Égypte : qui sont les Frères musulmans ?

Les Frères musulmans, l'une des plus anciennes organisations politiques d'Égypte, et aujourd'hui principale force politique d'opposition, ont accepté de dialoguer avec le gouvernement d'Hosni Moubarak. Pourchassés avec insistance depuis le renversement de la monarchie en 1952, représentent-ils une alternative crédible et démocratique, sur le modèle de l'AKP (Parti de la justice et du développement) au pouvoir en Turquie ?

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Les Frères musulmans, vrais ou faux frères ?

Le fondateur des Frères musulmans, Hassan El-Banna, 3ème en partant de la droite
Le fondateur des Frères musulmans, Hassan El-Banna, 3ème en partant de la droite
Ils ont bon dos, les Frères musulmans. L’Egypte qui s’insurge contre Moubarak ? C’est eux qui ont jeté de l’huile sur le feu qui couvait. Le raïs vacille et le pays risque de dérailler ? Ils vont rafler la mise. Le président lui-même, dont le peuple réclame à cors et à cris le “départ”, n’a-t-il pas déclaré que n’était sa conviction de se voir aussitôt supplanté par un barbu, il aurait déjà remis son tablier ?

S’il est vrai qu’on ne prête qu’aux riches, l’histoire déjà bientôt centenaire des Frères démontre à satiété qu’ils sont plus influents qu’actifs, qu’ils excellent plus à récupérer la révolte qu’à l’inciter, en un mot, qu’ils exploitent plus les erreurs des régimes en place qu’ils n’initient des révolutions.

La révolution, justement. Les Frères musulmans sont tout - démagogues, agitateurs, opportunistes, au besoin pragmatiques ou obtus -, tout, sauf révolutionnaires. Leur credo idéologique vise avant tout à “consolider” un ordre social existant et selon eux mis gravement en péril par les “innovations blâmables” de la vie moderne, urbanisation, mixité, instruction, voyages, métissage des hommes par-delà les États et les religions.

SAUVER LES ÂMES

Fondée mi-1928, à Ismaïlia, sur les rives on ne peut plus cosmopolites du canal de Suez, par un très pieux isntituteur, Hassan El-Banna, l’Association des Frères musulmans, vise d’abord à sauver les âmes des Egyptiens, condition sine qua non à la libération de leur pays du joug britannique. Ce en quoi, ils évoquent à s’y méprendre les Frères chrétiens, ces catholiques irlandais dont le mouvement, créé en 1802, conjuguait jusqu’à la confusion foi romaine “pure” et nationalisme antibritannique pur et dur.

Piétistes et nationalistes, les Frères musulmans sont des conservateurs voués de prime abord à ré-islamiser la société. Très tôt ils fondent écoles, hospices, dispensaires, bibliothèques, ateliers de couture. Leur nombre atteint 2 millions,au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Accusés de subversion par le roi Farouk, monarque d’une Égypte depuis peu indépendante, ils font le dos rond. Ce qui n’empêche pas un de leur militant d’assassiner le chef du gouvernement. Hassan El-Banna a beau condamner l’attentat, il sera lui-même assassiné, début février 1949.

LE BAGNE, LA TORTURE, LE BANNISSEMENT

Le coup d’État des “Officiers libres” qui abolissent la monarchie et établissent la République d’Egypte leur sera fatal, et ce en dépit de l’affiliation d’au moins deux soldats républicains, Gamal Abdel Nasser et Anouar El-Sadate. Mis à l’index par le nouveau régime qui les accusent de collusion avec “l’impérialisme et ses sbires locaux”, à savoir les États-Unis et l’Arabie saoudite, les Frères subissent le martyre, le bagne, la torture, le bannissement.

Beaucoup trouvent refuge en Arabie saoudite alors en guerre contre l’Egypte “laïque et athée”, “appendice” de l’Union soviétique. L’or noir aidant, les Frères vont étoffer le mouvement et l’essaimer, avec la bénédiction de Washington – Guerre froide oblige -, de Djakarta à Alger en passant par Damas, Khartoum et puis, enfin, Le Caire, où ils reviennent au jour, sous l’oeil complice d’un Sadate soucieux d’en faire un barrage contre la gauche nationaliste et laïque.

LE BIAIS DES SERVICES SOCIAUX

Instruits par d’implacables vagues de répression, échaudés par la prison et l’exil, les Frères font le dos rond sous la férule de Hosni Moubarak et de son super flic, Omar Souleiman. Soucieux de s’adapter à l’air du temps ambiant, ils mettent un bémol à leur discours coutumier dénonçant pèle-mêle l’État « mécréant » en place, l’Occident « rancunier », la laïcité «athée », les juifs « haineux » et autres « ennemis de l’Oumma », ils s’appliquent à fournir de menus services en déshérence au petit peuple, soins médicaux, cours du soir, panier de riz et de sucre et de thé... Mieux, ils prennent langue avec les Américains, lesquels ont évolué de leur côté et envisagent volontiers de « travailler » avec des islamistes convertis aux vertus de l’État de droit, de l’alternance et du pluralisme.

Jusqu’au scrutin de 2005 où ils mettent en lice des candidats “indépendants” qui remportent pas moins de… 88 sièges sur 454, ce qui en fait, du coup, la deuxième force politique du pays, juste après le Parti national démocratique (PND) du raïs Moubarak ! Un statut qu’ils perdent lors des élections de l’an dernier – amplement truquées - d’où ils sortent exsangues avec pour solde de tout compte, zéro siège ! Frappés de plein fouet, les Frères temporisent, prennent leur mal en patience et attendent leur heure.

“Il n'y a aucune contradiction entre l'islam et la démocratie.“

10.02.2011
Professeur d'études islamiques contemporaines à l'Université d'Oxford, et petit fils du fondateur de la Confrérie des Frères musulmans, Tariq Ramadan nous dit qu'on "ne peut pas vouloir la démocratie ici et soutenir les dictatures là-bas".
“Il n'y a aucune contradiction entre l'islam et la démocratie.“

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“Tenez vous prêts !“ dit le slogan sur le logo des frères musulmans