Afrique

Burundi : le coup d'Etat a fait long feu

Des manifestants expriment leur joie dans les rues de la capitale après l'annonce de la tentative de coup d'Etat par le général Nyombare, le 13 mai 2015. 
Des manifestants expriment leur joie dans les rues de la capitale après l'annonce de la tentative de coup d'Etat par le général Nyombare, le 13 mai 2015. 
©AP Photo/Berthier Mugiraneza

Le suspens aura duré un peu plus de 48 heures, entre le moment où le général Nyombare annonçait la destitution du président Pierre Nkurunziza et celui où son numéro 3 , le général Cyrille Ndayirukiye, reconnaissait  l'échec du coup d'Etat. Retour sur un épisode politique meurtrier qui dissimule une vraie révolte de la population.

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A peine les putschistes arrêtés, voici que, ce vendredi 15 mai, les manifestations reprennent à Bujumbura, la capitale du Burundi, sous les tirs de sommation de la police. Ces mêmes manifestations qui ont conduit à une tentative de coup d'Etat, le 13 mai 2015.

Le numéro deux du mouvement putschiste au Burundi, le général Cyrille Ndayirukiye, a donc reconnu l'échec de cet tentative de renversement du président Pierre Nkurunziza. "Personnellement, je le reconnais, notre mouvement a échoué, a-t-il déclaré. Nous avons rencontré une trop grande détermination militaire pour soutenir le système au pouvoir," a-t-il poursuivi. Cette annonce intervient alors que la présidence a annoncé jeudi soir le retour, sur le territoire burundais, du chef de l'Etat, resté bloqué en Tanzanie depuis le début de la tentative de coup d'Etat lancée mercredi 13 mai dans l'après-midi par le général Godefroid Niyombare.

"Notre initiative, même si elle a échoué, a mis à nu une organisation des corps de défense et de sécurité, notamment de l'armée qui n'a rien de professionnel", a ajouté jeudi soir le général Ndayirukiye, estimant que l'armée était "aujourd'hui inféodée au parti au pouvoir".

Un 3ème mandat anticonstitutionnel

Le 25 avril, la désignation de Pierre Nkurunziza comme candidat du parti présidentiel, le Cndd-FDD, au scrutin du 26 juin a déclenché des manifestations quasi-quotidiennes jusqu'à ce mercredi. Ce mouvement populaire est présenté comme l'une des justifications du putsch par Godefroid Niyombare, ex-compagnon d'armes de Pierre Nkurunziza du temps de la guerre civile (1993-2006) burundaise, quand le Cndd-FDD était encore une rébellion hutu. Le général reprochait au chef de l'Etat, déjà élu en 2005 et 2010, d'avoir décidé de briguer un troisième mandat "au mépris" du peuple.

Jeudi, les putschistes ont lancé deux offensives pour tenter de prendre le contrôle de la RNTB, gardée depuis mercredi par les forces restées loyales à Pierre Nkurunziza. Toutes deux ont échoué, après des affrontements à l'arme lourde avec le camp adverse.

Pour la première fois depuis le début du putsch, des morts ont été constatés au terme de ces violents combats. Le contrôle de la RTNB était d'autant plus important que les principales radios privées - la très populaire RPA, Bonesha, Insaganiro - et la principale télévision indépendante, Télé Renaissance, qui diffusaient les messages des putschistes, n'émettaient plus depuis la nuit, elles-mêmes attaquées, parfois à la roquette par des forces pro-Nkurunziza, selon leurs patrons, et très endommagées. Ces radios indépendantes étaient déjà dans le collimateur du gouvernement depuis le début des manifestations anti-troisième mandat.

Le ras-le-bol de la société civile

Cette opposition à une nouvelle candidature du chef de l'Etat a été portée par la société civile et une partie de l'opposition, qui jugent un troisième mandat anticonstitutionnel. Quatre anciens chefs d'Etat burundais, quant à eux, déclarent qu'une troisième candidature "risque de compromettre les acquis de la paix". Et voici des mois que la candidature du président sortant divise aussi au sein de son parti, le Cndd-FDD.

