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Diamants du sang : entretien avec Global Witness

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“Si les gouvernements membres du Processus de Kimberley n’agissent pas de facon concrète et immédiate au Zimbabwe, le Processus risque de perdre toute sa crédibilité.“



Global Witness est une organisation non-gouvernementale qui enquête depuis 1995 sur les liaisons souvent dangereuses entre ressources naturelles, conflits et corruption. Elle fait campagne pour que cessent la corruption et les abus des droits de l'homme dans l'exploitation des ressources naturelles. Global Witness a notamment contribué à établir le Processus de Kimberley (voir encadré) et l'Initiative de Transparence dans les Industries d'Extraction. Son travail de lobbying sur "les diamants de conflits" lui a valu d'être nommée pour le Prix Nobel en 2003.


5 Questions à Elly Harrowell, chargée du Projet sur les diamants, Global Witness

1 - Que savez-vous de l'extraction de diamants au Zimbabwe et particulièrement dans la région de Marange ?

L’extraction et le commerce des diamants au Zimbabwe font face actuellement à trois grands problèmes. Premièrement, les atteintes graves et systématiques aux droits des personnes dans les champs diamantifères du Marange. Le rapport récent de Human Rights Watch contient des preuves très claires à cet égard. Deuxièmement, la militarisation des mines: l’armée contrôle l’extraction des diamants au Marange pour son propre profit, ce qui est extrêmement troublant. Enfin, il y a la question de l’ampleur du commerce illicite des diamants zimbabwéens, que l'on trouve même en Afrique de l’Ouest.

2- Pourquoi est-il important que le Processus de Kimberley agisse dans ce dossier ?

Si les gouvernements qui font partie du Processus de Kimberley (PK) n’agissent pas de façon concrète et immédiate à propos du Zimbabwe, le PK risque de perdre toute sa crédibilité. Le PK a été établi pour apporter l'assurance aux consommateurs que les diamants sont "propres". Or dans le Marange, où les diamants sont produits, la population est victime d’atteintes graves aux droits de l'Homme.

Fin juin, le PK a envoyé sur le terrain une équipe chargée d’étudier l’application du Processus de Kimberley. Cette équipe doit préparer un rapport et formuler des recommandations pour améliorer la situation au Zimbabwe. Ceci dit, il existe un véritable risque que le gouvernement zimbabwéen n’accorde pas l’accès à l’équipe, et aux personnes dont elle a besoin, pour écrire un rapport soigné et transparent.

3- Qu'attendez vous exactement du Processus de Kimberley ?

Le PK dispose de tous les outils nécessaires pour régler la situation au Zimbabwe, mais il faut tout d’abord qu’il y ait une volonté politique de la part des gouvernements membres d’agir sur cette question. Muni d’une véritable volonté politique, le PK pourrait d'abord suspendre le Zimbabwe du Processus jusqu’à ce que les autorités fournissent des garanties sur le respect des droits de la personne et sur la démilitarisation des mines de Marange. Ceci est extrêmement important. Il faut également travailler avec les pays voisins pour faire cesser le commerce illicite des diamants. Le risque, c'est que ces diamants entrent dans les circuits internationaux.

4- Le Processus de Kimberley a-t-il l'autorité suffisante pour imposer ses recommandations ?

Oui, mais seulement si les gouvernements membres du PK sont prêts à utiliser tous les outils dont ils disposent, c’est à dire suspendre le Zimbabwe du Processus de Kimberley. S'ils ne sont pas prêts à aller jusque-là, il est peu probable que le PK puisse imposer sa volonté au Zimbabwe.

5- Quelles autres mesures préconisez-vous pour faire cesser les violations des droits de l'homme ?

C'est une question très large, plus large que le mandat du Processus de Kimberley, qui s’applique strictement à l’exploitation et au commerce des diamants. Concernant les abus des droits de la personne dans le secteur diamantifère, les pays membres du PK doivent travailler avec l’industrie et la société civile pour mettre fin à ces abus, une fois pour toutes. En outre,le gouvernement zimbabwéen doit entreprendre un dialogue ouvert et franc avec le PK. Nier la réalité de la situation ne fait que nuire à sa crédibilité déjà très fragile à ce sujet.

Propos recueillis par S.G.
2 juillet 2009