Diamants du sang : le Zimbabwe en accusation

Les ventes aux enchères de diamants de Marange ont repris ce 10 août 2010. Les pays membres du processus de Kimberley ont estimé que le Zimbabwe avait fait des progrès en matière de droits de l'homme dans les mines.

Le gouvernement de Robert Mugabe avait jusqu'à juin 2010, pour se mettre en conformité avec le système de certification qui vise à éliminer du marché les diamants de la guerre.

Plusieurs ONG, dont Global Witness, accusent les militaires basés dans cette région de l'est du Zimbabwe de recourir au travail forcé des populations pour extraire les pierres précieuses.

dans

SOMMAIRE DU DOSSIER


Human Right Watch : le rapport qui accuse

Entretien avec Jean-Marie Fardeau


“Si les gouvernements membres du Processus de Kimberley n’agissent pas de facon concrète et immédiate au Zimbabwe, le Processus risque de perdre toute sa crédibilité.“

L'analyse de Global Witness


Les champs diamantifères de Marange

L'essentiel : cartes et chiffres-clés



Dossier préparé par Sophie Golstein - Juillet 2009


La position du Zimbabwe

Circulez, il n'y a rien à voir. C'est en substance le message des autorités zimbabwéennes.
Elles réfutent les accusations de violations des droits de l'Homme à l'encontre des chercheurs de diamants de la région de Marange.

"Contrairement aux allégations des médias, les forces de sécurité n'ont tué personne lors de l'opération menée à Marange", affirmait le 24 juin dernier le vice-ministre zimbabwéen des Mines. Devant les pays producteurs de diamants réunis en Namibie pour examiner les avancées du Processus de Kimberley, il explique: "le gouvernement (a été forcé) à mener une opération spéciale pour débusquer les mineurs illégaux - quelques 30 000 personnes - et ramener l'ordre dans la région".

Par ailleurs, Harare estime qu'il n'y a pas lieu de parler de "diamants de guerre": "Il n'y a pas de conflit armé ni aucune implication d'une armée ou d'un mouvement rebelle au Zimbabwe. Donc, les diamants des champs de Marange ne tombent pas dans la définition des "diamants de guerre" donnée par le processus de Kimberley" (secrétaire aux Mines, Thankful Musukutwa)

Un élargissement de la définition des diamants de guerre, c'est précisement ce que demandent les ONG telles que Human Rights Watch et Global Witness (voir interviews).

30 ans de régime Mugabe ont plongé le pays dans une faillite économique et humanitaire. En février 2009, au terme d'un an de bataille politique, le MDC de Morgan Tsvangirai et le Zanu-PF du président sont parvenus à s'entendre sur la formation d'un gouvernement d'union nationale. Les rivalités restent très fortes entre les deux camps. Le portefeuille des Mines reste dans les mains du ZANU-PF. Le 1er ministre, Morgan Tsvangirai, n'a fait aucune déclaration jusqu'à présent sur le dossier des diamants.


Le Processus de Kimberley et les diamants de “conflits“

C'est une structure de coopération internationale, créée en 2003 à Kimberley (Namibie) pour moraliser le commerce des diamants.
Le 30 avril 2003, 43 pays signent un traité visant à supprimer le trafic mondial de diamants dits "de conflits", connu aussi sous le terme "diamants de sang". Or, le système de surveillance reste défaillant, notamment au Zimbabwe. Un constat dressé à l'issue de la 6ème session du Processus (26 juin 2009) à Windhoek en Namibie. C'est la conséquence directe des conflits d'intérêt et des divergences entre parties prenantes. Les ONG font pression pour inclure le respect des droits de l'homme dans les zones minières. Les milieux diamantifères considèrent que c'est une perte de temps.
Plus de 99 % de la production mondiale de diamants provient de pays en paix contre 15 à 16 % dans les années quatre-vingt-dix (source: Onu)