par les volontaires d'Akendewa pour préserver la sécurité des victimes. Nous créons un ticket à chaque appel puis le traitons grâce à deux systèmes de notation. L'un pour le niveau de gravité (mineur, majeur, urgent) et l'autre pour le type d'alerte (blessé, grand malade, femme enceinte, etc). Nous avons mis en place un process interne qui aide à suivre l'alerte en question jusqu'à sa résolution », explique Jean Patrick Ehouman, président d’Akendenwa.

Les internautes peuvent les alerter depuis leur site en créant eux même un ticket. Ils doivent cliquer sur "Signaler 1 Cas" . « Ils peuvent aussi joindre chacun des volontaires via Twitter et Facebook », ajoute Jean Patrick.

Et pour ne pas tomber dans des canulars, toutes les vérifications sont faites. « Nous utilisons les réseaux sociaux et plusieurs contacts que nous avons dans la ville. Par exemple, on publie une demande de confirmation sur Twitter et l'information est relayée. En très peu de temps nous arrivons à avoir confirmation ou infirmation ».

Sur Twitter, Jean-Patrick remercie un donateur/Capture d'écran
Sur Twitter, Jean-Patrick remercie un donateur/Capture d'écran
COLLECTE DE FONDS COLLECTIFS

Comment alimenter en crédits les lignes téléphoniques qui serviront pour le centre d'appels ? Pour répondre à ce problème, les membres d’Akendewa lancent sur les réseaux sociaux un appel à crédits aux internautes pour continuer leurs actions. « On s'est dit que pour une fois nous avons vraiment besoin de gros moyens pour gérer le flux d'appel. »

Les appels à l’aide se font par dizaine. « Sans compter les mail, les Tweets et commentaires Facebook », souligne le responsable de l’ONG. «En moins de 24 heures et grâce à nos Tweets et au relais de certains internautes et medias, nous avions récolté 1500€ », se réjouit un autre membre d’Akendewa.

Selon les initiateurs, l’opération de secours est prévue pour durer pendant quelques jours encore, « le temps surtout que les ambulances et les services d’urgence reprennent le contrôle », précise Jean-Patrick. A ce jour, ce sont plusieurs centaines de personnes qui ont été secourues.

Contact télephonique : +233 2429 229 53 (vous pouvez aussi envoyer un sms).
email : contact@akendewa.org / itopis@gmail.com

Sur le fil Twitter, l'aide s'organise/capture d'écran
Sur le fil Twitter, l'aide s'organise/capture d'écran