Côte d'Ivoire : Abidjan retient son souffle

Les forces d'Alassane Ouattara, le président de Côte d'Ivoire reconnu par la communauté internationale, ont livré bataille à Abidjan dans la nuit de jeudi à vendredi pour s'emparer des derniers bastions de son rival Laurent Gbagbo. Une nuit qui semblait décisive pour l’issue des combats. Les Ivoiriens l’ont vécu au rythme des détonations, de la peur et des rumeurs.

Notre correspondant sur place nous raconte.

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Entre peur et rumeur au milieu de la bataille d’Abidjan

Rue déserte à Angré (Cocody)
Rue déserte à Angré (Cocody)
Les choses sont allées très vite depuis le début de la semaine. Tellement vite, que les Ivoiriens et plus particulièrement les Abidjanais ont été pour pris de court.

Jusqu’à ce mercredi 30 mars je pouvais encore mettre les pieds dehors, déambulant dans les rues de la commune de Cocody. On sentait le stress chez les quelques passants. A la moindre rumeur les rues devenaient désertes.

Et puis, il y a eu ce jeudi 31 mars. « Jeudi de tous les dangers » comme on l’a appelé à Abidjan. Les combattants Pro-Ouattara annoncent qu’ils ont encerclé Abidjan.

À Angré, quartier de la commune de Cocody. ll est 11 heures, j’apprends que dans mon quartier des hommes en arme y ont installé un barrage. Je sors pour m’en assurer. Dans les rues j’aperçois quelques rares voitures qui roulent en sens inverse à vive allure. Plus loin, 5 hommes en armes ont installé un check point : « Ce sont les soldats d’Ado (Ouattara) ! », crie apeurée une dame en courant. Les hommes et les femmes qui traversent le barrage lèvent les mains « pour prouver qu’ils n’ont rien à se reprocher », indique un riverain. Les hommes en arme intiment l’ordre aux quelques personnes encore dehors de rentrer chez elles. En quelques minutes et quelques rafales en l’air, c’est le désert.

Depuis les maisons, de fortes détonations sont entendues dans le quartier de Angré. Mais aussi au fil des heures dans toutes les communes d’Abidjan. Les téléphones portables restent le moyen de s’informer sur l’état de la situation dans les quartiers. « On s’appelle pour savoir si dans les autres secteurs d’Abidjan il y a des tirs ou si c’est calme », indique un étudiant habitant la commune de Yopougon. Il dit être terré sous son lit. « Ça tire fort », lance t-il apeuré.

Capture du site Twitter (Cliquer pour agrandir)
Capture du site Twitter (Cliquer pour agrandir)
Au fur et à mesure que la nuit tombe, les Ivoiriens se tournent encore plus vers le web. «Depuis deux jours c’est là que nous puisons nos informations mais aussi les rumeurs », commente un journaliste. Facebook et Twitter sont pris d’assaut. Sur le hashtag #civ2010 les nouvelles tombent à la seconde prêt. Les rumeurs aussi. « Gbagbo est réfugié dans une ambassade ». « Le Général Mangou (Chef d’Etat major de Gbagbo) a fait défection ». Sur le web des sites reprennent les infos, confirment, démentent ou commentent.

Le web, mais aussi la RTI (la télévision d’Etat). Il est 20 heures 11 minutes. Tous les regards sont fixés sur l’écran de la télévision. Il n’y a pas eu de « 20 heures ». Quelques minutes plus tard, plus de signal. « La télévision a été prise par les combattants pro-Ouattara », lit-on sur Twitter. Impossible de confirmer. Mais des témoins joints par téléphone indiquent que de violents combats ont lieu au cœur de Cocody. « Les tirs que j’entends font trembler la maison. Je ne sais pas ce qui se passe mais c’est très violent », raconte Georges N, qui habite la « Cité RTI » situé à 10 mètres du siège de la télévision.

Capture du site Abidjan.net (Cliquer pour agrandir)
Capture du site Abidjan.net (Cliquer pour agrandir)
Les tirs se font entendre sans arrêt toute la nuit. Il est un peu plus de 4 heures du matin. Les téléphones continuent de sonner. Les tweets continuent de tomber. Et les tirs se font de plus en plus entendre. Sans répit. Plus de télé, plus de radio. Les éditions des matinales des chaînes de radio et de télé étrangères sont prises d’assaut pour suivre les « Spécial Côte d’Ivoire ».

On apprend alors que la télévision est tombée, que la résidence de Gbagbo est pilonnée à l’arme lourde et que des combats ont lieu aux Plateaux (Centre des affaires). Pour la population, le calvaire n’est pas terminé. Alors qu’il est 7 heures et que le soleil se lève, personne n’a l’intention de mettre le nez dehors. Tout Abidjan attend la fin de la bataille et son issue encore incertaine.