Ebola s'invite au pèlerinage de La Mecque

La Mecque © AFP
La Mecque © AFP

Alors que le grand pèlerinage de la Mecque doit débuter le 3 octobre prochain, l’Arabie saoudite a pris des mesures strictes pour se protéger du virus Ebola. Dès leur arrivée à l'aéroport, les pèlerins doivent passer plusieurs étapes médicales, notamment ceux en provenance d'Afrique de l'Ouest. Chaque année, environ 2 millions de personnes effectuent le Hadj, cinquième pilier de l'Islam. 

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A peine posé sur le tarmac de l’aéroport, chaque avion en provenance d’un pays étranger est aussitôt inspecté par une équipe de médecins. Vêtus de l’équipement de protection en vigueur (blouse, charlotte, masque, gants, sur-chaussure), les professionnels de santé contrôlent d’abord le cockpit. Le pilote doit montrer son certificat médical. Puis c’est au tour des passagers qui, eux, doivent présenter leurs certificats de vaccination et remplir un formulaire médical (ou carte de dépistage). "Nous collaborons avec le personnel aérien et les compagnies aériennes pour qu'elles nous indiquent lorsqu'un passager est suspecté d'avoir le virus", explique Ranna Sidani, porte-parole de l'OMS région Méditerranée orientale.
Une fois descendus de l’appareil, les pèlerins venus effectuer le Hajj ou grand pèlerinage (cinquième pilier de l'Islam) doivent suivre plusieurs étapes dont deux principales: le passage par un sas doté d’une caméra thermique qui permet de dépister instantanément les personnes ayant de la fièvre et la prise de médicaments de prévention. 

L'OMS travaille en étroite collaboration avec le ministère saoudien de la Santé. "Sur nos conseils, le ministère a fait installé des chambres d'isolation dans tous les points d'entrée : terrestre, maritime ou aérien. Le personnel médical dans les aéroports et les hôpitaux a également été augmenté", affirme Rana Sidani. Au moindre doute concernant l'état de santé d'un passager, celui-ci est automatiquement transféré dans un hôpital de la ville de Djeddah. Le ministère saoudien de la Santé a d'ailleurs élaboré une liste de recommandations pour la prise en charge des personnes suspectées d'être infectées et celle dont le cas est confirmé.  

Les ambassades et consulats à l’étranger jouent également un rôle majeur dans ce processus de sécurité. Ils doivent notamment s’assurer qu’aucune personne entrant en Arabie saoudite n’a voyagé ou vécu dans un pays touché par le virus Ebola au cours des trois dernières semaines. Le ministère de la Santé a également déconseillé aux femmes enceintes, aux personnes âgées et à celles qui souffrent de maladies chroniques de participer au Hadj cette année.

Un pèlerin nigérian téléphone, assis sur le parvis de la Mecque, en février 2001 © AFP
Un pèlerin nigérian téléphone, assis sur le parvis de la Mecque, en février 2001 © AFP
Lieux de pèlerinage 

Ces mesures de sécurité sont évidemment aussi strictes sur les lieux de pèlerinage. 2 millions de personnes sont attendues pour le Hadj et elles vont toutes vivre ensemble durant plusieurs jours. Ainsi, "tous les 200 mètres, un point de consultation est installé, explique Rana Sidani. Et à chaque étape du Hajj, un hôpital est présent". Le personnel de santé est donc renforcé, comme la formation des médecins."L'OMS a formé les médecins saoudiens à la reconnaissance des symptômes du virus Ebola. Il était important qu'ils acquièrent des compétences concernant cette maladie", souligne la porte-parole de l'OMS.  

Près des lieux de rituels, "des voitures munies de hauts parleurs sillonnent les allées en diffusant des règles d'hygiène et des conseils de santé en 15 langues. Des flyers sont également distribués aux pèlerins pour leur rappeler des gestes essentiels de propreté",note Rana Sidani. 


Menace venue d'Afrique de l'Ouest 

Ce sont les passagers en provenance d’Afrique de l’Ouest qui sont les plus surveillés : c’est dans cette région du monde que l’épidémie Ebola sévit. Les ressortissants de la Guinée, du Libéria et de la Sierra-Léone ont ainsi été interdits de pèlerinage cette année. Une mesure apparemment bien acceptée par la Guinée où 85 % de la population est musulmane. « Il y aura inévitablement des déçus car c’est un moment important dans la vie d’un musulman », confie à Jeune Afrique, Koutoub Moustapha Sano, ministre guinéen de la Coopération internationale. Mais « la population comprend qu’il serait égoïste de mettre en danger la santé de millions de pèlerins », assure-t-il. Le ministre espère que le quota de pèlerins guinéens sera augmenté l’an prochain. 

Le Nigeria est le seul pays affecté de la région à avoir reçu l’autorisation d’envoyer des ressortissants faire le Hadj. "Selon l'évaluation du ministère saoudien de la Santé, le risque avec les pèlerins nigérians est moindre. Les autorités saoudiennes et nigérianes sont en communication permanente, sur les conseils de l'OMS", assure Rana Sidani. Cependant, avant leur départ du Nigeria, les voyageurs doivent remplir un formulaire et sont examinés à l'aéroport. "Une fois arrivés en Arabie Saoudite, c'est le même procédé. Un point d'arrivage est réservé aux passagers venant d'Afrique de l'Ouest", ajoute-t-elle. 35 000 Nigérians seraient déjà arrivés sur le territoire saoudien, selon l'AFP, et autant s’y rendront dans les prochains jours. 

Mesures de précautions conseillées par le ministère saoudien de la Santé pour prévenir d'Ebola et des autres maladies. Capture d'écran
Mesures de précautions conseillées par le ministère saoudien de la Santé pour prévenir d'Ebola et des autres maladies. Capture d'écran

Les autorités saoudiennes doivent également faire face au coronavirus : le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) qui sévit dans le pays. Lors du petit pèlerinage, l'omra, en juin dernier, de nombreuses précautions avaient déjà été prises. Les autorités locales avaient notamment distribué des dépliants détaillant des conseils d'hygiène et des mesures de prévention. En 2013, les craintes du coronavirus accompagnées de travaux d'agrandissement des lieux saints de La Mecque avaient eu des conséquences sur les quotas de pèlerins. En effet, le nombre de fidèles venant de l'étranger avait réduit de 20 % et celui de pèlerins en provenance de l'intérieur de l'Arabie saoudite avait baissé de 50 %.