Crise alimentaire au Niger : l'analyse

Les organisations non gouvernementales alertent la communauté internationale depuis quelques mois sur le retour de la famine au Niger. Ce pays, comme le Mali ou encore le Tchad fait partie du Sahel, un vaste territoire aux terres arides et désertiques.

Cinq ans après la grave famine qui avait frappé des millions de Nigériens en 2005, le pays fait face à nouveau à une sévère crise alimentaire.

Les explications de Mohamed Béavogui, directeur du
Fonds International pour l’Agriculture et le Développement (FIDA) , pour l’Afrique de l’ouest et du centre.

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Comment expliquer la réapparition de la famine au Niger, 5 ans seulement après la disette de 2005 ?

Chaque fois qu’il y a eu une crise alimentaire dans un pays, la communauté internationale s’est toujours mobilisée pour apporter une aide massive aux populations de ces pays. Mais il faut reconnaître qu’avec le gouvernement du Niger, nous n’avons jamais vraiment réussi à résorber les causes structurelles à l’origine de la famine. C’est la région de Maradi, située au centre-est, qui est principalement touchée. Maradi est la région la plus peuplée, où le taux de natalité est le plus élevé au monde, avec environ huit enfants par femme. Chaque famille a droit à moins d’un demi-hectare de terres pour produire ses ressources alimentaires (en l’occurrence du mil). Il faut noter que ces productions se font au gré des pluies, et les pluies sont assez rares. Cette partie du Niger bénéficie pourtant d’une stratégie de développement rural à cause de ses terres difficiles. Mais il manque cruellement de financements nécessaires pour réaliser les projets de recherches sur les cultures locales (mil sorgho), afin d’augmenter leur production. Aujourd’hui il s’agit de nourrir des populations dans l’urgence, d’arrêter les maladies infantiles liées à la malnutrition, mais il faut aussi et surtout apporter une réponse concrète et pertinente à ces crises à répétition.

Denrée alimentaire au Niger - photo Programme alimentaire mondial
Justement que peut-faire ce pays pour se mettre à l’abri des famines à répétition ?

L’arrêt de la récurrence de la famine au -Niger et ailleurs en Afrique- nécessite la mise en place de programmes appropriés d’augmentation des productions agricoles. Ces programmes doivent couvrir l’accès aux technologies, l’accès aux financements et surtout le développement des infrastructures. Mais il ne faut surtout pas oublier d’associer les agriculteurs au développement de ces programmes. L’erreur qui a souvent été commise au Niger est d’exclure les paysans de tout projet lié au développement de l’agriculture, au motif qu’ils étaient analphabètes et non-instruits. Les ONG ne doivent pas toujours penser à leur place.


Mais l’extension du désert et la prolifération des sauterelles détruisent aussi les récoltes…

L’extension du désert inquiète, mais l’expérience montre que lorsque les populations s’impliquent dans la lutte contre la désertification, elles réussissent à récupérer des parcelles de terre à exploiter. Un rapport récent de l’Université d'Agronomie de Wageningen aux Pays-Bas indique que dans certaines parties désertiques du Niger, les paysans ont réussi grâce aux techniques dites de régénérations naturelles à récupérer environs 250 000 hectares par an. L’Union africaine a lancé aussi un vaste programme appelé « Mur vert » qui vise à reverdir les grands espaces du désert sahélien.

Quant aux sauterelles, elles prolifèrent dans des conditions climatiques spéciales (climat chaud et sec). La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) a lancé un programme de surveillance de nids à sauterelles. Nous sommes assez vigilants sur les invasions de ces insectes nuisibles.

Le Sahel (en rouge) - Wikicommons
Le Sahel (en rouge) - Wikicommons
Que faut-il pour entretenir les cultures sur les terres arides du Niger?

Pour une bonne production agricole, il faut certes de l’eau, mais aussi de bonnes terres, des semences performantes, il faut aussi des engrais, mais aussi et surtout des outils et des techniques agricoles adaptés. C’est tout cet ensemble qui garantit de bonnes récoltes au final.

Quelle est la somme nécessaire pour résoudre la crise alimentaire au Niger ?

Je sais qu’il faut de l’argent, mais il est difficile de dire exactement le montant. L’argent seul ne suffit pas, il faut surtout concrétiser toutes les politiques agricoles initiées dans ce pays.

Le FIDA se joint actuellement à d’autres organisations internationales pour fournir l’aide qui alimentaire. Nous avons commencé à remplir les greniers des villageois qui sont vides du fait des mauvaises récoltes. Cela va permettre aux populations d’avoir un répit, le temps que la situation s’améliore. Nous avons aussi commencé à mettre à la disposition des paysans des semences et du petit outillage agricole pour leur permettre d’accélérer la production agricole et ainsi d’avancer la date des prochaines récoltes. Nous avons par ailleurs décidé avec la Banque Mondiale de financer les dispositifs de micro irrigation des cultures, en mettant à la disposition du gouvernement du Niger un budget de 30 millions de dollars. Mais pour éviter la récurrence cyclique de la famine au Niger et dans la région du Sahel (Niger, Mali, Tchad…) nous réfléchissons profondément au changement des structures agricoles dans ces pays

Que pensez-vous de l’acquisition massive des terres arables en Afrique par des compagnies étrangères ?

La question de l’acquisition massive des terres en Afrique par des compagnies étrangères est une question cruciale. Le FIDA suggère que cette acquisition soit faite de manière inclusive, c'est-à-dire, en consultation avec les populations locales. Les programmes de productions mis en place doivent tenir compte de l’intérêt des populations locales. Un gros investisseur qui acquiert des hectares dans un pays peut par exemple servir de fournisseur de semences aux paysans, il peut aussi fournir des conseils agricoles à ces derniers. Il faut cependant s’assurer que les productions agricoles générées sur ces terres ne servent pas uniquement à l’exportation. Elles doivent contribuer à la sécurité alimentaire des populations locales.

Propos recueillis par Christelle Magnout
16 juillet 2010

Niger : la famine en chiffres

47% de la population souffre de la faim, soit environ 7 millions de Nigériens

17 à 20% d'enfants souffrent de malnutrition

Chaque jour, plus de 4 enfants meurent des suites de la malnutrition

410 000 tonnes, c'est l'estimation du déficit céréalier au Niger en cette période de famine