Ebola : où en est l'épidémie ?

Des membres de MSF dans leur centre de Monrovia au Libéria. Flickr/cc
Des membres de MSF dans leur centre de Monrovia au Libéria. Flickr/cc

Le Mali s’est officiellement débarrassé de l’épidémie Ebola ont déclaré le ministre malien de la Santé et le chef de la mission de l’ONU pour la lutte contre Ebola. En Guinée, en Sierra Leone et au Libéria, les trois pays les plus touchés par le virus, le nombre de nouveaux malades est en baisse. Pour autant, la lutte se poursuit. 

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Aucun malade recensé depuis le 6 décembre dernier au Mali. C’est dans ce contexte que le ministre malien de la Santé, Ousmane Koné et le Dr Ibrahim Socé Fall, chef de la Mission des Nations unies pour la lutte contre Ebola (UNMEER), ont annoncé la fin de l’épidémie dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. « Conformément aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en la matière, la propagation” d’Ebola dans un pays “peut être déclaré terminée lorsque 42 jours se sont écoulés sans qu’aucun nouveau cas ne soit enregistré », a expliqué le docteur Fall.  
 
Dernier pays touché par Ebola, le Mali a « commencé à travailler très tôt » sur la mise en place d’un plan pour prévenir et lutter contre cette maladie. Le docteur Fall se souvient : « nous avons eu l'information sur l'épidémie en Guinée le samedi 22 mars. Le 23 mars, les équipes de l'OMS, le ministère de la Santé et moi-même, nous nous sommes réunis pour identifier les actions prioritaires pour faire face à cette menace. Le lendemain, nous avons eu la première réunion interministérielle, avec la présence de 12 ministres, pour nous accorder sur les actions intersectorielles qu'il fallait mener ». Au delà des aspects techniques, la population malienne a été d’une grande aide pour les équipes sur place. Elle a rapidement « adopté les mesures de prévention. Tous les segments de la société (religieux, groupements de femmes, élus locaux..) se sont engagés », assure le chef de l’UNMEER. 
Capture d'écran du site de l'OMS
Capture d'écran du site de l'OMS

Guinée, Libéria, Sierra Leone 
 
Chez les voisins du Mali, et notamment en Guinée, en Sierra-Léone et au Liberia, qui comptent environ 99 % des plus de 8 500 morts causées par le virus, la situation s’améliore également. « On constate une baisse du nombre des nouvelles infections. Cela montre que les efforts qui ont été fournis, les mesures qui ont été mises en place depuis quelques mois portent leurs fruits », souligne Tarik Jasarvic, porte-parole de l’OMS à Genève. Il ajoute : « les trois pays ont une bonne capacité de prise en charge et de diagnostics grâce aux laboratoires. Ils possèdent également assez d’équipes pour les enterrements sécurisés » de personnes infectées par Ebola. 
 
En Guinée, d’où est partie l’épidémie, 42 nouveaux cas ont été détectés dans la semaine du 15 janvier, selon l'OMS. Ces chiffres sont à leurs plus bas niveau depuis août dernier. Les écoles ont même réouvert lundi après quatre mois de retard sur le calendrier. Mais annoncée le 14 janvier dernier, la rentrée a pris de court de nombreux élève. Ils n’ont souvent pas eu le temps d’acheter les fournitures ou bien de rejoindre leur zone d’affectation. En Guinée, sur les 2 817 cas recensés, 1 821 personnes sont décédées. 
 
Au Libéria, les nouveaux cas d'Ebola sont "peu nombreux" et ont retrouvé leur niveau de juin 2014. Seuls huit nouveaux cas ont été signalés dans la semaine du 11 janvier. En août ou en septembre, la moyenne était de plus de 300 nouveaux cas par semaine. La perspective est donc positive, c'est pourquoi les écoles fermées depuis fin juillet 2014 devraient réouvrir le 2 février prochain. Le Libéria est le pays qui compte le plus de morts : 3 556 sur les 8 362 cas recensés. 
 
La Sierra Leone, elle, n'a pas encore fixé de date pour la rentrée. Si le nombre de malades est en baisse dans le pays, l'Ouest et la capitale Freetown sont encore des foyers de l'épidémie. La Sierra Leone recense 3 067 morts infectés par Ebola. Elle a été le pays le plus lourdement touché par cette épidémie avec 10 150 cas enregistrés. 
 
 

La lutte continue  
 
Malgré ces résultats positifs, Tarik Jasarvic préfère mettre en garde : «même si les chiffres baissent en ce moment, cela ne veut absolument pas dire qu'ils ne peuvent pas rebondir. Il suffit d'un enterrement non sécurisé » pour que la transmission se fasse. Un infirmier de la Croix-Rouge sierra-léonaise est encore décédé dans la semaine du 15 janvier dans la province de Kenema (est), où aucun nouveau cas n'avait été signalé depuis 37 jours, a appris l'AFP. Tarik Jasarvic ajoute : « il faut arriver à zéro cas en rompant toutes les chaînes de transmission. Donc la lutte continue ».  
 
Un constat partagé par le docteur Fall qui participe actuellement à la surveillance active au Mali. « Tant que l'épidémie ne sera pas terminée dans les autres pays, le risque persiste au Mali, explique le docteur Fall. Il ne faut pas oublier que nous avons 858 km de frontières avec la Guinée ». La priorité pour le moment est donc de « maintenir le niveau d'engagement et de renforcer le système de santé à tous les niveaux pour qu'il soit plus fort face à ce genre de risque », affirme-t-il.
 
En Guinée, les autorités médicales font face à des problèmes de résistance de la population concernant les mesures d’hygiène notamment. « Dans les lieux de rencontre des jeunes, communément appelés "Grin", on se passe volontiers le verre pour boire le thé, ou encore appelé Ataya en discutant de tout et de rien », rapporte BBC Afrique. De nombreux Guinéens pensent toujours que la gravité de l’épidémie est très amplifiée par les Occidentaux et qu’il ne faut pas avoir peur. Cette attitude est « très inquiétante et nous devons travailler pour remédier à ces problèmes », juge le docteur Fall. Le 17 janvier, le président guinéen Alpha Condé a d'ailleurs menacé d'arrestations ceux qui restent récalcitrants à la lutte contre Ebola, en dépit des campagnes de prévention et de sensibilisation. Les autorités administratives sont donc désormais autorisées à avoir recours à la gendarmerie et la police si des personnes refusent d'être soignées. Une collaboration des populations est en effet indispensable pour que le virus Ebola soit totalement éradiqué du continent africain.