Égypte : la coupure d'Internet, une arme boomerang

Le régime de Moubarak a privé entre le 27 janvier et le 2 février 2011, 17 millions d’internautes égyptiens de l’accès à Internet. Mais ce blackout radical est une arme à double tranchant, qui aurait pu mettre en péril la situation économique du pays, puisque cette coupure a d'ores et déjà coûté 65 millions d'euros. Agissant en connaissance de cause, mais prêt à prendre le risque, le pouvoir égyptien croyait pouvoir ainsi contrôler une situation qui lui échappait de plus en plus.

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Une politique de la terre brûlée

Internet trafic to and from Egypt on January 27.
Internet trafic to and from Egypt on January 27.
Arbor Networks
À sa façon, la Chine est sans doute l’un des pays les plus performants dans la censure de la toile. Une sorte de grande muraille a été placée entre les internautes et les militants des droits de l’homme, un immense filet filtrant qui repère les mots clés dangereux pour le régime et qui, par association, rend indisponible les pages désignées. Une censure maîtrisée, ciblée, qui musèle parfaitement les nouveaux moyens de communication. Car la Chine est en permanence coupée du monde démocratique suite à ce système invisible. par peur de la contagion, Pékin a ainsi interdit le #egypt sur Twitter.

Une surveillance discrète, permanente et efficace, qui n’altère pas le bon fonctionnement du web et que le régime égyptien n’a jamais mise en place. Avant les événements du début de l’année 2011, le net était aussi libre en Égypte qu'en France. Conscient, dès le départ de Ben Ali, du danger que représentaient les échanges d’informations sur internet entre manifestants, le régime de Moubarak s’est vu dépassé par son manque de préparation. Le 27 Janvier à partir de 5h du matin heure locale, le trafic a chuté de manière vertigineuse. Selon les termes des contrats entre les fournisseurs d’accès à Internet opérants en Égypte et le régime, le pouvoir peut demander à tout moment de couper la ligne d’un ou de plusieurs particuliers. D’où la coupure totale, semblable à une panne du réseau, les fournisseurs d’accès ne reliant plus les particuliers, chez eux, à Internet, comme ils l’auraient fait si ces derniers n’avaient pas payé leurs factures.


LE TÉLÉPHONE AUSSI

Les communications cellulaires ne sont pas épargnées. Les antennes réseau proches des rassemblements de manifestants ont été désactivées par intermittence, empêchant les Égyptiens sur place de communiquer.
Sans Internet, avec des communications téléphoniques incertaines, c’est l’approvisionnement des grandes villes du Nord qui est en danger, et avec lui toute l’économie égyptienne. La bourse du Caire a chuté de près de 10% avant d’être fermée vendredi.

Ailleurs, de nombreuses façons de contrôler le web sont mises en place à travers le monde. À commencer par la France où censurer un site pédophile et en trouver les créateurs est une action récurrente et globalement assez simple à mettre en place ; par identification du nom unique du site et de sa signature, on en bloque les accès. Un résultat obtenu par la surveillance quotidienne d’Internet par une police du web.

Ne pouvant contrôler les circuits de l’information, le régime égyptien les supprime. Une situation invivable sur le long terme, dans le premier des pays arabes en terme d’utilisation d’Internet.

Notre dossier


Contourner le blackout : les techniques


Différentes solutions se mettent en place pour accéder, malgré la coupure des lignes, à Internet. Si la plupart ne sont pas accessibles pour la majorité des Égyptiens (téléphones satellitaires, réseaux 3G cellulaires), elles permettent à certains blogueurs comme Wael Abbas de décrire en direct de la place Tahrir les manifestations.

Néanmoins la manière la plus simple d'accéder à Internet reste celle que Google a mise en place depuis le 31 janvier. Le service permet de "tweeter" par téléphone, remplaçant ainsi le passage par un ordinateur relié à internet. A l'aide d'un téléphone, en composant le +1 650 419 4196 ou le +39 06 62 20 72 94 ou le +97 316 199 855, on accède à une messagerie vocale. Après avoir laissé son message, celui ci est retranscrit sur Tweeter, précédé du #egypt et facilement identifiable.

La technique la plus fiable reste celle que nous utilisions il y a 25 ans. Certains fournisseurs d'accès à Internet (FAI), comme le français FDN offrent leur aide aux Égyptiens depuis l'étranger. N'importe quel Égyptien disposant d'une ligne téléphonique analogique (vieil équipement) capable de joindre la France, a la possibilité de se connecter au réseau par le n° suivant : +33 1 72 89 01 50. (login: toto password: toto).