Côte d'Ivoire : retour à la normale après un accord avec les mutins

cdi8h
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Le retour au calme se confirme mardi 16 mai en Côte d'Ivoire au lendemain de l'annonce par le gouvernement d'un accord avec les soldats mutins, qui depuis sont rentrés dans leur caserne. Le conflit portait sur le paiement de reliquats de primes. Ces incidents ont fait un mort à Bouaké.

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"A l'issue des échanges (avec les mutins) un accord a été trouvé sur les modalités de sortie de crise. Nous appelons l'ensemble des soldats (...) à retourner dans les casernes (...) Tout est mis en oeuvre pour un retour rapide à une situation apaisée", a déclaré le ministre de la Défense Alain-Richard Donwahi sur la chaîne nationale.
 

Dans un premier temps, les mutins avaient rejeté l'accord. "On ne reconnaît pas l'accord. Est-qu'on fait des baptêmes sans le baptisé? Aucun représentant de Bouaké n'était présent lundi à leur accord. D'après ce qu'on sait, c'était une réunion de hauts gradés", a réagi un mutin sous couvert d'anonymat.
 

Après l'annonce, des nombreux tirs étaient audibles dans la soirée dans plusieurs villes, dont Abidjan. "Ce n'était pas des tirs de joie", a précisé un mutin. "On va voir ce qui est viré sur nos comptes demain (mardi) et on verra, après concertation, si on lève le dispositif", a déclaré un autre mutin à Bouaké.
 
 
C'est terminé !
Cissé Fousseni, porte-parole des mutins de Bouaké
Dans les heures qui ont suivi, les soldats qui s'étaient révoltés à Bouaké, épicentre de la mutinerie, avaient annoncé avoir accepté l'accord. "On a trouvé un terrain d'entente. On va retourner en caserne. C'est terminé", a affirmé à l'AFP le sergent Cissé Fousseni, un des porte-parole du mouvement.

"La situation est en train de se normaliser dans toutes les régions militaires. Le calme est revenu", a déclaré le ministre de la Défense Alain-Richard Donwahi, à l'issue d'un conseil du gouvernement.

L'accord porte sur le paiement de reliquats des primes promises après les mutineries de janvier qui avaient ébranlé le pays. Les mutins avaient alors réclamé 12 millions de francs CFA de primes (18.000 euros) par personne, une somme importante pour le pays, et obtenu le versement dès janvier de 5 millions (7.500 euros).

Un autre porte-parole des mutins, le sergent Sidick, a ajouté que l'accord était "secret défense" mais on indiquait dans l'entourage des mutins qu'ils avaient obtenu la pleine satisfaction de leurs revendications avec le paiement de 5 millions de F CFA (7.500 euros) par tête versés tout de suite et 2 millions qui le seront en juin.

"C'est évident que le gouvernement a cédé sur le paiement. Etant données la situation sécuritaire et les promesses faites en janvier, il ne semblait pas y avoir d'autre porte de sortie", a analysé un spécialiste de l'armée ivoirienne sous couvert d'anonymat. Le mouvement déclenché vendredi avait pris lundi des "proportions inquiétantes", selon la même source. Pour autant, "ce n'est pas un coup d'Etat. Quand il (le président Alassane Ouattara) paiera, on rentrera chez nous", a assuré sous couvert d'anonymat un porte-parole des mutins à Bouaké, épicentre de la mutinerie.

Ces mutins sont d'anciens rebelles ayant soutenu Alassane Ouattara pendant la crise électorale de 2010-2011 et qui ont ensuite été intégrés à l'armée.                 

Tirs au Plateau                   

A San Pedro, deuxième port du pays, stratégique pour l'exportation de cacao dont le pays est le premier producteur mondial, des tirs "assourdissants retentissaient lundi 15 mai dans la zone portuaire", selon des témoins. A Man (ouest), Bondoukou (est) et Daloa (centre), des tirs sporadiques ont été entendus.

Alors qu'Abidjan avait été calme ce week-end, de nombreux tirs y ont retenti lundi matin en provenance des deux camps d'Akouedo, qui forment la plus grande caserne du pays. Plusieurs axes importants de la ville ont été barrés. Des tirs étaient également audibles en provenance du camp Gallieni, au Plateau, qui avait été l'un des points chauds de la journée de vendredi.

Le Plateau, quartier administratif et des affaires d'Abidjan, était totalement désert. Les grands magasins, les banques et tous les bureaux étaient fermés. Un important cordon sécuritaire a été déployé autour du palais présidentiel, alors que les locaux de la radio nationale étaient puissamment gardés. Le lycée français Blaise Pascal ainsi que l'école Jacques Prévert ont été fermés, le consulat de France recommandant d'éviter tout déplacement.

Mardi 16 mai, le retour à la normale pouvait se constater. "Aujourd'hui les banques ont rouvert, les fonctionnaires peuvent aller au travail, les entreprises privées peuvent fonctionner", a-t-il ajouté après que les deux premières villes du pays notamment, Abidjan et Bouaké, eurent été paralysées par les mutineries.
 

Jeudi, un représentant de soldats avait annoncé renoncer aux revendications financières, lors d'une cérémonie en présence du président Alassane Ouattara, qui se voulait un point final à la protestation des forces de sécurité. Loin d'apaiser la situation, cette cérémonie avait déclenché un nouveau mouvement d'humeur dans ce pays d'Afrique de l'Ouest durement touché par l'effondrement des cours du cacao, vital pour son économie.