Égypte : le procès des Moubarak, tournant attendu de la révolution

Plus de cinq mois après son renversement par la rue, l’ancien président égyptien Hosni Moubarak comparaissait, aux côtés de ses fils Gamal et Alaa, au Caire, le mercredi 3 août. Poursuivi pour avoir ordonné aux forces de l’ordre de tirer sur les manifestants qui réclamaient son départ, il est passible de la peine de mort.

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Hosni Moubarak (source : AP/Amr Nabil)
Hosni Moubarak (source : AP/Amr Nabil)
L’ancien raïs, qui a régné sans partage sur l’Egypte durant 30 ans (1981-2011), va-t-il apparaître à la télévision dans l’uniforme blanc des prévenus ? Cette question taraude les Egyptiens, à la veille de l’ouverture d’un procès historique. On dit l’ancien chef d’État en détention depuis avril à l’hôpital de Charm el-Cheikh, où il serait soigné pour des problèmes cardiaques, mais aucune image de lui n’a été publiée depuis sa chute.

DES INFORMATIONS CONTRADICTOIRES SUR SON ÉTAT DE SANTÉ

Les informations qui circulent sur son état de santé sont confuses, voire contradictoires. La semaine dernière, le ministre de la santé a déclaré qu’il était en « bonne santé » et en état d’être transféré. Une source médicale a précisé à l’AFP qu’il était « déprimé », et selon les médias officiels, il refuserait de s’alimenter et serait devenu très faible. Son avocat a annoncé que l’ancien président souffre d’un cancer de l’estomac et qu’il est tombé dans le coma. Des propos démentis par l’hôpital de Charm el-Cheikh.

02.08.2011Par Damien Coquet
Égypte : le procès des Moubarak, tournant attendu de la révolution
Le portrait d'Hosni Moubarak, de son accession au pouvoir en 1981 à sa chute en 2011.

Malgré ce doute sur la présence de Moubarak à l’audience, les opposants à l’ancien président ont remporté deux victoires symboliques : la tenue d’un procès et son organisation au Caire. Pour des raisons de sécurité, le tribunal sera installé dans les locaux de l’école de police de la capitale égyptienne, dans le nord de la ville. Juger Moubarak, 83 ans, était l’une des revendications de la place Tahrir, lors des 18 jours de soulèvement qui ont conduit à sa démission. La lenteur de l’organisation du procès est  l'une des raisons qui ont poussé les manifestants à réinvestir la fameuse place du Caire début juillet

Alaa et Gamal Moubarak en octobre 2006 (source : Reuters/Amr Dalsh)
Alaa et Gamal Moubarak en octobre 2006 (source : Reuters/Amr Dalsh)
L'ARABIE SAOUDITE VEUT LUI ÉVITER LE SORT DE SADDAM HUSSEIN

Les Egyptiens craignaient que l’armée, chargée d’assurer la transition démocratique, ne rechigne à humilier publiquement cet ancien commandant de l’armée de l’air. Ils savent aussi que l’Arabie Saoudite fait pression pour éviter à son ancien allié le sort de Saddam Hussein. Autant d’éléments qui laissent penser que le procès pourrait être ajourné dès son ouverture.

Sur le banc des accusés, seront également attendus les fils de Moubarak, Alaa et Gamal, son ancien ministre de l’Intérieur Habib el-Adli et six responsables de la sécurité. L’homme d’affaires Hussein Salem, très proche des Moubarak, sera jugé par contumace. Les onze hommes sont accusés d’avoir volé des millions de dollars à l’État égyptien et d’avoir donné les ordres ayant abouti à la mort de près de 850 manifestants pendant la révolte entamée le 25 janvier. 600 personnes devraient assister à l'ouverture du procès.

31.07.2011
L'avis de Tangi Salaün, journaliste français spécialiste du Moyen-Orient, sur le procès Moubarak.
Égypte : le procès des Moubarak, tournant attendu de la révolution

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