Pierre Nkurunziza de retour

Ce vendredi 15 mai, le chef de l'Etat est de retour au palais présidentiel, tandis que les meneurs du putsch raté sont en fuite ou arrêtés. Pierre Nkurunziza s'est adressé à la nation : il a remercié les forces de l'ordre, lié les manifestants aux putschistes et annoncé la rouverture des frontières.

Le soutien de la communauté internationale 

Sur le plan diplomatique, la communauté internationale a condamné ces deux derniers jours la tentative de coup d'Etat. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon a appelé au calme, alors que les quinze membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont condamné "ceux qui cherchent à s'emparer du pouvoir par des moyens illégaux" et appelé à des "élections crédibles". Avant la présidentielle, le Burundi tient des législatives et communales le 26 mai. Les Etats-Unis, pourtant ouvertement opposés au troisième mandat du chef de l'Etat sortant, ont martelé que "le président légitime" était pour eux Pierre Nkurunziza.

Le conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine a aussi condamné l'utilisation de la "force" pour prendre le pouvoir, tandis que la France a appelé à la fin des violences. Depuis des mois, la communauté internationale s'inquiétait de ce qu'une nouvelle candidature de Pierre Nkurunziza à la présidentielle ne déclenche des violences à grande échelle dans le petit pays d'Afrique des Grands Lacs. En plus de la guerre civile, qui a fait quelque 300 000 morts, l'histoire post-coloniale de cet ex-protectorat belge est jalonnée d'autres massacres interethniques entre Tutsi et Hutu.


Retrouvez le fil de deux jours de confusion

15h28 TU : 
 


14h56 TU :


13h55 TU : La RTNB recommence à émettre
 



13h43 TU : François Hollande appelle dans un communiqué de l'Elysée "toutes les forces en présence à la fin des violences et à la reprise rapide du processus électoral au Burundi" (AFP)


13h24 TU : Tweet du compte de la présidence burundaise, ce matin :
 


12h52 TU : 
 



12h51 TU : 
 



12h18 TU : La radio nationale burundaise, attaquée par les putschistes qui tentent de la reprendre aux forces loyales au président Pierre Nkunrunziza n'émet plus. La directeur de la station a confirmé que l'émetteur avait été coupé, et que "la radio était attaquée" (AFP)

11h57 TU :
 


11h49 TU : Selon des sources militaires, les putschistes seraient organisés autour du 11ème Bataillon parachutiste, une unité d'élite de l'armée qui contrôle l'aéroport international (AFP)

11h37 TU : Journal de TV5Monde. Entretien par téléphone avec Innocent Muhozi, président de l'Observatoire de la presse au Burundi, et patron de Télé renaissance,  au sujet de la situation à Bujumbura :
 



10h37 TU : 
 


10h36 TU : 
 


10h33 TU : 


10h31 TU : 
 


10h14 TU : La confusion est totale au Burundi en cette fin de matinée, il semble impossible de savoir qui contrôle le pays à l'heure actuelle. 

10h08 TU :
 


10h06 TU : 
 



9h23 TU : Des violences entre pro-putschistes et loyalistes éclatent à Jujumbura :
 



8h57 TU : La présidence, le siège du parti au pouvoir et la radio nationale sont encore sous contrôle des forces loyalistes.

8h42 TU : Les putschistes démentent l'échec du coup d'état annoncé par le chef de l'état-major. 

8h35 TU : La Radio publique incendiée, crainte de voir le bâtiment s'effondrer



8h13 TU : Le général Prime Niyongabo, chef de l'état-major contredit les déclarations des putschistes sur la radio nationale en annonçant que "Le coup d'Etat a échoué les forces loyalistes contrôlent tous les points stratégiques"

8h05 TU :  Les putschistes déclarent contrôler une majorité de la capitale Bujumbura. Les principaux médias ayant relayé leurs messages ont été incendiés et attaqués à l'arme à feu. Seulement deux radios continuent d'émettre : Radio Isanganiro et la RTNB.

Retour sur les événements

L'ancien chef du service de renseignement burundais, le général Godefroid Nyombare avait annoncé, ce mercredi 13 mai 2015, la destitution du président burundais Pierre Nkurunziza qui se trouvait en déplacement à Dar Es Salaam en Tanzanie.

Il s'y déroulait précisément un sommet extraordinaire des chefs d'Etat de la Communauté Est-africaine, consacré à la crise ouverte au Burundi, depuis l'annonce de la candidature de Nkurunziza à un troisième mandat.

