Ebola : nouvelle mesure prise en France pour rassurer ?

Un membre de Médecins sans frontières à Conakry en Guinée le 28 juin 2014 ©AFP
Un membre de Médecins sans frontières à Conakry en Guinée le 28 juin 2014 ©AFP

Les passagers arrivant en France par un vol direct de Conakry se verront prendre leur température. Mesure efficace ou surtout rassurante pour une population occidentale de plus en plus inquiète ? Dans l’Hexagone comme ailleurs en Europe ou aux Etats-Unis, une peur, parfois irrationnelle, grandit.

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Une mesure de « sécurité supplémentaire »  vient d'être prise par l'Etat français pour dépister des cas éventuels d’Ebola. Elle entre en application dès ce samedi 18 octobre.

Dès la sortie d’avion des passagers en provenance de Conakry, une équipe médicale de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, près de Paris, prendra leur température frontale à distance. « En dessous de 38, on laisse partir les gens. Au-dessus de 38, la personne est isolée et prise en charge », explique à l’AFP le docteur Philippe Bargain, à la tête du service médical d’urgence de cet aéroport parisien.

Les autres passagers du vol recevront un questionnaire de traçabilité qui permettra de les recontacter plus facilement ultérieurement en cas de besoin.

Cette nouvelle mesure promue en grande pompe, ce vendredi 18 octobre à Roissy, par la ministre de la Santé Marisol Touraine ne concerne en réalité qu’un seul vol : celui d’Air France reliant directement Conakry en Guinée à Paris.

Les vols provenant également de Conakry mais d’autres compagnies et ceux avec correspondances ne sont pas concernés par ces contrôles... pour l'instant. Ce dépistage est loin d'être infaillible car les passagers qui ne présenteront pas les symptômes à ce contrôle pourront les développer une fois sur le territoire.

La mise en place de cette nouvelle sécurité peut-elle alors être réellement efficace pour limiter la propagation de l’épidémie ou sert-elle davantage à contenir la « psychose » - comme se plaisent à l’appeler les médias - qui gagne les pays occidentaux ?

Capture d'écran de l'infographie réalisée par The Washington Post
Capture d'écran de l'infographie réalisée par The Washington Post
Loin du virus

Une infirmière souffrant d’une « fièvre suspecte » en France, un passager à Dubaï venant du Liberia mis en quarantaine présentant des symptômes « suspects », des écoles fermées aux États-Unis dans l’Ohio et au Texas par crainte d’une contamination d’élèves, …

Autant d’exemples qui témoignent de l’inquiétude grandissante qui se répand dans les pays occidentaux et qui souvent s’avère être souvent de fausses alertes.  « On dit qu’il y a en Afrique une peur irraisonnée, mais c’est la même chose chez nous », raconte à l’Agence France Presse, la journaliste de France télévisions Élise Menand, de retour du Liberia. Le pays compte le plus grand nombre de victimes. Les journalistes sont les premiers à faire face à cette peur grandissante, dès leur retour dans les rédactions.

Face à cette vague anxiogène qui enfle davantage ces derniers jours, le président américain Barack Obama a voulu calmer les esprits en déclarant jeudi 16 octobre : « Je veux que tout le monde comprenne que c'est une maladie très difficile à attraper ».

Il y a quelques jours nous publiions un article sur les contrevérités autour d’Ebola. Le virus ne se transmet pas par l’air mais par contact direct entre une personne et les fluides d’un malade (sueur, sang, sperme, urine, selle, vomissement, …). Toutes les précisions sont apportées sur un site internet ouvert spécialement par le ministère de la Santé français ainsi que sur le site de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Le quotidien américain The Washington Post s’est également voulu rassurant, et surtout pragmatique, pour relativiser l'ampleur de cette épidémie qui touche désormais les États-Unis.

Dans une infographie publiée sur son site internet, on voit des petits bonhommes gris, qui représentent les plus de 310 millions d’Américains. Une masse dans laquelle se perdent seulement trois personnages en rouge, indiquant le malade Thomas Eric Duncan décédé début octobre et les deux infirmières infectées ensuite. Le Washington Post glisse ce message à l’attention de ses lecteurs : « Pendant que vous regarder (cette infographie, ndlr) rappelez vous que vous êtes l’un de ces petits Américains en gris. En pleine santé et très certainement loin du virus. » A bon entendeur...



Une équipe espagnole prend en charge l'infirmière contaminée ©AFP
Une équipe espagnole prend en charge l'infirmière contaminée ©AFP
Peur légitime ?

Cette peur du virus qui grandit reste cependant « légitime » même si la situation est « a priori maîtrisable dans des pays à haut niveau d'hygiène », explique le médecin William Dab interviewé par lemonde.fr, titulaire de la chaire d'hygiène et sécurité du Conservatoire national des arts et métiers.

Ce qui a suscité cette peur chez les gens, selon lui, c’est le constat du manque de préparation des équipes médicales occidentales pour gérer correctement les contaminations auxquelles elles font face. Les cas des deux infirmières américaines et de l’Espagnole ont entraîné une perte de confiance de la population. Un climat propice à des réactions parfois extrêmes énumérées plus haut dans cet article et qui vont jusqu’aux parents refusant d’envoyer leurs enfants à l’école parce qu’ils côtoient d’autres enfants africains dans leur classe.

Ces derniers jours, les autorités sanitaires et les pays hors d’Afrique tentent donc de garder leur crédibilité en multipliant les messages de précaution, les plateformes téléphoniques ou sites internet de conseils, ainsi  qu'en débloquant des aides plus importantes envers les pays d’Afrique de l’Ouest durement touchés par l’épidémie.

Selon le dernier bilan publié par l’OMS le 14 octobre, 9 216 cas d’Ebola confirmés, soupçonnés ou probables ont été enregistrés dans sept pays (Liberia, Sierra Leone, Guinée, Nigeria, Sénégal, Espagne et États-Unis) dont 4 555 décès.