Égypte : l'acquittement de Moubarak

L'ex-président Hosni Moubarak au tribunal, durant son procès au Caire, le 21 mai 2014 - Hassan Mohamed AFP
L'ex-président Hosni Moubarak au tribunal, durant son procès au Caire, le 21 mai 2014 - Hassan Mohamed AFP

Un tribunal égyptien a abandonné samedi l'accusation de complicité de meurtre de centaines de manifestants contre Hosni Moubarak, chassé du pouvoir en 2011 par une révolte populaire, mais l'ex-président restera en détention en raison d'une précédente condamnation.

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29.11.2014
L'ex-président était jugé pour son rôle dans la répression des manifestations pendant les 18 jours de soulèvement de janvier-février 2011 au cours desquels plus de 846 personnes ont été tuées.

Il a par ailleurs été acquitté d'accusations de corruption dans une affaire séparée.

Le verdict a provoqué des réactions partagées, les partisans de l'ex-président de 86 ans célébraient la décision tandis que ses opposants manifestaient en nombre limité contre des autorités accusées de réhabiliter les politiques répressives de M. Moubarak.

Néanmoins celui qui a dirigé pendant trois décennies le pays d'une main de fer va rester en détention dans un hôpital militaire, où il purge une peine de prison de trois ans pour une autre affaire de corruption.

Installé sur une civière, lunettes de soleil sur le nez, Hosni Moubarak s'est contenté d'un sourire discret à l'annonce du verdict. Ses deux fils, Alaa et Gamal, eux aussi accusés de corruption et disculpés pour prescription, ont aussitôt embrassé leur père sur le front.

Au sein même du tribunal, des journalistes pro-Moubarak ont laissé éclater leur joie, scandant "Dis la vérité, soit audacieux, Hosni Moubarak est innocent". Certains de ses partisans se sont ensuite rassemblés en nombre limité devant l'hôpital où M. Moubarak est détenu pour célébrer le verdict. Il est brièvement apparu au balcon de sa chambre pour les saluer.

 
- 'Verdict injuste' -

A l'inverse, près de 300 manifestants se sont regroupés pour dénoncer le verdict près de l'emblématique place Tahrir, épicentre de la révolte de 2011, scandant: "le peuple exige la chute du régime", ou encore "ils ont innocenté l'assassin, le sang de nos frères n'a pas coulé en vain."

"Ce verdict est injuste. Le sang de mon fils a coulé pour rien", a lancé devant l'académie de police où siège la cour, Mostafa Morsi, qui a perdu son fils Mohamed en 2011.

Dans ce nouveau procès, ouvert en mai 2013, le juge Mahmoud Kamel al-Rashidi a annoncé "l'abandon de l'accusation de complicité de meurtre" en soulignant sans autre précision que le parquet n'avait pas à inclure initialement le nom de l'ex-président dans le procès des hauts responsables de la sécurité. Le parquet peut faire appel.

Dans un résumé de ses attendus rendu public, la cour cite des témoins, tous d'anciens responsables de la sécurité qui assurent que la police n'a pas ouvert le feu durant le jour le plus meurtrier de la révolte.

Lors du procès des responsables de la police et de l'armée en poste sous Moubarak avaient livré des témoignages jugés favorables à l'accusé.

- 'Je n'ai rien fait de mal' -

"Je n'ai rien fait de mal", a affirmé l'ex-président lors d'un court entretien téléphonique sur la chaîne de télévision privée Sada al-Balad.

"Quand j'ai entendu le premier verdict (en 2012), j'ai ri", a ajouté M. Moubarak, qui avait été condamné à perpétuité lors d'un premier procès, annulé pour raisons techniques.

Pour son avocat Farid al-Deeb, ce verdict "prouve l'intégrité" du régime Moubarak.

Sept autres accusés, des hauts responsables de la sécurité dont l'ex-ministre de l'Intérieur Habib al-Adly, ont été acquittés.

Le régime de M. Moubarak, honni il y a quatre ans, a été réhabilité dans l'opinion publique depuis que l'ex-chef de l'armée et actuel président Abdel Fattah al-Sissi a destitué le président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013.

Des défenseurs des droits de l'Homme accusent régulièrement M. Sissi de vouloir refermer la parenthèse démocratique ouverte en 2011 alors que des figures de l'ancien régime effectuent leur grand retour sur la scène politique.

L'actuel Premier ministre Ibrahim Mahlab était ainsi un cadre du parti de M. Moubarak, et M. Sissi était le chef des renseignements militaires sous le régime du président déchu.

Très médiatisés au départ, les procès de Hosni Moubarak sont aujourd'hui éclipsés par ceux de son successeur, M. Morsi.

Ce dernier et la quasi-totalité des dirigeants de sa confrérie des Frères musulmans sont derrière les barreaux et encourent la peine de mort dans divers procès. Ils sont accusés par la presse d'être derrière les violences qui secouent le pays depuis 2011.

Après la destitution de M. Morsi, plus de 1.400 manifestants islamistes ont été tués et plus de 15.000 Frères musulmans ou sympathisants emprisonnés. Des centaines ont été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs.