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Côte d'Ivoire : le "commando invisible" financé par Gbagbo ?

Cote d'ivoire CPI
TV5MONDE - Commentaire Philippe Randrianarimanana

Révélation à la Cour pénale internationale dans le procès de Laurent Gbagbo  : appelé à la barre comme témoin à charge, Philippe Mangou, ancien chef de l'armée ivoirienne affirme que l'ex-président aurait "accidentellement" financé le "commando invisible" qui contribua à sa perte. 

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C'est une bombe que largue devant la Cour pénale internationale l'ancien chef d'Etat major de l'armée ivoirienne de Laurent Gbagbo. Témoin clé dans le procès de l'ancien président pour crime contre l'humanité, le général Philippe Mangou a fait, ce lundi, une révélation inattendue sur le commando invisible. Le commando aurait reçu 500 millions de francs CFA de Laurent Gbagbo, qui croyait financer une opération visant à désorganiser les ex-rebelles des forces nouvelles, à l'est du pays.
 


Je suis en mesure de vous dire que le président a financé accidentellement le commando invisible.

Philippe Mangou

Or ce commando, formé d'hommes lourdement armés, alliés du président élu Alassane Ouattara, a largement contribué à la perte de Laurent Gbagbo à Abdidjan, en avril 2011. Depuis son fief d'Abobo, il a lancé l'offensive contre les forces loyales à l'ancien président, après avoir progressivement déstabilisé le régime par la prise de contrôle du nord d'Abidjan début 2011. A sa tête, l'ex-putschiste Ibrahim Coulibaly, qui sera tué fin avril par les forces du président élu Alassane Ouattara.

Une révélation accueillie avec scepticisme par le FPI, le parti de Laurent Gbagbo : "Le témoignage du général Mangou est annoncé comme une bombe, mais au terme de son audition, on s'aperçoit qu'il s'agit plutôt d'un pétard mouillé", affirme Seri Gouagnon, chargé des questions juridiques au Front populaire ivoirien (FPI).

Le procès de Gbagbo, premier ex-chef d'Etat remis à la CPI, s'est ouvert le 28 janvier 2016 et devrait durer trois à quatre ans. Les juges ont révélé mardi avoir refusé sa demande de libération pour le reste de son procès, la défense n'ayant "pas fourni des conditions concrètes et solides qui garantiraient la présence de Laurent Gbagbo à son procès s'il est libéré".

Qui est Philippe Mangou ?

Nommé chef d'état-major en novembre 2004, Philippe Mangou demeure fidèle à Laurent Gbagbo jusqu'en 2011. Mais en pleine bataille d'Abidjan, entre forces pro-Gbagbo et combattants pro-Ouattara appuyés par la France et l'ONU, il fait défection et se réfugie chez l'ambassadeur sud-africain. "J'avais compris que j'étais entre deux feux : mon propre camp qui me rejetait, qui pensait que j'étais en train de le trahir, et les autres frères (pro-Ouattara) qui étaient en train d'arriver".

Il veut se rendre à la résidence présidentielle pour tenter à nouveau de convaincre Laurent Gbagbo de démissionner, "mais je n'ai pas eu le courage." Le cessez-le-feu échoue et, le 11 avril, le président Gbagbo est arrêté. Alors Philippe Mangou fait allégeance "au nom de toutes les forces" au nouveau président Alassane Ouattara. Il sera nommé ambassadeur de Côte d'Ivoire au Gabon en 2012.