Afrique

Ebola : un vaccin pour 2015 ?

En Somalie, un enfant se fait vacciner contre la polio. Cc
En Somalie, un enfant se fait vacciner contre la polio. Cc

L’épidémie Ebola continue à faire des milliers de victimes malgré la guérison de plusieurs patients dans le monde. Face à ce virus, des laboratoires s’attellent à la création d'un vaccin expérimental. Des centaines de milliers de flacons en Afrique sont prévus au 1er semestre 2015, selon l'OMS.   

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L'Organisation Mondiale de la Santé a annoncé, vendredi 24 octobre, que des centaines de milliers de vaccins devraient être disponibles en Afrique au 1er semestre 2015. « L’OMS a estimé que deux vaccins en particulier sont prometteurs puisqu'ils ont passé les premiers tests sur des primates avec succès », affirme Fadéla Chaib, directrice de la communication de l’Organisation Mondiale de la Santé. Désormais, ils doivent être testés sur des humains.

Deux laboratoires sont déjà bien avancés dans la recherche de vaccin contre Ebola : la société britannique GlaxoSmithKline (GSK) a créé le vaccin cAd3-ZEBOV. Depuis le mois de septembre, il est testé sur des humains aux Etats-Unis (sur 20 adultes sains) et au Royaume-Uni (sur 60 volontaires sains) pour étudier son innocuité. Des phases expérimentales sont également prévues au Mali et en Gambie (40 personnes par pays). GSK devrait disposer de 10 000 doses de ce vaccin début 2015, selon l’OMS. La société espère « produire 20 000 doses d’ici la fin de l’année et être en mesure de démarrer une production industrielle », peut-on lire dans le Courrier International.
De fait, « il faudrait de 30 à 40 millions de doses pour couvrir les risques encourus par les populations d’Afrique de l’Ouest », estime Ira Longini, statisticien à l’université de Floride, interrogé par Courrier International. Selon le magazine Science, environ 25 millions de dollars seraient nécessaires pour effectuer les essais cliniques de GSK. 

De son côté l’Agence de la santé publique du Canada à Winnipeg a développé le vaccin rVSV-ZEBOV, dont la licence de commercialisation est détenue par la société américaine NewLink Genetics. Le début d’un essai clinique phase 1 (sur des volontaires sains) est prévu en octobre aux Etats-Unis, selon l’OMS. 

Le gouvernement canadien a également envoyé environ 1000 flacons de son vaccin expérimental aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) pour qu’ils soient testés sur des personnes adultes, saines et volontaires. Lors de cette expérimentation, les hôpitaux détermineront également quelle est la bonne dose à injecter à un patient pour une immunité. Le résultat des tests sera « probablement connu en décembre. Si les essais sont bons, une petite production de ces vaccins sera acheminée en Afrique de l'Ouest », assure Fadéla Chaib. Mais « tant que nous n'avons pas tous les résultats et toutes les informations, il n'est pas question de faire une vaccination de masse », assure-t-elle. 
Les laboratoires pharmaceutiques du monde entier développent des vaccins contre Ebola pour prévenir la maladie. Cc
Les laboratoires pharmaceutiques du monde entier développent des vaccins contre Ebola pour prévenir la maladie. Cc

Un marché potentiel 

L’Afrique de l’Ouest est, en effet, le premier foyer épidémique dans le monde. Si un vaccin contre Ebola se révèle efficace, il pourrait donc être utilisé sur des personnes en bonne santé dans cette zone infectée : la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria sont les pays les plus touchés. Mais l’OMS devra d’abord travailler avec les pays concernés et d’autres partenaires pour savoir qui doit bénéficier de ce vaccin en premier. 

« L'OMS pense que les personnes qui sont confrontées à Ebola tous les jours devraient être les premières à le recevoir. Cela reste un vaccin expérimental et préventif. Ce sera pour les travailleurs de la santé, ceux qui enterrent les morts et les proches des malades », souligne Fadéla Chaib. Pas question donc pour le moment de penser à introduire le vaccin dans des pays qui n'ont pas détecté de cas d'Ebola malgré la psychose qui enfle en France ou aux Etats-Unis par exemple. 

D’après l’OMS, la société britannique GSK ainsi que le laboratoire national de microbiologie canadien ont tous deux des « capacités importantes de production du vaccin ». Un critère que l’OMS a évidemment pris en compte. 

