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Deuil national en République démocratique du Congo après un nouveau massacre à Beni

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Trois jours de deuil national ont été décrétés en République démocratique du Congo, après la mort de 42 civils le samedi 13 août à Béni (Est). Ce nouveau massacre attribué par l'armée à des rebelles musulmans ougandais suscite solidarité et colère sur les réseaux sociaux.

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Cette tuerie vient s'ajouter à une liste déjà trop longue de massacres qui ont fait plusieurs centaines de morts en moins de deux ans.

S'exprimant dans la soirée de dimanche sur une radio locale, le maire de Beni, Edmond Masumbuko, a déploré "42 personnes tuées" dans ce massacre. Le président de la société civile de Beni, Gilbert Kambale, a avancé un bilan provisoire de "46 personnes tuées et 34 maisons brûlées". Sur Twitter d'autres évoquent un bilan d'au moins 50 morts ou 70 morts selon des membres de la société civile.
 

Condoléances officielles

Les autorités ont diffusé sur les réseaux sociaux un message de condoléances adressé à la population de Beni, tout en décrétant un deuil national de trois jours à partir de ce lundi 15 août 2016, par la voix de son porte-parole Lambert Mende à la télévision publique. "Les drapeaux seront mis en berne sur toute l'étendue du pays", a-t-il dit.


Le lieutenant Mak Hazukay, porte-parole de l'armée, joint au téléphone de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, a déclaré à l'AFP que des rebelles présumés des Forces démocratiques alliées (ADF) étaient responsables du massacre de Beni.

Les rebelles musulmans ougandais opposés au président ougandais Yoweri Museveni, les ADF sont présents dans l'Est de la RDC depuis 1995. Ils sont accusés d'être les principaux auteurs des massacres qui se poursuivent dans la région de Beni depuis octobre 2014.

La nouvelle attaque a eu lieu 72 heures après une visite dans la région du président congolais Joseph Kabila, pendant laquelle il a promis de tout mettre en oeuvre pour "imposer" la paix et la sécurité.

"Il y a déjà 35 corps ramenés à la morgue de l'hôpital de Beni", a déclaré le président de la société civile de la ville de Beni. Il a indiqué que l'attaque avait eu lieu samedi entre 19h00 et 23h00 (entre 17h00 et 21h00 GMT).
 

Pour le lieutenant Hazukay, les ADF ont "contourné" les positions de l'armée congolaise "pour venir massacrer la population en guise de représailles" à des opérations militaires en cours dans la zone.

Sur Radio Okapi, le commandant des opérations Sokola 1, le général Marcel Mabangu affirme que les auteurs du nouveau massacre de Beni au Nord-Kivu ont utilisé la même tenue que portent les Forces armées de la RDC, "ces criminels ont utilisé cette stratégie pour créer la confusion  et tromper la vigilance de la population", explique-t-il. Déclaration aussitôt commentée sur Twitter.
 

Dimanche, une centaine de personnes scandant des slogans hostiles au gouvernement et au président Kabila ont manifesté à Beni.

Les manifestants portaient au moins un corps sans vie d'une des victimes de la tuerie, selon des témoins.

"Les policiers viennent de nous ravir le corps (du mort), mais nous comptons continuer à manifester", a protesté en swahili Georges Kamate, un conducteur de taxi-moto.

"Notre gouvernement est incapable de nous sécuriser", criait un autre manifestant.

Plus de 600 civils tués

"Il y a un déficit sécuritaire criant, [les autorités] ont été incapables de sécuriser la population, c'est pourquoi celle-ci est descendue dans la rue", a expliqué M. Kambale.

Selon Jackson Kasereka, militant des droits de l'Homme à Beni, les habitants des quartiers du nord de la ville "brûlent des pneus" dans la rue en signe de protestation contre la tuerie et contre les autorités.

La ville et le territoire de Beni ont été endeuillés depuis octobre 2014 par une série de massacres qui ont coûté la vie à plus de 600 civils. Le gouvernement congolais et la Monusco accusent les ADF d'être responsables de ces tueries.

Selon un récent rapport du Groupe d'étude sur le Congo de l'Université de New York, les ADF portent effectivement une part très importante de responsabilité dans ces massacres, aux côtés d'autres éléments armés, parmi lesquels des soldats de l'armée régulière.

En dépit des efforts de stabilisation déployés par la communauté internationale et les autorités congolaises, cette région reste déchirée par la violence depuis la fin de la deuxième guerre du Congo (1998-2003).

Le 8 août, onze militaires congolais et un Casque bleu ont été blessés dans le territoire de Beni lors d'un affrontement avec les ADF, selon la Mission de l'ONU en RDC (Monusco).

"Menace djihadiste" ?

Dimanche, le porte-parole du gouvernement Lambert Mende a soutenu que "la RDC a déjà eu à alerter le monde sur cette menace djihadiste" sur son territoire. La RDC "déplore que dans notre pays, les forces armées de la RDC soient seules à l'affronter dans l'indifférence de la communauté internationale", a-t-il dit.
 

"La Monusco condamne cet acte barbare commis contre les populations civiles, et réitère son soutien aux FARDC et à la PNC (l'armée et la police congolaises) pour protéger les populations civiles de Beni", a déclaré son chef Maman Sidikou dans un communiqué.

Une délégation de la Monusco se rend ce lundi à Beni pour "apporter un soutien aux autorités du pays afin de continuer la traque contre les présumés ADF", annonce le communiqué.

Depuis Bruxelles, l'opposant congolais Moïse Katumbi appelle pour sa part à la fin de l'impunité et dénonce "l'inaction des dirigeants".

La réunion de défense annoncée pour ce lundi entre le président Kabila et les ministres concernés a été reportée sine die.