Le président Pierre Nkurunziza en campagne présidentielle en 2010. 
Le président Pierre Nkurunziza en campagne présidentielle en 2010. 
©AP Photo/Marc Hofer

Ce Sommet a depuis été suspendu et le président burundais serait sur le chemin du retour vers la capitale.  Mais le général putschiste a ordonné en fin d'après-midi la fermeture des frontières et de l'aéroport de Bujumbura. 

"Le président Pierre Nkurunziza est destitué de ses fonctions, et le gouvernement est dissous" a précisé le général Nyombare au micro de la radio privée Insaganiro. 
Il a également déclaré qu'il voulait "une reprise du processus électoral" au coeur de la crise que traverse le pays. 

Le général a également annoncé l'établissement d' "un comité pour le rétablissement de la concorde nationale, temporaire et ayant pour mission entres autres le rétablissement de l'unité nationale"dont il a indiqué qu'il prenait la tête, sans en préciser ses membres.

"Il est demandé à toute la population de respecter la vie et les biens d'autrui", a poursuivi le général Nyombare.

Qui est ce général ? 

Après la guerre civile (1993-2006), Godefroid Nyombare était devenu chef d'état-major adjoint, puis chef d'état-major de l'armée burundaise. Nommé en décembre 2014 à la tête du Service national de renseignements (SNR), il avait été limogé moins de trois mois plus tard par le président. Il avait déconseillé à ce dernier de briguer un troisième mandat, que l'opposition juge inconstitutionnel. 

La présidence du Burundi dément

Rapidement, dans l'après-midi, la présidence burundaise dément sur son compte Twitter en affirmant que le coup d'Etat "a échoué" et que la situation est "maîtrisée" dans la pays. Mais aucune déclaration n'a été faite du président Pierre Nkurunziza depuis la Tanzanie.  

>> A lire notre article sur les faits qui ont mené à cette crise au Burundi. 

Un communiqué a également été publié par le service de communication de la présidence dans lequel on peut lire "Un groupe de militaires s'est mutiné ce matin et a fait une déclaration fantaisiste de coup d'Etat (...) Cette tentative de coup d'Etat a été déjouée."

Communiqué de Presse : Coup d’Etat fantaisisteC’est avec regret que nous avons appris qu’un groupe de militaires s’est...

Posted by Présidence - République du Burundi on Wednesday, May 13, 2015

Joie des civils dans les rues

A l'annonce de cette tentative de coup d'Etat,  de nombreux civils ont commencé à marcher vers la radio-télé nationale protégée apparemment par des soldats loyalistes. 

Dans la foule, des manifestants partagent leur joie auprès d'une consoeur de RFI, Sonia Rolley : 

Le journaliste du journal français Le Monde, Jean-Philippe Rémy, présent sur place, recueille également des témoignages dans la foule : 

Un internaute publie sur son compte Facebook ces scènes de liesse dans les rues de la capitale burundaise : 

la foule euphorique se dirige place de l'independancele 3eme mandat s'est fini !!!!

Posted by Pierre Olivier Blanchard on Wednesday, May 13, 2015

Soldats loyalistes

Devant les locaux de la radio-télévision nationale, des soldats fidèles au président tiraient en l'air en milieu d'après-midi afin de disperser des centaines de civils rassemblés pacifiquement devant les locaux. "Ne tirez pas sur les gens. Tirez en l'air. Il faut tirer sur les objectifs militaires, pas sur les civils. Il faut protéger la radio-télévision nationale", a lancé, selon l'AFP, un officier à ses hommes. 

Tractations entre soldats loyalistes et putchistes

Depuis l'annonce de cette tentative de coup d'Etat par le général Nyombare, des tractations sont en cours entre les militaires putschistes et ceux restés fidèles au président sortant Pierre Nkurunziza. Elles doivent permettre de " trouver une solution qui préserve les intérêts nationaux", a confié un haut gradé loyaliste à l'AFP. 

"On est tous d'accord pour qu'il n'y ait pas de troisième mandat", a assuré cet officier supérieur qui ajoute "reste à déterminer la manière de faire."

Un conseiller de Nkurunziza a déclaré de son côté que les putschistes seront traduits en justice.