Dans une interview donnée à RFI en août dernier, Jean-Marie Okwo Bélé, directeur du département des vaccins et immunisation de l’OMS, évoquait la perspective de commercialisation de ces vaccins. « Nous pensons que si on commence au mois de septembre, vers la fin de l’année, on peut déjà passer à la phase 2. Et peut-être comme il s’agit d’urgence ici, on peut mettre en place des processus d’urgence (…) pour que, dans le courant de l’année 2015, on puisse disposer d’un vaccin que l’on peut utiliser ». Une information confirmée par Fadéla Chaib : « Si tout se passe bien, il est possible que le vaccin soit utilisable d’ici l’année prochaine ».
Le virus Ebola au microscope. Cc
Le virus Ebola au microscope. Cc

Moyens financiers 

Mais les pays africains, principaux concernés par le besoin en vaccins, auront-ils les moyens d’en acheter ? « Certainement pas », assure Michel Georget, biologiste et auteur du livre L’apport des vaccinations à la santé publique : la réalité derrière le mythe. Il explique qu’il y a vingt ans,  « la vaccination complète d'un enfant coûtait entre 20 et 45 $.  De tous les pays d’Afrique francophone, seul le Gabon, pays riche et peu peuplé, consacrait une somme de cet ordre pour la santé de chaque habitant. Beaucoup de pays ne disposaient que de 1 à 5 $ pour la santé de chaque habitant. Je ne pense pas que les choses aient beaucoup changé ni qu'elles soient meilleures dans les pays anglophones. Parmi eux seul le Nigeria, riche mais aussi très peuplé, peut peut-être se payer ce luxe ». 
 
A l’inverse, Fadéla Chaib de l’OMS est plus optimiste. Elle pense que « face à l'ampleur de l'épidémie, un élan de solidarité de la communauté internationale va se mettre en place ». 
En Afrique, le virus Ebola a tué plus 4000 personnes. Cc
En Afrique, le virus Ebola a tué plus 4000 personnes. Cc

Rapidité 

Les laboratoires pharmaceutiques ont bien compris qu'il fallait répondre à cette urgence et accélèrent les étapes qui précèdent la commercialisation des vaccins. En moyenne, la phase test d’un vaccin est entre 5 et 10 ans. Pour ce qui est de la dengue, « cela fait 20 ans que l’on travaille dessus », précise Alain Bernal, directeur de la communication de Sanofi-Pasteur. Il ajoute que dans le cas d’Ebola, il « est difficile de respecter les étapes de test, d’autant plus, qu’à l’origine, c’était une maladie sporadique ». Il constate qu’aujourd’hui les laboratoires n’ont pas d’autres choix puisqu’il y a urgence : « il faut rapidement passer de la phase animale à la phase grandeur réelle (sur des humains, ndlr) ». 

Pour Michel Georget, biologiste et auteur du livre L’apport des vaccinations à la santé publique : la réalité derrière le mythe, la rapidité avec laquelle les laboratoires tentent d’élaborer un vaccin est « complètement irréaliste. Les industriels disent généralement qu'il faut 10 ans pour mettre au point un vaccin. En agissant dans la précipitation on prendra les gens pour des cobayes et ce ne sera pas la première fois ». Du côté de l’OMS, on se veut rassurant même si on ne nie pas l’accélération volontaire des étapes test du vaccin. « Il est vrai que créer et produire un vaccin prend des années. Mais là, nous sommes dans des conditions exceptionnelles avec une épidémie jamais égalée, explique la directrice de la communication Fadéla Chaib. Cela ne veut pas dire que nous allons compromettre toute la rigueur scientifique pour créer un vaccin viable. Ce qui a été raccourci, ce sont les délais de discussion ou de recherche de financement. Nous n'allons certainement pas bâcler la production d'un vaccin sous prétexte que le temps est contre nous. Nous avons compressé ce qui était possible de compresser mais certaines étapes scientifiques ne peuvent être réduites ». 

La recherche et la potentielle production sont financés par « les pays donateurs traditionnels que sont les Etats-Unis, le France, la Grande-Bretagne et les pays nordiques, ainsi que par certaines fondations », note Fadéla Chaib. 


Nouveaux vaccins ?  

La Russie s'est, elle aussi, lancée dans la course au vaccin. La ministre russe de la Santé, Veronika Skvortsova, a assuré que le pays pourra fournir trois vaccins contre le virus Ebola d'ici à six mois selon l'OMS. "L'un est déjà prêt pour un essai clinique", a déclaré la ministre en précisant que l'un d'entre eux avait été créé à partir d'une souche inactive du virus. Le groupe pharmaceutique Johnson & Johnson a lui annoncé avoir dégagé 200 millions de dollars pour accélérer la production d'un vaccin contre Ebola en cours de développement par sa filiale Janssen Pharmaceuticals Companies. Le laboratoire prévoit de produire plus d'un million de flacons en 2015. 250 000 doses sont attendues en mai pour des essais cliniques a indiqué la maison mère dans un communiqué. La compagnie travaille en étroite collaboration avec l'OMS et et l'Institut national des allergies et maladies infectieuses américain. 

L'épidémie a fait plus de 4 500 morts, essentiellement en Afrique selon le dernier bilan de l'OMS. Lors d'une conférence de presse dans les locaux de l'organisation à Genève mardi 21 octobre, traitements et vaccins contre le virus ont été évoqués. A ce jour, les recherches ont abouti à la création de sérums et de vaccins expérimentaux ainsi qu'à des produits à base de sang. Mais pour le moment, aucune de ces solutions n'est prête à être commercialisée.