Egypte : fin de la diplomatie américaine ?

Les chefs des diplomaties américaine et européenne, John Kerry et Catherine Ashton,
Les chefs des diplomaties américaine et européenne, John Kerry et Catherine Ashton,

"Les États-Unis annulent leurs prochaines manœuvres militaires avec l’Égypte," déclarait jeudi 15 août le président Obama. Mais aujourd'hui, quel est le véritable poids de la diplomatie américaine en Égypte, et dans l'ensemble du Moyen-Orient ? Éléments de réponse avec Olivier Guitta, directeur de recherche à la Henry Jackson Society.

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Comment sont perçus les États-Unis aujourd'hui en Égypte ?

Le général Al-Cissi se moque d'eux et la rue les considère comme des terroristes. On voit même des drapeaux "Américains terroristes", car les Égyptiens ont gardé cette image des Américains soutenant les Frères musulmans. De leur côté, les Frères musulmans considèrent que les États-Unis les ont trahis en déclarant que le coup d’État du 3 juillet n'en était pas un.


Et si les États-Unis suppriment leur aide financière à l’Égypte ?

Aux termes des accords de paix signés à Camp David entre Israël et l’Égypte, en 1979, les États-Unis versent chaque année à l’Égypte une aide de 1,3 milliard de dollars - l'accord tacite étant que l’Égypte évite tout affrontement avec Israël. Or depuis le 3 juillet et l'arrivée de Al-Cissi au pouvoir, le Koweït, l'Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis ont donné 12 milliards de dollars à l’Égypte. Et si jamais les États-Unis supprimaient leur aide de 1,3 milliard de dollars, l'Arabie Saoudite s'est engagée à compenser en versant 1,3 milliard de dollars supplémentaires. La réalité, c'est que les États-Unis ne comptent plus pour l’Égypte. Le seul pays qui a de l'influence aujourd'hui, c'est l'Arabie Saoudite.

Le silence de l'Arabie Saoudite : “Qui ne dit mot consent“

15.08.2013Avec Olivier Guitta, au téléphone dans le journal de TV5Monde
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Alors que peuvent faire les États-Unis ?

La seule chose en leur pouvoir maintenant serait de faire pression sur l'Arabie Saoudite, le pays qui va décider de l'avenir de l’Égypte. La pression des États-Unis sur l'Arabie Saoudite pourrait passer par le pétrole, comme ces cinquante dernières années... Reste à savoir si Obama a un véritable pouvoir sur le roi Abdullah pour lui demander de calmer le jeu. Car rien n'est moins sûr. Ces derniers jours, on s'est aperçu que la diplomatie américaine n'a plus aucun pouvoir au Moyen-Orient. C'est la fin d'une époque : désormais, le Moyen-Orient est aux mains de ses voisins du Golfe.


Que se passe-t-il entre les Émirats arabes unis, le Qatar et l'Arabie saoudite ?

L’Égypte est le terrain où est en train de se jouer une guerre larvée entre le Qatar et l'Arabie Saoudite. Le Qatar, qui soutient les Frères musulmans partout dans le monde, avait donné 8 milliards de dollars au gouvernement de Morsi. Or les Emiratis et les Saoudiens ont une haine viscérale des Frères musulmans. Au-delà des moyens financiers, ils sont prêts à tout pour les décimer dans la région.


L’Égypte risque-t-elle de basculer dans la guerre civile ?

Tout dépend maintenant des salafistes : vont-ils rejoindre les Frères musulmans ou rester auprès de l'armée ? C'est cela qui va déterminer si une guerre civile violente et sanglante va éclater en lieu et place des manifestations qui, tous les jours, font 50 ou 100 morts sans sombrer véritablement dans la guerre. Pour l'instant, Al-Nour, le parti salafiste a dit qu'il restait du côté de l'armée. Si c'est le cas, les Frères musulmans vont soit repartir dans la clandestinité qu'ils connaissaient à la fin des années 1950 et début 1960, soit tout tenter et recourir aux actions violentes, via des milices terroristes, pour déstabiliser le pays.

Or les Frères musulmans ont déjà déclaré qu'ils ont beaucoup à faire au Sinaï. Difficile, dans ces conditions, de les présenter comme des islamistes modérés. Si c'était le cas, ils n'useraient pas de terrorisme dans le Sinaï pour faire avancer leur cause.